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ANSE

B. — Mesures spéciales de prophylaxie.

FIÈVRE JAUNE. — La fièvre Jaune est une maladie pestilenüelle, et, de toutes les infections à moustique, c'est certainement celle qui détermine le plus d'épidémies et cause le plus de morts rapides. C'est aussi celle qui est le plus redoutée.

Par contre, depuis que son mode de transmission est connu, c'est aussi celle qui est la plus facile à combattre et à vaincre.

Quand, il ÿ a quelques années encore, tout était mystérieux dans les modes de contagion de la fièvre jaune, quand on incriminait au hasard les climats, les vents, tel ou tel navire, telle ou telle ville, telle ou telle saison, on n'avait pour combattre le redoutable fléau que des données générales vagues, qui consistaient à appliquer les mesures d'isolement et de désinfection et à améliorer l'état hygiénique. Actuellement, — la preuve en a été faite à la Havane, à Rio- Janeiro et à la Nouvelle-Orléans, — la destruction systématique des moustiques suffit à arrêter le fléau.

La fièvre jaune ne peut résulter ducontact, si intime et si prolongé qu'il soit, d'un individu avec les vêtements et la literie des malades, qui ne contribuent pas plus à la propagation de la fièvre jaune que les vêtements et les linges des paludéens ne contribuent à la propagation du paludisme.

Mesures contre les moustiques. — A l'heure actuelle, on peut dire d'avance si la fièvre jaune peut, ou non, se développer dans un lieu donné, suivant qu'il existe, ou non, le S{egomyia pathogène dans cette localité. Tout danger d'importation de la fièvre jaune, par un bateau, par les bagages, les caisses ou les malles, n'est guère à craindre en effet là où il n'y a pas de Slegomyia, car les moustiques privés d’eau meurent en peu de jours, même quand 1ls ont été nourris de sang peu de temps auparavant. Ils ne survivent pas au cinquième jour. Par conséquent, dans les bagages qui ont été cinq ou six Jours en cours de roule, il n'existe aucune chance d'importation de moustiques vivants. Donc, quelles que soient la nature et la provenance des marchandises, leur désinfection est inutile. Toutes les mesures doivent être dirigées contre les moustiques et contre l'homme.

Il existe, ou non, le S/egomyia fasciata dans la localité qu'il s'agit de préserver. De plus, le Slegomyta peut s'acclimater, une fois 1mporté, si dans la localité la température moyenne de la nuit n’est pas inférieure à 22°. Dans ces localités, on prendra les mesures générales contre les moustiques que nous avons énumérées plus haut.

Il peut aussi naître des moustiques à bord, provenant de larves introduites avec l’eau destinée aux chaudières et à la boisson : dans ces cas, le navire pourra faire escale avant que des nouveaux cas se soient déclarés à bord, soit entre seize et vingt et un jours. Dans ces

cas, qui sont les seuls où une épidémie de fièvre jaune à bord ait véritablement chance de se prolonger, l'isolement des passagers non immunisés et la désinfection du navire pour détruire les moustiques seraient la seule mesure qui s’imposerait.

Mesures contre l’homme. — Voici le résumé des mesures prophylactiques prises par le gouverneur Wood.

Quand un cas de fièvre jaune est signalé, le directeur du service de la désinfection, immédiatement prévenu, se rend à la maison signalée, demande aux intéressés dans quels appartements ils préfèrent être isolés, et aussitôt ces appartements sont munis, aux portes et aux fenêtres, de treillis métalliques qui les mettent immédiatement à l'abri des moustiques. De cette sorte, on peut espérer de chambrer les moustiques déjà infectés et les empêcher de sortir. D'ordinaire, deux heures après que le cas a été signalé à l'autorité sanitaire, toutes les ouvertures sont grillées.

Un gardien est laissé à la maison pour voir si des personnes non autorisées n’entrent pas dans les pièces mises en quarantaine, si l'on prend bien les précautions voulues en ouvrant eten fermant la porte, et enfin si toutes les règles d'hygiène sont observées dans la chambre du malade. Trois ou quatre personnes immunisées peuvent être autorisées à visiter le malade, sur sa désignation.

En même temps que l’on pose les treillages aux fenêtres, l’escouade de désinfection se met en devoir de détruire les moustiques dans le reste de l'habitation. Chaque chambre est soigneusement fermée, on colle du papier sur les moindres fentes, et on fait alors brûler de la poudre de pyrèthre à la dose de 452 grammes pour 1000 pieds cubes d'air (soit 333 mètres cubes).

La chambre est ouverte au bout de cinq jours, et les moustiques trouvés morts sont balayés et brûlés.

En même temps, les trois ou quatre maisons contiguës sont désinfectées de la même manière, dans le but de détruire tous les moustiques infectés qui auraient pu échapper.

