I. — ACCLIMATEMENT
Le climat de la Berbérie, dont nous venons de passer tous les facteurs en revue, divise l'année en deux saisons : saison pluvieuse (de novembre à juin) et saison sèche (de juin à novembre).
Sur le littoral, l'hiver est doux, humide, souvent ensoleillé ; des torrents de pluie peuvent tomber en quelques heures et purifier le ciel, alors d'un bleu radieux. L'été, par contre, sans y être très chaud, est caractérisé par l'humidité constante, les brouillards et les nuits aussi chaudes que les journées.
Sur les Hauts-Plateaux, l'hiver se montre froid, le thermomètre descend toujours au-dessous de 0°. La sécheresse de l'air provoque des gelées fréquentes. L'été, très chaud mais très sec, y a des nuits fraîches. Dans la journée, la température peut baisser subitement
(1) Bernanr» (A.), Hautes-Plaines et Steppes, p. 14.
d'une vingtaine de degrés si le soleil est caché par des nuages et si le vent impétueux des Plateaux se lève.
Le Sahara est loin d'être chaud en hiver; et c’est dans le voisinage seulement de l'Atlas saharien (oasis des Ziban, Biskra) que la tempéralure reste tiède nuit et jour en cette saison. L'été, les journées extrêmement chaudes dans un air très sec sont suivies au Sahara de nuits fraiches. Aux Ziban, par contre, des nuits presque aussi chaudes que les journées, sauf aux crépuscules, qui provoquent un abaissement sensible mais passager de la température. Les Ziban ne possèdent pas encore le climat saharien, parce que le voisinage des montagnes et les brumes qu'elles arrêtent empêchent le rayonnement nocturne. Ce climat particulier aux Ziban est intéressant à définir, parce que Biskra paraît devoir devenir une station d'hivernage recherchée des Européens.
La différence des conditions météorologiques de l’Algérie-Tunisie et de la France fait passer les immigrants par un acclimatement dont nous indiquerons les nécessités générales.
I faut distinguer en Algérie-Tunisie deux régions, au point de vue de l’acclimatement : la région de chaleur humide, constituée par le littoral jusqu'à un maximum d'une centaine de kilomètres de la côte, et la région de chaleur sèche, constituée par le reste du Tell cultivable, les Hauts-Plateaux. Une troisième région comprendrait le Steppe et le Sahara, c'est-à-dire les espaces que nous ne peuplerons pas de nos colons, et où ne séjournent que provisoirement nos soldats, nos éleveurs, nos commerçants et nos industriels.
La région humide du littoral est celle, à notre avis, où l’acclimatement est le plus difficile pour des Français (à part les Provençaux et les Languedociens). La température, jamais très haute, est rendue accablante par l'humidité de l'air et par sa continuité énervante jour et nuit. Sur les Hauts-Plateaux, au contraire, où en été le soleil darde des rayons brülants, la sécheresse de l'air permet de supporter la chaleur, et les nuits fraiches sont reposantes.
L'appareil digestif a le plus à souffrir du climat nord-africain, du moins en été. La chaleur modifie et rend irrégulière la sécrétion des sucs digestifs ; elle diminue l'activité des muscles de l'estomac et de l'intestin. Ces troubles fonctionnels se traduisent par de l'inappétence et entraînent le besoin d’excitants anormaux : amers, épices, légumes inassimilables comme les salades, jouant le rôle de stimulants de la contractilité intestinale. De là aussi le prétexte des apéritifs qui ouvrent la porte à l'alcoolisme. Si l'on néglige de se surveiller, on est aussi la dupe d'un faux appétit provoqué par l'état calarrhal de l'estomac, et l'on se livre à des repas multiples et irréguliers, qui accélèrent le progrès des troubles gastriques. C'est pourquoi la réglementation des repas doit-être ‘un des premiers