‹ hygiene colonialeChapitre 66 sur 251 · MADAGASCAR. — ALIMENTATION · texte numérisé non relu

MADAGASCAR. — ALIMENTATION

Clable à l'organisme. Quel que soit l'endroit habité, à la côte comme sur les hauts plateaux, le port continu de la ceinture de flanelle est indispensable pour empêcher les accidents gastro-intestinaux.

C'est sur ces bases qu'a été établi l'habillement des troupes coloniales, qui possèdent des vêtements de toile et de drap, des casques et des bérets, et dont la tenue journalière est indiquée par les chefs de corps.

IV. ALIMENTATION. — La base de l'alimentation indigène est le riz, qui, en certains points de l'ile, est le seul aliment. Les malgaches y adjoignent les « brèdes », dont ils font un usage constant, le maïs cuit, les patates, le manioc, les haricots, la graisse de porc et les viandes de bœuf et de porc, dont en certains points, comme dans l’Imérina et le Betsiléo, ils font une grande consommation, surtout dans les villes ; mais il est bien à remarquer que le riz additionné seulement d’un peu de sel et de piment suffit à l'alimentation journalière d'un Malgache.

Le riz est mangé sec. Il reste sur le feu jusqu'à ce que l’eau employée en quantité double du riz se soit évaporée et que la partie attenante au fond de la casserole ait commencé à roussir. De l’eau bouillie ensuite dans le récipient où s'est fait la cuisson est prise chaude et exclusivement à la fin du repas comme boisson. Cette ration alimentaire est suffisante, puisqu'elle permet à l’indigène une dépense de force considérable, tels Les porteurs qui font couramment des étapes de 30 à 50 kilomètres par jour longtemps répétées. Il n'y a donc pas lieu de la modifier.

Le Malgache consomme très peu d’alcool. Les Hovas et les Betsiléos sont presque tous abstinents. Les Sakalaves l'aiment, mais en prennent peu. Les Betsimisarakas en prennent beaucoup. Si les Hovas et les Betsiléos sont sobres, c’est que les anciennes lois malgaches punissaient d'une amende très forte (100 francs et quinze jours de prison) l'ivresse constatée.

Il faut avoir soin de tenir la main à ce que les règlements actuels sévères contre la vente des boissons alcooliques soient appliqués et, s’il est nécessaire, les renforcer encore.

L'Européen ne peut pas se contenter d’une alimentation aussi réduite. L'habitude lui a créé des besoins qu'il lui faut satisfaire. La diversité des mets lui est nécessaire pour solliciter l'appétit. Son alimentation devra donc, sur les régions côtières et de faible altitude, où la chaleur est grande, être celle qui est prescrite dans tous les. pays tropicaux et qui a été déjà étudiée ailleurs, c'est-à-dire diminution de la viande et des graisses et augmentation des légumes; interdiction de l'alcool et de toute boisson fermentée ; usage de l’eau bouillie ou du thé. Dans l'intérieur, au contraire, l'alimentation devra se rapprocher de celle des pays tempérés d'Europe. De toutes facons, d’ailleurs, il reste bien entendu que les aliments frais sont

toujours supérieurs aux aliments de conserve. Partant de ce principe, le colon, qu'il soit à la côte ou sur les hauts plateaux, devra toujours attacher le plus grand soin à l'entretien d'un jardin potager capable de lui assurer chaque jour des légumes frais.

Il n'y a pas lieu de modifier les régimes suivant les professions exercées, car l'Européen, à Madagascar comme dans les autres colonies tropicales, ne peut et ne doit pas fournir de dépenses physiques exagérées, ne doit pas surtout travailler la terre. Sur les hauts plateaux seulement il pourrait, en certains points, être dérogé à cette règle ; il y aurait, en ce cas, à se conformer aux indications générales énoncées plus haut.

Les maladies d’origine alimentaire, sans être à Madagascar aussi variées et aussi fréquentes qu’en Europe, n’en sont pas moins importantes à connaître, aussi bien pour l'indigène que pour l'Européen.

Les parasites abondent. Le Tænia, rare chez les indigènes par ce fait qu'ils mangent toujours la viande après qu'elle a longuement bouilli, est au contraire relativement fréquent chez l'Européen, qui mange généralement la viande sous forme de grillade et de rôti, pensant, en l’absorbant saignante, lutter contre l’anémie tropicale, ce qui est une erreur. ï

Les ascarides, d’une fréquence extrême chez l’indigène, sont loujours à craindre pour les enfants européens, même très jeunes. Chez les indigènes, ils amènent souvent des accidents graves, principalement par leur nombre, qui peut atteindre ‘et dépasser la centaine. Aux enfants indigènes ou européens, ils occasionnent des troubles nerveux, en particulier des convulsions, des troubles gastro-intestinaux, de l’'obstruction intestinale. Chez l'adulte, outre un certain degré d’anémie, ils donnent lieu parfois à des symptômes très nets d'appendicite, dont l’origine est d'autant plus importante à connaître que l’appendicite non parasitaire n'existe pour ainsi dire pas; si bien qu'en huit ans je n’ai pu en observer et opérer, à Tananarive, chez l'indigène, qu'un seul cas. L'indigène, d'ailleurs, connaît bien les troubles dus aux vers intestinaux et les traite par la santonine depuis fort longtemps.

