PLANCHE I
Cependant le mouvement apparent du soleil, allant d'un tropique à l’autre, ne se fait pas d’une façon régulière; le climat varie suivant que l'on se place au-dessus et au-dessous de l'équateur ; en règle générale, il fait plus chaud dans l'hémisphère boréal.
Il existe deux causes qui expliquent cette différence. En premier lieu, c'est qu'il y a plus de terres dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral; il s'ensuit une différence dans l’'évaporation et le rayonnement de la surface terrestre ; en second lieu, et c'est ce qui constitue la principale raison, le soleil ne décrit pas sa course avec la même rapidité dans les deux hémisphères. Quand il a dépassé l'équateur et
une révolution en suivant un cercle appelé écliptique AB, cercle incliné de 230,5 sur l'équateur (fig. 1.
Coupons la terre et la sphère céleste par un plan passant par le point considéré p (plan méridien) et la ligne des pôles; le soleil, qui semble décrire successi-
Pôle Nord
Pôle Sud Fig. 1.
vement tous les cercles parallèles compris entre les deux tropiques, décrira deux fois le cercle PP’ dans l’espace d’une année, {car le cercle apparent qu'il décrit part du tropique du Capricorne, par exemple, se rapproche de l'équateur EE, le franchit, atteint le tropique du Cancer, s'arrête dans sa marche ascendante (solstice : de soletstare, arrêt dusoleil), puis revient vers 1 Équa teur et vers le tropique du Capricorne; donc onjvoit que la position PP’ sera occupée deux fois (fig. 1); i énith de p.
D, Eten : point b, dont la latitude est égale à l'inclinaison FA l'écliptique «, c’est-à-dire qui est sur le tropique même, plus ces deux époques seront voisines. Aux tropiques, il n'y qu'un seul passage au zénith par an.
se dirige vers le tropique du Capricorne, il va plus vite que dans l'hémisphère boréal. Par suite, il est facile de conclure que dans l'hémisphère sud la saison chaude dure moins longtemps ; au contraire, dans l'hémisphère nord, la saison chaude durera plus longtemps ; le printemps et l'été seront plus longs de huit jours au nord de l'équateur; l'automne et l'hiver seront plus longs de huit jours au sud de l'équateur. C'est également pour cette raison que le pôle antarctique est plus froid que le pôle arctique.
Enfin nous avons vu que les saisons, c'est-à-dire les alterna-
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Fig. 2. — Graphique des courbes thermiques des régions tropicales nord et sud.
üves de pluie et de sécheresse, sont déterminées par le passage du soleil au-dessus et au-dessous de l'équateur et par la formation d'un anneau nuageux auquel ‘on a donné, suivant les nations, des noms différents; les marins français l’appellent le pot au noir; les Anglais l'appellent le cloud ring. Comment se forme cet É nuageux qui règle les saisons dans la région intertropicale ?
Le soleil, par définition, est plus rapproché de l'équateur que des pôles et, par suite, il darde ses rayons avec plus d'intensité sur les régions intertropicales. L'effet du soleil est de déterminer de la chaleur et de la lumière. Ea chaleur évapore, dans cette immense région de mers intertropicales, l’eau des océans Atlan-
CLIMATOLOGIE TROPICALE. f1—11
tique, Pacifique et Indien, où l'évaporation se fait au maximum.
On sait que l'eau qui circule dans l'atmosphère, au-dessus de la croûte Lerreslre, provient surtout de l'évaporation de ces grandes nappes d'eau. Elle est pompée par le soleil ; réduite en vapeur, elle arrive dans les couches supérieures de l'atmosphère, où elle se refroidit; elle se condense alors à l’état de vapeur, pour former les nuages, lesquels la rendent à la terre sous forme de pluie, de neige, de grêle, complétant ainsi le cycle perpétuel du mouvement des eaux météoriques à la surface de la terre. Le maximum de ces phénomènes d'évaporation et de condensation se trouve précisément réalisé dans les régions tropicales, ear c'est là que se rencontre le maximum de chaleur. Le pot au noir, ou cloud ring, est donc formé par l’évaporation intense qu'exercent les rayons solaires sur une surface constamment soumise à leur action.