Quand il n’y a aucun objet susceptible, l'acide sulfureux est employé de préférence à la poudre de pyrèthre.

L'applicalion rigoureuse de ces mesures fit, à la Havane, et à Rio- Janeiro, cesser presque absolument les cas de fièvre jaune.

La différence de mortalité dans une ville tient au nombre de non-immunisés qui y viennent: et, en général, les grandes villes, où la défense contre l'importation est difficile à cause des communications, sont plus sujettes à de brusques variations dans la mortalité (1).

PALUDISME. — Tout ce qui vient d'être dit, au sujet de la fièvre jaune, s'applique au paludisme, l’Anopheles, remplaçant ici le

(1) Cnanreuesse et Borer, Moustiques et fièvre jaune, 1905, 1 vol. in-16. Ac{ualilés médicales.

Slegomyia fasciala. Les mesures prises contre ce moustique seront employées avec le même succès contre l’anophèle.

Une mesure prophylactique est toutefois spéciale au paludisme, c'est l'emploi de la quinine préventive. La notion de propagation du paludisme par les moustiques permet aujourd'hui d'en comprendre l'utilité. Elle empêche l'hématozoaire de se développer chez des individus sains, piqués par des anophèles infectés, et chez les impaludés elle empêche les rechutes. Or c'est pendant les rechutes que les anophèles s'infectent et deviennent dangereux pour l'entourage des malades.

Très discutée, l'utilité de la quinine préventive n'est plus à prouver. Tous les médecins militaires coloniaux de tous les pays d'Europe l’ont employée avec succès.

On peut la donner de différentes façons : quotidiennement, à petites doses de 15 centigrammes par jour, ou à doses plus fortes une fois ou deux fois par semaine ; une fois par semaine et deux fois en cas de fatigues, dans les pays très insalubres (Congo belge), 50 centigrammes tous les cinq jours (Plehn), ou tous les trois jours (Koch).

En résumé, 1l existe trois méthodes de donner la quinine préventive (Laveran)

1° Doses quotidiennes faibles;

2° Doses moyennes intermittentes tous les deux ou trois jours ;

3° Doses fortes tous les quatre à sept jours.

Chacune de ces méthodes a ses avantages et ses inconvénients. Entre les doses journalières et les doses moyennes intermittentes, la balance est à peu près égale.

Les doses fortes peuvent être mal tolérées. Le choix du sel de quinine est à peu près indifférent; le chlorhydrate, à fortes doses, est moins irritant pour l'estomac que le sulfate.

On donne le sel de quinine en pilules ou en comprimés. Une façon commode de prendre la quinine est d'en rouler une forte pincée dans du papier à cigarettes : on fait un tortillon et on avale cette sorte de cachet avec une gorgée d’eau. Dans une feuille de papier à cigarette ordinaire, on peut faire tenir 25 centigrammes.

La quinine préventive rend le sang de l'individu impropre à la culture des hématozoaires, quand il est piqué par un moustique infecté.

La question de l'éclosion d’épidémies paludéennes, provoquées par les remuements de terre, se rattache, quoique moins directement, à la prophylaxie du paludisme ; aussi en dirons-nous quelques mots.

En effet, même dans un pays où la malaria n'existe pas, le fait de creuser le sol peut provoquer une épidémie de paludisme. Ilen existe de nombreux exemples (Paris, creusement des fortifications et du canal Saint-Martin; canal de Panama, etc.).

Beaucoup de ces faits ne peuvent s'expliquer rationnellement que par la pluralité des modes d'infection de l’homme par l’'hémotozoaire (1), en dehors de la transmission par ce moustique, et com-

portent les mesures suivantes, indépendantes de celles que nous venons d'indiquer :

Ne remuer la terre que dans les circonstances indispensables et, autant que possible, laisser les travaux de terrassement aux ouvriers indigènes ou de couleur.

FILARIOSE. — Manson, en faisant piquer, par des culex, des indigènes dont le sang était parasité par des microfilaires, a démontré le mode de transmission de la filaire nocturne par les moustiques. On sait que l'embryon, après s'être développé dans les muscles du thorax, rampe jusqu'à la trompe, d’où il est inoculé dans le sang de l'homme au moment de la piqûre.

Non seulement certains culex (C. ciliaris, analogue au C. pipiens d'Europe, C. fatigans), mais probablement aussi les anophèles sont capables de transmettre la filariose.

Il n'y a pas de mesures prophylactiques spéciales à la filariose.

DRACUNCULOSE. — On tend de plus eu plus à croire que le ver de Guinée, comme la filaire nocturne, est inoculé par les moustiques. D'après Leger, c'est aux jambes, nues le plus souvent, que les moustiques piquent les nègres, et neuf fois sur dix, le ver de Guinée est localisé aux membres inférieurs. Il est aussi le plus fréquent pendant la saison des pluies, qui est la saison des moustiques.