Les intoxications d’origine minérale sont les mêmes qu'en Europe, puisque les produits d'alimentation dits articles d'épicerie sont importés de la métropole. Il faut savoir que le lait, dans les grandes villes comme Tananarive et Fianarantosa, est souvent mauvais et peut causer chez les enfants des accidents graves. L'indigène le recueille malproprement et très souvent l’écrème. I] le falsifie en y ajoutant de l’eau sale, additionnée ou non de cervelle de mouton broyée ou de manioc écrasé. C’est donc un danger; mais il n'existe véritablement que pour l'enfant européen, car le petit malgache, élevé au sein et sevré tardivement, ne boit plus de lait lorsqu'il a

MADAGASCAR. — TRAVAIL. f 1—197

cessé de téter sa mère. A la côte, ce produit étant très rare, on consomme principalement du lait de conserve.

V. TRAVAIL. — Avec la ration alimentaire que nous leur connaissons, les indigènes sont capables, nous l'avons vu, d'un effort musculaire considérable. Mais les nombreuses tribus qui constituent la population de la grande île présentent entre elles des différences ethniques tranchées, qui se traduisent par des différences de résistance et de rendement, comme l’a montré fort bien le D° Clarac. Le passage sur les chantiers du chemin de fer des tribus Hova, Betsimisaraka, Betsiléo, Antaimora, Bezanozano et Sihanaka, ont permis de les diviser en deux groupes très différents : 1° les travailleurs des hauts plateaux; 2° ceux de la côte (1).

Le Hova est, dans son pays, un excellent travailleur; à la côte, il perd toute résistance, surtout s’il est employé dans les travaux de terrassement. Ce manque de résistance tient à la grande sensibilité du Hova au paludisme, dont on connaît les effets déprimants. Le Hova s'impalude autant que l'Européen, dès qu'il est transporté sur les côtes, et il y a besoin des mêmes soins et des mêmes ménagements que la race blanche. C’est ainsi qu’en 1902, sur les chantiers du chemin de fer, les Malgaches des hauts plateaux, avec un effectif trois fois et demi plus faible que ceux de la côte, fournirent un coefficient de morbidité générale d’un tiers plus élevé, sans compter ceux qui, rentrés dans leur foyer, y ont vu se déclarer des accidents paludéens graves. Il en est de même des Betsiléos.

Les indigènes de la côte, Betsimisarakas et Antaimoros surtout, quoique beaucoup moins intelligents, plus apathiques et plus intempérants que les Hovas, donnent un rendement beaucoup plus fort, les Betsimisarakas surtout.

En 1902, le pourcentage moyen de la morbidité des travailleurs des hauts plateaux et de la côte a été de 85 p. 100 pour les premiers et de 16 p. 100 pour les seconds.

Les pourcentages établis pour le mois de janvier 1903, qui sont proportionnellement les mêmes pour tous les mois de l'année, sont

les suivants :

Malgaches

de la côte, des hauts plateaux.

Morbidité générale.............. 13,62 p. 100. 114,07 p. 100. PALIGIS ME RE nee Een eee ut 0,32 — 28,88 — DVSENTETIE Fr echec 0,35 — 27,30 — Diarrhéer#nr Se PS Diane 0,75 — 66,91 — Affections sporadiques.......... 9,00 — 53,18 — — CHITUTRICAlES 2,28 — 19,70 —

Nous empruntons le tableau suivant au rapport officiel sur le fonctionnement du chemin de fer de Madagascar, qui rend bien compte

(1) Dr Carnac, Organisation et fonctionnement du service médical sur les chantiers de Madagascar, Imprimerie officielle de Tananarive.

de la morbidité relative des différents groupements travaillant dans les régions côtières et prouve que la main-d'œuvre des hauts plateaux ne doit pas être employée sur ces régions, d'autant plus que les chiffres ci-dessous ne tiennent pas compte de la morbidité et de la mortalité des indigènes rentrés dans leurs foyers, où ils furent la cause des épidémies palustres que nous aurons à étudier :

DÉSIGNATION ES Murs ANBU-

des CHANTIERS. . es CHANTIERS.

Page 1