Cette bande de nuages ainsi formée flotte au-dessus de l'équateur et se déplace d’une façon régulière ; partant du Capricorne pour remonter au tropique du Cancer, elle suit Le soleil dans son mouvement apparent de va-et-vient au-dessus de l'équateur.
Par suite du phénomène dont nous avons parlé plus haut, ce pot au noir subit des variations dans sa course, variations dépendantes de la vitesse du soleil au-dessus ou au-dessous de l’équateur ; ces oscillations au nord et au sud ne sont pas absolument symétriques; au nord, il atteint 8° de latitude nord et, au sud, il ne dépasse pas 2°.
De même la largeur de cet écran nuageux n'est pas absolument constante tout le long de la ligne équatoriale. Dans l'océan Atlantique, iloccupe, par exemple, une bande qui va en diminuant de l’est à l’ouest ; sa largeur est de 500 à 600 kilomètres sur les côtes d'Afrique, tandis qu'elle est très réduite sur la côte américaine ; de même, dans l'océan Pacifique, elle va en diminuant de l'est à l'ouest; le maximum est sur les côtes du Mexique.
Partout oùrègne ce c/oudring, c'estla saison chaude, saison humide, saison des pluies : ces trois termes sont synonymes. Au contraire, lorsque, après le passage du pot au noir, arrivent les vents alizés qui le limitent au nord et au sud, c’est la saison sèche, froide, saison des vents alizés, qui est la plus agréable pour les Européens.
FACTEURS CLIMATÉRIQUES PRINCIPAUX DES CLIMATS CHAUDS. — Les conditions générales de la climatologie tropicale tiennent à un certain nombre de facteurs.
Soleil. — Le premier de ces facteurs est le soleil : il chauffe, il éclaire, et cette chaleur et cette lumière influent naturellement sur les conditions dans lesquelles l'homme ou l'animal vivent dans ces régions. nee
Il y a deux raisons pour que les rayons du soleil soient plus chauds dans cette partie du globe que dans toute autre. On sait que l'intensité des rayons solaires est d'autant plus grande que l'angle d'incidence se
rapproche plus de la normale ; en outre, plus l'épaisseur de l'atmosphère terrestre sera faible, plus grande sera l'action des rayons solaires sur la surface de la terre ; lorsque le soleil sera, en un point donné, dans une position perpendiculaire à la terre, c'est-à-dire au zénith, il traversera une couche d’atmosphère moins grande, et son action s'exercera d'une façon plus intense. Plus la traversée atmosphérique sera courte, plus le rayonnement sera intense. Entre des rayons au zénith et des rayons à 10° au-dessus de l'horizon (soleil levant), ik y a une distance sept fois plus grande, comme chemin parcouru à travers l'atmosphère, entre les rayons tnbentiéls et les rayons verticaux. Quand le solei. est au zénith, la quantité de chaleur que reçoit une surface horizontale donnée est quinze à dix-sept fois plus grande que quand le soleil est à l'horizon; il s'ensuit un rayonnement solaire beaucoup plus intense à l'équateur. La température de l’air est un facteur qui dépend directement du rayonnement solaire. Voilà pour quelle raison la chaleur est plus intense à l'équateur qu’en un autre point du globe.
Luminosité. — Un autre facteur qui influe sur la climatologie intertropicale est la luminosité. L'intensité de la lumière solaire est beaucoup plus faible dans les pays tempérés qu'entre les tropiques.
On a démontré par des mensurations que l'intensité des rayons solaires était la plus grande à l'équateur; la moyenne actinométrique étant à Paris de 48°, on a trouvé qu'elle était au Congo de 56°,5.
En outre, la luminosité est plus forte dans les régions désertiques que dans les régions dont l'atmosphère contient une certaine quantité de vapeur d’eau en suspens.
Température. — La température, dansla zone équatoriale, a deux grandes caractéristiques :
1° Sa constance, au voisinage de 28°;
2° Sa faible élévation pendant le jour, comparativement à la nuit, c'est-à-dire la faible variation de température nychthémérale.
