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I. Les sédentaires comprennent

1° Les habitants des villes, les Beldi, qui vivent dans les blanches maisons mauresques fermées à l'extérieur par de hauts murs percés de petites meurtrières, et ne prenant l'air que par la cour intérieure. Ces maisons sont fraiches en été; leur principal défaut est de n'être pas assez ventilées et d'être humides. Elles manqueraient aussi de confortable pour des Européens. Les indigènes s'en accommodent et ont fait de quelques-unes d'entre elles des bijoux d'architecture arabe. Le mobilier y est très restreint : divans bas, petites tables et coffres ajourés d'art hispano-mauresque; les lits ne sont que des sofas ; les chaises sont remplacées par des coussins.

Un rôle important est joué, dansla vie du Beldi, par les bains maures. Ces bains, fréquentés la nuit par les hommes, et le jour par les femmes, sont des étuves où l’on prend des bains de vapeur et où des baigneurs massent et raclent le corps en transpiration. Ces bains, imités évidemment des thermes antiques, sont excellents, reposent et nettoient le corps à merveille, mais leur abus effémine.

Les édifices publics comprennent encore les mosquées, les cafés maures et les fondouks. Les mosquées sont toujours trop petites, sauf dans les grandes villes, où elles ont été bâties par l’administration française. Humides et rendues infectes par la fumée des lampes alimentées de mauvaise huile d'olive ou de pistachier, elles offrent aussi l'inconvénient de servir de sépultures aux marabouts (saints de l'Islam). Dans une mosquée, le croyant ne doit pas cracher par terre : 1] soulève la natte et crache au-dessous.

Les cafés maures, obscurcis par la fumée du tabac, par celle du foyer où l’on prépare le kaoua, sans qu'aucune fenêtre ou cheminée n'assurent l’aération, sont fréquentés jour et nuit par une foule d'oisifs qui rêvent, jouent aux dames ou écoutent les complaintes des rhapsodes.

Les fondouks sont des sortes d'hôtelleries où bêtes et gens logent côle à côte; 1ls sont remplis surtout les jours de marché et présentent le même danger que ceux-ci pour la propagation des maladies contagieuses. Les Arabes viennent en effet de fort loin à ces marchés hebdomadaires, même quand ils n'y veulent rien vendre ni acheter : ils y viennent conter ou apprendre les nouvelles. Ils y apportent souvent les germes d'épidémies dans les plis de leurs burnous crasseux.

En dehors du marché, les artisans se groupent, par corps de métier, dans les mêmes rues. Leurs boutiques, s'ouvrant sur le cloaque de

la ruelle-égout, sont de pelites niches sans air ni lumière, où les ouvriers du cuir, du fer, les bijoutiers, les marchands d'étoffe, les bouchers, les marchands de légumes ou de charbons'étiolent, entassés, dans l'inactivité physique au milieu d'un air fétide à odeur de cave

Seuls résistent à ce milieu insalubre les Mozabites, ou A hamsi (cinquième secte), schismatiques musulmans, qui, de leur refuge du Mzab, situé dans le Sahara, émigrent temporairement dans toutes les villes de Berbérie, où ils ont accaparé le petit commerce.

2° Les ksouriens, ou habitants des oasis sahariennes, vivent dans des villages de loub (briques cuites au soleil) et de troncs de

Fig. 33. — Village berbère, bâti sur un piton (Chaouïas de l’Aurès, parents des Kabyles du Djurjura) (1).

palmier, au milieu des seguias et sous les stipes des palmeraies. La toub qui s'effrite remplit de poussière ces habitations puantes et emplies de moustiques. Dans ces populations entassées, toujours terrées par crainte de la chaleur, les épidémies font de faciles hécatombes, et le paludisme qui règne tout le long des mornes étés y a pris un nom spécial, le {ehem, lant il répand l'épouvante. |