Enfin les Européens,qui se protègent par des moustiquaires et boivent la même eau que les noirs, sont moins souvent atteints que ces derniers.

La défense contre les moustiques comprend donc aussi la prophylaxie du ver de Guinée.

HI. — MALADIES TRANSMISES PAR LES MOUCHES (MOUCHE TSÉTSÉ : « GLOSSINA PALPALIS »).

TRYPANOSOMOSE. — On sait que la trypanosomose (fièvre à trypanosomes et maladie du sommeil)se transmet par l'intermédiaire d'une mouche, la tsétsé ou Glossina palpalis, qui aime le bord des fleuves et des rivières et les sources ombragées. Il est exceptionnel d'en trouver à plus de 1 kilomètre des rives.

Les principales mesures prophylactiques contre la maladie du sommeil, aboutissant de la fièvre à trypanosomes, ont été posées avec précision par Brumpt. L'exode des populations des centres infectés : vers les centres sains est une des causes les plus certaines de la propagation rapide de la maladie et des progrès considérables qu'elle a faits depuis quelques années dans toute l'Afrique centrale. Les expéditions militaires et les exploitations agricoles ou industrielles ont

(1) Toutes les maladies infectieuses peuvent s'inoculer et se transmettre par

différents modes et différentes voies. Le paludisme ne doit pas faire exception à cette règle.

Net

joué à ce sujet un rôle désastreux, en introduisant la maladie du sommeil dans des contrées où elle était jusqu'alors inconnue.

Inversement, il ne faut pas introduire des sujets sains dans des régions infectées, car en rentrant dans leur pays ils peuvent contaminer leur village.

« On devrait faire des échanges de soldats ou de travailleurs uniquement entre régions saines ou uniquement entre régions contaminées. » Ces mesures pourraient contribuer à arrêter l'extension du fléau.

Là où il règne, on devra, d’après Brumpt, déterminer les localités où la Glossina palpalis n'existe pas (on sait que ces mouches se rencontrent par zone et manquent en beaucoup d’endroits) et y faire élablir des villages.

Ces mesures, faciles à mettre en pratique chez les indigènes cultivaleurs, seraient plus difficiles à appliquer chez les peuples pêcheurs, qui vivent au bord de l’eau, là où les tsé-tsé abondent.

Un essai pratique de ces mesures prophylactiques est actuellement en voie d'exécution à Loango, où un village très éprouvé par la maladie a été déplacé dans un endroit vierge de mouches tsé-tsé par les soins de la Société anti-esclavagiste de France.

CHOLÉRA. — Le transport des germes pathogènes par les mouches domestiques a été signalé depuis longtemps, en particulier pour la tuberculose. C’est par leurs pattes et leur trompe, souillées au contact de produits infectés, que se fait le contage.

Chantemesse et Borel ont récemment attiré l'attention, après d’autres auteurs, sur le rôle des mouches dans la propagation du choléra (1). Montel, dans ses notes sur le choléra en Indo-Chine, avait déjà insisté sur ce fait. Dans beaucoup de maisons, dit-il, j'ai pu voir ces insectes ‘bourdonner en essaims autour des malades et s'abattre sur eux et leurs déjections, qu'ils pompaient avidement; ils allaient se poser ensuite, aussi nombreux, sur le riz blanc humide et tiède dont était pleine la soupière destinée aux repas de la famille que l'on prenait sur une table à côté du malade,

On a démontré expérimentalement la réalité du transport des vibrions cholériques des mouches. Chantemesse et Borel ont démontré, par une série d'expériences, que ces mouches conservaient un pouvoir infectieux pendant dix-sept heures.

Les mesures prophylactiques qui découlent de ces faits sont très simples. On détruira les mouches par tous les moyens possibles. Il existe un grand nombre de pièges à mouches et de papiers qui empoisonnent ces insectes. D’après Chantemesse et Borel, quelques gouttes de la solution de formol du commerce jetées sur un morceau de sucre placé dans une assiette donnent de bons résultats. On se

(1) CHanrenessse et Borez, Mouches et choléra. Actualités médicales, Paris, 1905.

protégera contre elles, comme contre les moustiques, surtout si les water-closets sont défectueux, ou s'il y a des écuries ou des fumiers à proximité de la maison. Il y a des pays en France où l’on est obligé de mettre des moustiquaires pour protéger le repos des personnes alitées.

«Les mouches, a dit Rosenau, d'après ce que nous en savons aujourd'hui, sont si dangereuses que, lorsque le fait sera mieux connu du public, ce sera un reproche plus grave pour une maitresse de maison d'avoir de ces insectes chez elle que d'avoir des punaises dans son lit. »

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