TUBERCULOSE. A
on récolte le pus sur un chiffon, sur une touffe de laine, etonen frotte quelques instants une incision préalablement pratiquée sur le jeune sujet que l’on veut préserver de la maladie. L'endroit où l’on fait cetle petite plaie qui recevra le virus varie beaucoup : chez les uns, c'est la face dorsale dela main, à la base du pouce ; chez les Maures, c'est la partie postérieure du lobule de l'oreille ; chez d'autres, le pli du coude, ou bien la région supérieure du bras, sur le deltoïde, soit encore la région scapulaire, soit la face interne de la cuisse. Le plus généralement, on incise entre le médius et l'index, presque entre les deux métacarpiens, à la face dorsale de la main gauche. Les frictions avec le chiffon imprégné de virus varioleux se répètent ordinairement le troisième jour. » Lorsque les pustules se déclarent, on les recouvre de plaques de laine imbibées d'huile. La variolisation donne lieu parfois aux épidémies qu'elle est chargée de prévenir. On à eu beaucoup de peine, au début, pour la remplacer par la vaccination. Les indigènes s’imaginaient que l’on « marquait » leurs enfants pour la conscription, pour des corvées ; de plus, au temps où la vaccination se faisait de bras à bras, ils répugnaient à accepter le mélange du sang de chrétien avec le sang de leurs enfants. Peu à peu, ces préventions se sont dissipées un peu partout. On cite telle tribu de l'Aurès où la tournée de vaccination est l'occasion de fêtes spéciales. Les médecins de colonisation sont tenus de faire régulièrement ces tournées, pour lesquelles ils reçoivent une indemnité. L'époque la plus favorable est l'hiver et le printemps, car on a remarqué qu'en été le nombre des insuccès était bien plus considérable que durant les autres saisons, et, de plus, le travail des champs, les migrations dispersent la population durant cette saison. L'immunité que confère une attaque de variole ou la vaccination est de très courte durée en Algérie-Tunisie : quatre ans en moyenne. TUBERCULOSE. — Tuberculose osseuse et tuberculose pulmonaire abondent : il est de règle que les Biskri et les autres émigrants des oasis des Ziban qui viennent dans les villes de la côte, comme portefaix et porteurs d'eau, meurent de tuberculose. La variole et la syphilis, à défaut de l’alcoolisme, font le lit à la tuberculose chez nos sujets musulmans. D'autre part, toutesles conditions de la vie arabe en Berbérie prennent, pour ainsi dire, le contre-pied des préceptes de l'hygiène antituberculeuse : les vêtements ne connaissent pas le nettoyage et suppléent beaucoup trop le mouchoir et la serviette ; ils changent trop aisément de maîtres : en pays musulman, les fripiers sont communs; le fellah misérable s'accommode d'acheter à bon compte des hardes usagées, et il ne s'inquiète guère des précédents possesseurs. La désinfection la plus rudimentaire est inconnue. Dans une même famille, les vêtements des morts passent de suite sur le dos des héritiers. L'immense majorité des indigènes consomment une nourriture insuffisante comme qualité et comme
quantité; aussi leurs malades sont-ils loin d’être soumis à la suralimentation conseillée. Les maisons mauresques des villes manquent surtout d'aération: elles contiennent un air stagnant, imprégné d'humidité. Les gourbis des fellahs et les habitations de terre des Kabyles et des ksouriens manquent surtout de propreté : la crasse et l'ordure s'accumulent sur le sol de terre battue, les murs etles plafonds d'argile s’effritent en une poussière impalpable que respirent les insoucieux musulmans. Partout, des familles entières se serrent et s’entassent dans des locaux trop restreints, sans fenêtre ni cheminée, où le cube d'air ne suffirait pas à une seule personne. La prophylaxie de la tuberculose dépendra donc surtout du relèvement moral et matériel de nos sujets.
Le pneumocoque semble aussi virulent pour les indigènes nordafricains que pour les nègres.
TYPHUS EXANTHÉMATIQUE. — Il est endémique dans la population de la campagne; les foyers mal éteints serévèlent de temps en temps par de brusques explosions, surtout à la fin de l'hiver et au commencement du printemps. Le défaut de renseignements et surtout l’apathie des intéressés qui craignent les mesures de désinfection et de quarantaine font que les foyers latents restent ignorés. Il en existe d'une façon constante dans la Grande Kabylie, dans la région de Sélif et dans celle de Batna. Le typhus apparaît parfois dans nos grandes villes, dans les quartiers sales et misérables, les ghettos, les fondouks crasseux et surpeuplés.
Les épidémies les plus étendues ont été celles qui ont duré de 1863 à 1867 dans le département de Constantine, celles de 1879, 1894 et 1897 à Alger.
DYSENTERIE. — La dysenlerie est fort répandue, et l’on peut dire endémique chez les indigènes des campagnes. Mais elle passe d’ordinaire inaperçue. L'état d'abandon des sources situées trop souvent en contre-bas des douars, la saleté des fellahs, la souillure du sol par les ordures humaines en expliquent la perpétuation.
CHOLÉRA. — Le choléra a fait, à plusieurs reprises, des ravages considérables en Algérie-Tunisie. Ses épidémies, dont la dernière date de 1893, dans le département de Constantine, paraissent dues aux mêmes causes que les épidémies européennes: le transport du virus par les voyageurs venant d'Orient, les hadji ou pèlerins, de retour de La Mecque. Le choléra a été plus grave en Algérie les années de disette et de famine.