3° Les sédentaires de la campagne comprennent les tribus agricoles

(1) Figure empruntée à J.-A. BarTANDIER el Traëur, L'Algérie, Paris, 1898

par excellence, et les Kabyles. Les cullivateurs, ou fellahs, se bâtissent en branches, en roseaux et en torchis, les gourbis qui sont à la fois maisons et étables. Le sol, de terre battue, est exhaussé d’une vingtaine de centimètres dans une moilié du gourbi : c'est la place des hommes; chevaux, bœufs et chiens occupent l'autre moitié. Quelques coffres, jarres, nattes et couvertures, une meule à blé à main, et de grossières poteries constituent l'unique richesse de ces innombrables fellahs. La cuisine se fait au milieu du gourbi, qu'elle enfume, la seule ouverture étant la porte. La fumée est d’ailleurs le seul moyen connu du fellah pour éloigner les moustiques. Les déjections sont répandues autour du gourbi sans nulle précaution.

4° Les Kabyles habitent toujours des villages étroitement groupés et juchés sur des pitons très difficiles d'accès (fig. 33). Ils bâtissent des maisons plus solides que les gourbis, mais où la place est toujours parcimonieusement mesurée. Ces maisons sont d'une saleté inimaginable, avec des recoins infects et des ruelles en cul-desac qui servent de latrines communes, sans qu'on y fasse aucun aménagement. Une odeur de pourriture plane au-dessus de ces villages kabyles, et il est heureux qu'une ventilation parfaite existe à ces hauteurs de 1000 à 2000 mètres. Si l’on ajoute à cela que la population est très dense dans tous ces villages, puisque la Kabylie, où il n'y a pas une seule grande ville, a un chiffre d'habitants, par kilomètre carré, supérieur à celui du département du Nord, il n’est pas surprenant que des épidémies soudaines aient parfois fauché le dixième, et même davantage, de la population de ces villages, dont le grand nombre et le difficile accès empêchent l'administration de faire étudier et de modifier leurs déplorables conditions sanitaires. Les Kabyles vivent encore, dans ces forteresses haut perchées, comme au temps où les guerres continuelles les obligeaient à une perpétuelle vigilance. Mais peut-être ne serait-il point préférable qu'ils s'établissent dans les vallées; car on a remarqué que les habitants de: ces bas-fonds, où l'on trouve un certain nombre de goitreux, ont une santé notablement inferieure. Les courants d'air salubres ne balavent point leurs vallées encaissées, où stagnent les eaux et les brumes el où le climat est déprimant. Un désavantage de la position des villages kabyles sur les pitons est constitué par l'éloignement des sources, qui ne jaillissent que très loin en contre-bas. Aussi l’eau, rare et précieuse, ne sert-elle jamais à la toilette, et encore moins au nettoyage de la maison ou des vêlements. Pour être rare, elle n’en est pas meilleure, car, par suite de l’agglomération compacte de toutes les confédérations kabyles, occupant tous les points les plus élevés du pays, il est impossible que les sources ne reçoivent pas de souillures humaines. Peut-être ces eaux sont-elles parfois suffisamment filtrées par un sous-sol sablonneux; mais tant qu'une analyse bactériologique et surtout une analyse chimique n'aura pas prouvé le contraire, une

source kabyle doit être tenue pour suspecte. Cela n'est point vrai pour les régions avoisinant le Djurdjura, haute crête de calcaire liasique de plus de 2000 mètres qui limite au sud la Kabylie. Ce gigantesque rempart, couvert de neige pendant plus de six mois chaque année, est, bien entendu, inhabité et ébauche le rôle du château d'eau, qui fait malheureusement défaut à l'Algérie-Tunisie.