A l'équateur, la différence entre le moisle plus chaud etle mois le plus froid est de 1°,5. À 10° de latitude nord, cette différence est de 2°,26 ; à 20° de latitude nord, à peu près au Congo, la différence He et atteint 6°,5 ; enfin, à 30°, c'est-à-dire un peu au nord de la zone tropicale, la différence sera de 12°,25. À quoi tient cette différence ?
Précisément à la quantité considérable de vapeur d'eau qui sature l'atmosphère de ces régions.
Dans le jour, cette vapeur d’eau fait écran entre le soleil etla terre; elle empêche, dans une certaine mesure, le rayonnement du sol ” l'échauffement de l'atmosphère par le soleil. Malheureusement, cette vapeur d'eau -persiste et ne se condense pas pendant la nuit, elle empêche le refroidissement du sol; en outre, elle perd sa chaleur latente de vaporisation et contribue ainsi à l'échauffement de l'air.
La faible différence entre la température du Jour et celle de la nuit . désagréable le séjour en ces régions, car jamais l'habitant n'y énéficie de l’abaissement de température, qui nous aide dans nos climats à supporter les grandes chaleurs.
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À nue que l’on s'éloigne de l'équateur, la courbe qui représente les différences de température nychthémérale s'accentue.
Dans les climats tropicaux, l'amplitude des variations thermométriques est plus accentuée. Au Tonkin, par exemple, les moyennes thermiques vont de 6° à 40°; au Sénégal, elles oscillent entre 7° et A (0 :- RES 3 4 y .
40°; dans ces régions, le thermomètre dépasse 30° 195 à 130 fois par an. Dans les climats équatoriaux, il dépasse 10°150 fois au moins,
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Fig, 3. — Graphique des courbes thermiques des zones équatoriales.
d’après Lancaster. Au Soudan, les variations diurnes peuvent monter jusqu'à 37° du matin à midi. |
Donc la caractéristique des climats tropicaux est une varialion plus grande de température diurne. De même la différence s’accentue entre les températures diurne et nocturne relativement au climat équatorial.
Dans les climats prétropicaux, ces variations augmentent encore ; les différences entre les températures du matin et de midi seront plus considérables.
Hygrométrie. — Un autre facteur qui influe encore dans les pays intertropicaux est l'état hygrométrique de l'air. Sauf au voisinage des grands déserts, l'atmosphère des régions intertropicales est presque saturée d'eau; même au Sénégal, qui est voisin du Sahara, l'air contient, dans la saison sèche, autant de vapeur d'eau que
l'air des climats tempérés pendant l'été.
Cette élévation extrême de l'état hygrométrique estencore une des
caractéristiques des climats intertropicaux, et c'est cette saturation de l'atmosphère qui influele plus sur la santé des Européens (fig. 4).
L état hygrométrique est intimement lié au régime des pluies et, par conséquent, à la marche du soleil. En effet, le soleil passe deux fois par an au zénith d'un point situé entre les tropiques; plus on s'approche de l'équateur, plus le double passage au zénith s'espace ; il s'ensuit que les masses de vapeurs entraînées par le soleil dans son mouvement mettent un temps d'autant plus grand à disparaître que la distance du retour du soleil à l'équateur est plus grande.
Fig. 4. — Courbes hygrométriques et saisons correspondantes dans les deux hémisphères.
Donc, étant donnés deux passages du soleil au zénith, ily aura deux saisons de pluies et deux saisons sèches ; c'est ce qui arrive sous l'équateur.
Au contraire, à une certaine distance de l'équateur, il n'y aura qu'une saison sèche et une de pluies.
lension de la vapeur d’eau. — La tension de la vapeur d’eau est aussi un fait important au point de vue de l’acclimatement et de la santé des Européens.
Pour M. Treille, dans les pays chauds, l'Européen est placé dans une siluation désavantageuse au point de vue de l'humidité de l'atmosphère et de la tension de la vapeur d’eau. Tandis que cette
tension atleint à Paris 7, elle atteint sous les tropiques 18°: il en résulte une diminution de l’exhalation de la vapeur d’eau pulmonaire qui est forcément compensée par une exagération de la sudation.
Pression barométrique. — La pression barométrique, dans les pays équatoriaux, ne varie pour ainsi dire pas; les écarts vont de 758 à 763; les brusques dépressions, conséquences des tornades, se manifestent au nord et au sud de l'équateur, sous les tropiques; mais on ne les rencontre pas à l'équateur (fig. 5).