FIÈVRE TYPHOIDE. — La fièvre typhoïde, a dit A. Cochez, « n'aime pas l’Arabe ». Nos médecins ne voient en effet que peu de cas de cette maladie dans les hôpitaux et dans les troupes indigènes. Mais, si l’on songe à l’effroyable facilité qu'offrent à la contagion la saleté et la promiscuité des douars, la souillure permanente du sol et des sources par les déjections répandues sur le sol tout autour des campe-
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ments, on peut supposer que c'est dans le jeune âge, surtout, que nos sujets sont atteints, que les faibles succombent et que les plus robustes acquièrent l'immunité. Les affections fébriles infantiles des fellahs n'ont pas encore été étudiées d'assez près, avec l’aide des procédés de laboratoire bien appliqués, pour que l'on puisse se prononcer à l'heure actuelle sur cette question de la fièvre typhoïde des Arabes.
RHUMATISME. — Le rhumatisme est fort commun chez les musulmans de Berbérie, dont le mauvais mode de couchage, les habitaions ouvertes aux intempéries (dans la campagne), ou bien excessivement humides (à la ville), favorisent cette affection. On le désigne sous les termes de e/ beurd (le froid, la fraîcheur), er rihh (le vent); l'expression lahham ister aliia (la chair me fait mal) signifie une douleur rhumatismale.
PLAIES DES JAMBES. — Les indigènes ont souvent, en été, des plates des jambes dont quelques-unes sont des lésions syphilitiques, mais dont beaucoup, dues, à l’origine, à des écorchures par les broussailles, se perpétuent par des infections secondaires qu'il serait intéressant d'étudier. Les ulcères annamites ou malgaches rapportés par d’anciens tirailleurs ou convoyeurs n'ont pas paru se propager dans la Berbérie. On a constaté quelques cas de pied de Madura et d’autres mycoses. Le Streplothrix du pied de Madura a été découvert en Algérie par Vincent.
MALADIES DE PEAU. — La phliriase est des plus communes chez les indigènes des basses classes. Le clou de Biskra et celui de Gafsa sont des variétés du clou d'Orient et sont dus à un parasite semblable à celui décrit par Wright. Ils semblent bien localisés à ces deux oasis, et les affections boutonneuses ou pustuleuses qu'on a voulu leur assimiler dans d’autres régions de la Berbérie relèvent sans doute d'une toute autre cause. Les indigènes, qui l’appellent hhabb mta Biskra (clou de Biskra) ou bess el {mer (mal des dattes), sont presque tous atteints dans l’enfance. Une première atteinte confère l’immunité en règle générale.
Toutes les maladies de la peau sont communes chez les indigènes de la Berbérie, favorisées par la saleté, la promiscuité, l'hypersécrétion sudorale, les conditions climatériques.
Il convient de noter la fréquence des tatouages, en rapport avec l’état de barbarie des tribus.
LÈPRE. — La lèpre se conserve dans un certain nombre de foyers des trois départements de l'Algérie : environs de Tlemcen, d'El-Aricha, de Cherchell, de Palestro, de Tizi-Ouzou, de Bouïra, de Msila, de Bougie, de Mila, de Constantine, des Ziban. |
LATHYRISME. — Une intoxication fort grave est constituée par le lathyrisme, dù à l'ingestion de certaines légumineuses (Lathyrus salivus, djelben en arabe), que les Arabes et les Kabyles consomment dans les années de disette. Cette intoxication donne lieu à la parésie
des membres postérieurs, suivie de paraplégie complète à forme de tabes spasmodique, qui ne régresse jamais. D'ordinaire, la paralysie s'établit fort vite; elle s'accompagne au début de phénomènes douloureux et d'hyperesthésie, à laquelle succède en général l'anesthésie. À une phase plus avancée, le malade ne souffre pas; il n'a pas d’escarres, et peut se servir de ses membres antérieurs. La paraplégie et le relâchement des sphincters sont les seuls symptômes qui le tourmentent. Les membres postérieurs, en extension continue, sont mobiles seulement autour de l'articulation coxo-fémorale et agités de tremblements durant la marche.
KIF. — Certains indigènes fument le kif ou {hokmi : sommités florifères desséchées d'une variété naine de chanvre (haschich). Ils tombent dans un marasme analogue à celui des fumeurs d'opium. Le commerce du kif est interdit.
CANCERS. — Contrairement à l’ancienne opinion, les indigènes sont sujets aux cancers : le sarcome est la forme la plus fréquente, mais on trouve aussi des épithéliomas.
ÉLÉPHANTIASIS. — L'éléphantiasis (djedam) attaque en Berbérie toutes les parties du corps, par des tuméfactions énormes, des gonflements très inégaux. On a remarqué que le sirocco aggrave beaucoup son développement. La filariose est inconnue chez les aborigènes de Berbérie.
GOITRE. — Le goilre existe à l'état endémique dans les vallées des pays montagneux : Grande Kabylie, Atlas de Blida. On l'aurait constaté de même sur le versant méridional de l'Atlas saharien.
Parmi les maladies de moindre extension qui peuvent frapper les indigènes, on cite : le {yphus récurrent, pour lequel, dans un certain nombre de cas, le diagnostic microscopique a été fait, la méningite cérébro-spinale (épidémie de 1901 à Alger).