ACCLIMATEMENT
préceptes du colon en Nord-Afrique. L'atonie de l'intestin va de pair avec les troubles de l'estomac. La stagnation des matières est bientôt suivie de poussées d’entérite, qui prédisposent à toutes sortes d'infections secondaires.
Le foie, diverticule digestif, ne tarde pas à subir le choc de lirritation gastro-intestinale. L'hépatite, si bien étudiée au point de vue anatomo-pathologique en Algérie par Kelsch et Kiener, n'y est: pas uniquement due à la dysenterie. En dehors des infections qui, toutes, le lèsent plus profondément qu'en France, le fonctionnement normal de la vie surmène rapidement le foie en Nord-Afrique. La sécrétion biliaire y est, semble-t-il, augmentée, même chez les personnes saines. Dans un grand nombre de maladies diverses, l'atteinte spéciale du foiese révèle par ses traits spéciaux et contribue à donner à ces maladies une physionomie particulière que l'on ne retrouve que par exception en France. Beaucoup d'’affections banales ont une issue fatale par suite de l'insuffisance hépatique. Il ne parait point que ce soit une mode frivole qui réunisse chaque année une foule d'Algériens aux eaux de Vichy, mais plutôt la constatation d’un réel bien-être consécutif aux « lavages du foie ». Glénard a même coutume de désigner du vocable familier d'africisme l'hépatisme cholémique si commun chez les Nord-Africains.
Le système nerveux est malmené par la chaleur presque au même degré que l'appareil digestif. Sur le littoral, la continuité des hautes températures et la salure de l'air imprégné d'eau, grâce aux insomnies et au mauvais fonctionnement de la peau qu'elles provoquent, entraînent, en peu de semaines d'été, un énervement et une fatigue accablante. L'organisme n’a, à proprement parler, plus un instant de repos. L'énergie s'émousse vite, et l'amoindrissement de l’activité corporelle s'accompagne d'un surcroît d'irrilabilité nerveuse. L'hydrothérapie peut seule pallier tous ces troubles. Sur les Hauts-Plateaux, la fraîcheur des nuits permet un sommeil tranquille et réparateur. D'ailleurs la chaleur sèche du jour, sous un ciel en feu, ne donne qu'une excitation agréable et passagère, sans ébranler les nerfs. L'état de marasme intellectuel provoqué par la chaleur, aboutissant à l'obnubilation complète de la conscience, et qu'on appelle la « Soudanite » ou le Tropenkoller, la folie des tropiques, n'existe pas dans la Nord-Afrique. Sous ce rapport comme sous d’autres, l'Algérie-Tunisie est un pays prétropical.
L'excès et surtout l'ininterrompue persistance de la chaleur humide aboutissent à une perversion de la régulation thermique du corps. L'organisme devient sensible aux plus faibles variations, soit vers une chaleur plus forte, soit vers le froid. EL c'est ici le moment de rappeler que, dans l’armée, on n'a vu de graves accidents et de morts par le froid, depuis la campagne de Russie, qu'en Algérie. En janvier 1845, lors de la retraite de Bou-Thaleb, par une température
qui n'atteignait pas — 2°, 229 soldats périrent de froid, sur une colonne de 2800 hommes. En février 1852, la colonne Bosquet eut à déplorer un pareil désastre à Taourirt-Ighil, comme le rappelle le nom d'une gare de l'Est-Algérien : Tombeau de la neige. Enfin, le 28 mars 1879, en l'espace de quelques heures, pendant une étape ordinaire, dans un simple changement de garnison, la pluie et le vent suffirent à tuer par le froid 19 hommes sur 350.
La douceur perfide de l'hiver du littoral contribue autant que l'accablement persistant de son été à ce détraquement du système nerveux. Il amoindrit l2s réactions salutaires, ne réveille pas les énergies engourdies dans la torpeur estivale. Sur les Hauts-Plateaux, les hivers rigoureux, où, pendant des semaines parfois, le thermomètre descend au-dessous de 0°, sont un excellent tonique pour les activités et vivifient les énergies.
La peau a beaucoup à souffrir de la chaleur humide du littoral ; la sueur dont elle est couverte en été n'arrivant pas à s'évaporer assez vite, l'effet bienfaisant du refroidissement qu'amène l’exhalation sudorale fait défaut, et le tégument toujours moite se couvre de Lichen tropicus (gale bédouine). Ces sueurs profuses amènent aussi de l'intertrigo et favorisent la furonculose. Elles gênent enfin le jeu de tous les réflexes qui émanent de la peau.
Les grandes chaleurs accélèrent le rythme respiratoire et, par suite, les mouvements du cœur. Ce travail plus considérable du muscle cardiaque doit contribuer à la lassitude générale qu'on éprouve en été et, d'autre part, en recevoir le contre-coup. La congestion vasculaire sous-cutanée presque constante est sans doute une des causes principales de ce surmenage du cœur.
Tous ces troubles fonctionnels de la nutrition, de la régulation thermique, des appareils digestif, respiratoire et circulatoire et, on peut le supposer aussi, des organes hématopoiétiques, aboutissent à un résultat final : l'anémie. Elle est commune sur tout le littoral nord-africain, surtout dans les villes, alors qu'on l’ignore, ou à peu près, sur les Hauts-Plateaux. Elle est constituée, à son degré le plus simple, en dehors de toute autre cause pathologique que la chaleur, par une diminution de la teneur en hémoglobine des hématies et aussi du nombre des hémalies. Cette anémie est, en partie, à la fois cause el effet de l'accélération des rythmes respiratoire et circulatoire comme des troubles digestifs et nerveux.
MOUVEMENT DE LA POPULATION. — Les Européens ne se trouvent donc pas en Berbérie dans les mêmes conditions climatériques que dans leur pays natal : un acclimatement leur est nécessaire pour y vivre, leur organisme modifiant le jeu de chacun de ses appareils. Une telle adaptation est impossible pour tous les pays intertropicaux; elle est relativement aisée en Algérie-Tunisie.
Le fait même que les habitants de la Berbérie ont toujours été des