‹ hygiene colonialeChapitre 43 sur 251 · MILITAIRES ET EXPLORATEURS · texte numérisé non relu

MILITAIRES ET EXPLORATEURS

Nourriture. — La nourriture est fournie en temps normal comme en garnison, avec cette différence qu'en été les viandes se putréfient vite, et qu'il vaut mieux donner au soldat des conserves que des viandes gâtées. Il faut aussi prémunir les hommes contre l'abus des fruits verts, en particulier du melon et de la figue de Barbarie. La pastèque, fruit aqueux entre tous, est au contraire sans danger, et l’on conte que l'armée de Bonaparte en Égypte dut presque la vie à cette précieuse cucurbitacée.

Le bidon individuel des troupiers d'Afrique contient 2 litres au lieu de 1 litre comme celui des soldats de France. Cette provision de liquide, qui alourdit le fourniment, n'est pourtant pas exagérée, et, avant l'étape, il faudra avoir soin de remplir tous les bidons. Il est bon d'apprendre aux hommes à se rafraichir en se gargarisant et en se lavant la bouche, puis en recrachant l'eau sans l’avaler. Boire le moins possible et seulement aux haltes horaires. Dans le Sahara, région extrêmement sèche, on peut, il est vrai, absorber des litres d’eau dans une journée sans grand inconvénient, l'évaporation soustrayant au fur et à mesure cette eau à l'organisme ; mais ilest toujours préférable de boire peu, de se rafraîchir par des bains de bouche, comme l’a fait et préconisé l'explorateur Flamand.

Dans un pays chaud, l'alcool, « coupeur de jambes », est la plus dangereuse boisson pour le soldat en marche. Ici, plus qu’en France, il devrait être proscrit des cantines régimentaires. Dans le Sahara, la sobriété, plus importante encore, est une question de vie ou de mort.

La stérilisation des eaux potables trouvées près des campements de hasard estune question majeure traitée en détail dans un autre article de ce Traité ; qu'il nous suffise de dire qu'à défaut de l’ébullition, le plus sûr des procédés de stérilisation, on emploiera avec avantage les pastilles d'iode expérimentées pa Vaillard (Syniodules).

En Algérie-Tunisie, les eaux sont très souvent magnésiennes et séléniteuses. Le médecin-major Burlureaux a expérimenté les poudres préconisées par Maignen pour la rectification des eaux. La première formule sert pour les eaux plus riches en bicarbonate qu'en sulfate de chaux :

Nom MPoudre defchauxvVive. ,,...... 4... HA TD EN 9 parties. 1" detcarbonale de soudé Lt... 6 — — d'alun..... ose A DE MOI OU PUR 1 —

La seconde formule sert pour les eaux plus chargées de sulfate que de bicarbona'e.

N° ©. Poudre de carbonate de soude.............. 9 parties. de CHAT VIVO ne ere men aete secret ON En claluNesrcrs re des riee +

Il faut employer 1 centigramme et demi de poudre par degré

hydrotimétrique. Ce procédé rend l'eau susceptible de cuire les légumes et de mousser avec le savon.

La filtration par le filtre Chamberland ou par le filtre Maignen abaisse aussi le degré hydrotimétrique.

Il faut craindre, dans les eaux de rencontre de la Berbérie, non seulement les Bactéries vulgaires qui donnent fréquemment des entérites, mais les coccobacilles typhiques, paratyphiques, coli, dysentériques, les amibes dysentériques et aussi les vers, en particulier l'ankylostome duodénal, la bilharzia et enfin les sangsues, qui si souvent ensanglantent la bouche des chevaux en Algérie.

Habitation. — Dans la Berbérie, les troupes ne cantonnent jamais chez l'habitant. Elles couchent sous leurs tentes-abris, en forme de prismes triangulaires, hautes de 1 mètre au plus. Chaque soldat porte sur son sac une pièce de la tente et quelques piquets; à chaque gite d'étape, on dresse la-petite maison de Loile et on l'entoure d’un fossé qui retient les eaux de pluie.

Le choix de l'emplacement du camp demande une attention particulière. Le camp devra être, avant tout, éloigné des gîtes à anophélines, c'est-à-dire des cours d'eau, des mares, des sources et du réservoir du virus paludéen, c’est-à-dire des habitations indigènes. Le sommet d'une colline bien découverte, sans broussailles et sans arbres, émergeant des brumes des plaines, est tout indiqué. Il faut choisir autant que possible un plateau sans grande pente, sinon les hommes glissent hors de la tente et se réveillent transis de froid, même dans les nuits d'été, et un terrain plutôt rocailleux qu'argileux, car les pluies diluviennes qui tombent au début de l'automne embourberaient vite bêtes et gens.

Les chefs de corps se préoccuperont d’abriter leurs hommes contre les longues pluies qui finissent par imbiber les vêtements et le paquelage, rendent le sac plus lourd et la marche plus dure, et refroidissent le corps, surtout quand le vent souffle. On ne saurait trop se souvenir de la retraite de Bou-Thaleb et du désastre du Tombeau de la neige, où des hommes sont morts de froid dans un simple changement de garnison, lorsque la température ne descendrait que de 1 ou 2° au-dessous de 0. Les précautions à prendre seront, en dehors du choix d'un sol rocailleux pour le campement, le creusement avec les outils portatifs de bons fossés autour de chaque tente el, au besoin, d'une tranchée transversale au-dessus du camp, destinée à couper le chemin aux eaux qui dévaleraient par la pente sur le camp. Les hommes seront habitués à assurer solidement les mâts et les piquets des tentes. En manœuvres, en changement de garnison, un chef de corps doit se décider à ne pas lever le camp, si, après une Journée et une nuit de grande pluie, le temps ne s'améliore pas. Il veillera plus spécialement à la nourriture des

Page 1