VER DE GUINÉE
la diarrhée contiennent le bacille virgule. On devra done désinfecter avec soin ces excrela, tout ce qu'ils auront touché, ainsi que tout ce qui aura été en contact avec la bouche ou l'anus du malade. Les vases qui transporteront ces matières vomies ou les déjections diarrhéiques contiendront un antiseptique fort. Ils seront recouverts pendant le transport, mis à l'abri des mouches et ensuite désinfectés.
Une moustiquaire isolera le lit du malade du reste de la chambre ainsi que la table de nuit, son bassin et tout ce qui lui sert.
Aucun repas ne sera pris dans la chambre du patient, et, après qu'on aura touché le malade, les mains de l’infirmier ou du médecin seront désinfectées avec soin. On répétera cette opération avant de manger, et on se désinfectera également la bouche.
Dysenterie. — Tout ce qui a été dit pour le choléra s'applique à la dysenterie.
La dysenterie a diminué partout où on a doté les agglomérations d’une bonne eau d’alimentation, dans les grandes villes de l'Inde en particulier.
Les mêmes mesures que pour le choléra seront prises. Les malades seront isolés, mis à l’abri des mouches; leurs matières fécales seront désinfectées, ainsi que tous les objets qu'ils auront pu contaminer.
On veillera à la pureté ou à l’innocuité de l’eau consommée, et on recommandera d'éviter l'usage de fruits ou d'aliments indigestes. Le refroidissement est particulièrement à éviter, car il est la cause déterminante de la plupart des rechutes que l’on observe. Le port de la ceinture de flanelle, obligatoire dans les troupes coloniales, constitue une mesure prophylactique de premier ordre vis-à-vis de la dysenterie. Comme mesures sanitaires générales, il faudra désinfecter les matières fécales, les fosses d’aisances et les amas d'ordure et de fumier.
B. — Le parasile pénètre par la peau.
VER DE GUINÉE. — La transmission du ver de Guinée a donné lieu à deux théories : 1° le parasite est inoculé par le moustique (Voy. page 112); 2°le parasite pénètre dans le tubedigestif de l'homme par l'intermédiaire de l’eau potable.
Les embryons du dragonneau se transforment en larves en pénétrant dans le corps des cyclopes. Les cyclopes ainsi infestés sont ingérés en même temps que l’eau potable, vu leurs dimensions microscopiques. Les larves sont mises en liberté dans l'intestin, où il y aurait accouplement. La femelle pénétrerait dans le tissu conjonctif, et le mâle serait évacué. Pour Carter, le dragonneau mènerait une existence parasitaire chez l'homme, et libre dans les étangs et Les
mares, où il resterait à l’état de petit nématode.
Quoi qu'il en soit de ces deux théories, la prophylaxie du ver de Guinée se réduit, en ce qui concerne le mode de pénétration du ver de Guinée dans l'organisme, à la stérilisation des eaux de boissons, des légumes consommés à l'état cru.
DISTOMATOSES. — 1° Bilharziose. — Le véhicule ordinaire du distome appelé Bilharzia hæmatobium où Schistosorium hæmalobium est l'eau. Ce sont les populations riveraines des grands fleuves et des grands lacs qui paient le plus lourd tribu à la maladie. La transmission se fait par les voies digestives (1). Les malades atteints de bilharziose laissent échapper soit par l'anus, soit par l’urètre, des myriades d'œufs qui sont entraînés par les pluies dans les étangs ou les mares ou les ruisseaux, et là ils pénètrent dans le tube digestif de l'homme, soit avec l’eau de boisson, soit avec des légumes lavés avec de l’eau souillée. Il suffira donc de filtrer ou de stériliser l’eau pour éviter la bilharziose.
2 Distomatose hépatique. — Le Distomum conjonctum et le Distomum sinense, deux parasites du foie, pénètrent dans le tube digestif, vraisemblablement véhiculés par l’eau. Il en est de même dans la distomatose pulmonaire.
3 Distomatose pulmonaire. — Cette maladie (hémoptysie endémique), déterminée par le Distomum Ringeri, sera évitée, de même que la précédente, par la filtration de l'eau, les œufs de distome étant facilement arrêtés par les filtres.
Il en sera de même pour tous les vers intestinaux, aussi bien sous les tropiques que dans les pays tempérés.
ANKYLOSTOMOSE. — L'ankylostome duodénal est un ver siégeant dans l'intestin grêle et qui est cause de l’'anémie d'Égypte, chlorose d'Egypte, du mal-cœur, de l’anémie des mineurs ; il pénètre dans l'organisme ou bien à la suite d’ingestion d'eau de boisson, de fruits ou de légumes crus, ou par le port d'embryons à la bouche par les mains souillées de terre ou, ainsi que Loos (du Caire) l'a démontré, par la peau, généralement par celle des pieds ou des jambes. Voici, d'après cet auteur, comment les choses se passent : l'embryon d’ankylostome passe dans un capillaire, puis au poumon par le cœur droit et l'artère pulmonaire. Dans le poumon, il quitte les vaisseaux, passe dans les vésicules pulmonaires et, remontant les voies respiratoires, arrive par la trachée à l'œsophage, et de là à l'intestin grêle. Il a pendant ce trajet subi des modifications qui lui permettent de résister à l’action destructive du suc gastrique.
Sans ce stage de préparation, le ver embryonnaire serait digéré, d’après Loos, comme l’est une huitre.
Ce mode d'infection par l’ankylostome a jeté une nouvelle lamière sur une dermatosequi sévit dans les plantationsde l'Inde surles
(1) Firlot pense que la bilharzia pénètre directement dans l'anus ou l’urètre des gens contaminés.
BÉRIBÉRI. 11117
coolies, et qu'on appelle Coolie lich ou Ground Itch, et qui n’est qu'une phase préanémique de l'ankylostomose ; ce sont des papulopustules, siégeant aux pieds et aux jambes, déterminant du prurit, des lésions de grattage et souvent du phagédénisme.
La prophylaxie de cette dermatite a été réalisée avec succès par un planteur cité par Manson, qui faisait tremper à ses coolies les pieds et les jambes dans du goudron des Barbades et les faisait marcher dans de la sciure de bois ou du sable. Le port de chaussures el de caleçon est évidemment ici la mesure prophylactique qui s'impose pour les Européens.