État électrique. — Au point de vue de la climatologie, il faut encore tenir compte de l'électricité atmosphérique.
Il semble que cette électricité soit en raison directe de l'intensité des rayons solaires; l'abondance des éclairs dans les basses latitudes semble en être une preuve. En tout cas, cette augmentation de la tension électrique, cet état orageux si remarquable et qui estconstant au commencement des pluies se manifeste par une action physiologique même sur les indigènes, mais surtout sur les Européens; la lourdeur de l'atmosphère se traduit par un état d’énervement spécial dû à l'augmentation des propriétés électriques de l'atmosphère.
Microbes de Pair. — L'air des tropiques, au point de vue des poussières, des microorganismes, ne présente rien de particulier.
On croyait autrefois que de la fermentation du sol pouvaient se dégager des miasmes capables de donner des maladies contagieuses ; on avait pensé que l'évaporation si intense des nappes d'eau pouvait répandre dans l’air des germes nocifs. On sait actuellement que jamais l'évaporation d'un liquide, si chargé soit-il de bactéries, ne pourra contaminer l'air au-dessous duquel ce liquide s’évapore ; il faut toujours pour cela qu'il y ail projection de gouttelettes solides.
Vents. — Les vents exercent une influence considérable sur les climats, mais surtout sur les climats tropicaux.
On sait que le commandant Maury a divisé les vents en quatre grands vents généraux, soufflant d’une façon constante à la surface du globe (1):
Dans l'hémisphère nord :
Climats tempérés, vents du sud-ouest ;
Sous les tropiques, vents du nord-est ;
Dans l'hémisphère sud :
Sous les tropiques, vents du sud-est ;
Dans les climats tempérés, vents du nord-ouest.
Les deux vents régnants des climats tropicaux vont dans la direction de l'ouest : mouvement dû à la rotation de la terre.
Ces vents subissent des modifications intéressant la climatologie
tropicale et dues aux grandes régions désertiques.
(1) Planche I, fig. 2, p. 7.
On sait, en effet, qu'il existe, en dehors des régions habitées, deux grandes bandes désertiques qui traversent notre planète au sud et au nord de l'équateur, entre les pays tempérés et les pays tropicaux. Il est important de connaître ces bandes désertiques, car leur connaissance expliquera les mouvements des vents alizés au nord etau sud.
En effet, l'écran nuageux, le cloud ring, ne passe jamais au-dessus de ces parties désolées ; en outre, elles sont desséchées parce que les vents alizés (Voy. pl. I et IT) qui enserrent le cloud ring, y soufflent d'une façon constante (Voy. pl. IT, p. 17).
La bande désertique située au nord de l'équateur commence sur la côte occidentale d'Afrique, au sud de notre possession sénégalienne,
BANANA Altitude 22 BOLOBO , Altitude 329%
CONGO région côtière CONGO région continentale & AE 5 5181S18/4181$1€ 2 E
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Fig. 5. — Graphiques comparatifs de la marche du thermomètre et du baromètre.
traverse le Sahara, passe au Soudan, au sud de l'Égypte, de l'Arabie, remonte au nord de la Perse, du Turkestan et de l'Iran, pour finir au désert de Gobi et au sud de la Chine.
Cette bande décrit une concavité dirigée vers le nord-ouest.
La bande du sud de l'équateur est moins importante. Elle comprend le désert de Kalahari en Afrique, les grands déserts de l’Australie et le désert de l'Amérique méridionale.
Le soleil entraîne les vents alizés en même temps qu'il entraîne le pot au noir dans son mouvement entre les deux tropiques. Ce sont en effet les vents alizés qui limitent la bande du pot au noir au sud et au nord. Dans l'Atlantique et le Pacifique, les changements sont de peu d'intensité ; au contraire, dans l'océan Indien, resserré entre deux continents, l'Australie et l'Afrique, il y a de grandes oscillations ; les vents prennent, dans ces régions, le nom de moussons (de l'arabe moussim, changement de saison).
| La cause de ces moussons tient au voisinage du continent asia- Uque, el en particulier du désert de Gobi. L'air chauffé par le rayon-
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