IT. Les vrais aomades vivent sous la tente eu forme de bateau renversé, suivant la définition antique, et sont pasteurs. Certains sédentaires se déplacent, pour laisser la terre se reposer par la jachère, car beaucoup ignorent l'art de l’assolement. D'autres, pour fuir la vermine quand elle est devenue tout à fait excessive, vont à quelque distance rebâtir un nouveau gourbi et brûlent l'ancien. Il y a aussi les demi-nomades, qui oscillent entre leurs lieux de pâturages et

Fig. 34. — La tente de laine du nomade est imperméable à la pluie et garantit bien de la chaleur. Fréquemment déplacée, elle abrite un sol moins souillé que les demeures immobiles.

leurs terrains de culture. Mais les vrais nomades, les grands nomades, suivant l'expression d'A. Bernard, sont ceux qui font de l'élevage dans le steppe, hivernent dans le Sahara, où souvent ils sont propriétaires des palmeraies que soignent les Ksouriens, remontent au nord dès les premières chaleurs, estivent dans le Tell, et rapportent vers le sud les céréales achetées aux sédentaires et aux colons telliens. Ces nomades sont en général peu frappés par les maladies. Leur tente, faite de laine ou de poil de chèvre mêlé de poil de Ge est imperméable à la pluie, et garantit bien de la chaleur (fig. 34).

196 ED. ET ÉT. SERGENT. — AFRIQEE, SEPIENTRIONARBE:

Ils y mènent une vie plus saine que celle du gourbi, et les déplacements réguliers font que le sol ambiant n'en est guère souillé et que la vermine y est moindre.

Émigrants. — Chez les nomades, c'est une exode de la population entière qui s'accomplit chaque année du Sahara au Tell et du Tell au Sahara, cette oscillation des tribus de pasteurs étant commandée par l'état des pâturages. Mais il existe aussi en Berbérie d’autres grands voyageurs : les Kabyles, les Marocains, les Mozabites et les Biskri. Les hommes seuls émigrent, et ils rentrent toujours chez eux avec un petit pécule.

Les Kabyles descendent de leurs montagnes pour se louer au moment de la moisson ou des vendanges, ou dans les chantiers de travaux publics. Ils fournissent aussi des colporteurs infatigables et hardis.

Les Marocains se font embaucher pour les travaux agricoles ou comme terrassiers.

Les Mozabites ne font que le petit commerce d'étoffes, d'épicerie, de boucherie ou de charbon dans les villes.

Les Biskri et les ksouriens des Ziban sont portefaix ou porteurs d'eau dans les villes de la côte.

Tous ces émigrants sont susceptibles de propager au loin les épidémies. On a déjà la preuve que des Marocains et Kabyles, impaludés dans des plaines basses, viennent infecter en été certaines localités indemnes de fièvres, en apportant le virus paludéen aux anophélines.

Vêtement. — Le vêtement des Arabes se compose essentiellement du burnous, sorte de grande pèlerine de laine blanche ou marron, à capuchon, et de la gandoura de toile, large chemise tombant aux genoux. La coiffure est la chechia, calotte rouge sur laquelle s'enroule le turban (haïk), grande pièce de toile fine que les Arabes de l’intérieur consolident encore avec une longue cordelette de laine, de poil de chèvre et de chameau, tordue, elle aussi, autour de la tête. Sous le turban est fixée une pièce de mousseline, le chach, qui descend derrière la tête et sur les oreilles, enveloppant complètement la nuque, s'engageant sous les vêtements jusqu'aux épaules et encadrant le menton. La nuque est ainsi parfaitement protégée ; seule la face est découverte. Les jours de chaleur, ou pendant la marche au soleil, on ramène un pan du chach sur la bouche, le nez et même un œil. L'air chaud est tamisé, l'air aspiré est humidifié, les poussières sont arrêlées. Les grands nomades du sud se voilent la face avec une pièce d'étoffe spéciale : le litham. L'épaisseur du turban atteint parfois des dimensions considérables et paraît insupportable à un Européen. Les indigènes qui ont la tête toute rasée, sauf une touffe de cheveux (le Mahomet), qu'une croyance religieuse leur fait conserver, portent allègrement cet édifice et souffriraient d'en être privés. Les Arabes du sud surmontonat parfois leur turban d'un grand chapeau, le mdhal, tressé en tiges d’alfa (Stipa tenacissima) ou en plumes

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