MADAGASCAR. — VOYAGES
ailleurs il faut voyager, suivant les régions, à pied, à cheval ou à mulet, en pousse-pousse ou en filanjana.
Il est extrêmement rare que le voyageur soit obligé d'aller à pied, pour une raison autre que celle de l'économie; cela n'arrive que dans certaines parties impénétrables des forêts.
On emploie quelquefois le cheval et le mulet. Quant au poussepousse, il ne peut servir que sur les grandes routes ou dans les villes. C'est le plus souvent en filanjana que seront effectués les voyages.
Voyage en filanjana. — Le filanjana est une sorte de chaise munie de deux brancards que portent sur les épaules quatre indigènes, deux en avant, deux en arrière.
L'équipement doit toujours comporter, en outre des bagages, un lit et sa moustiquaire, des draps, un oreiller, des couvertures, une popotte.
Sur le filanjana, il faut avoir un vêtement pour la pluie, des couvertures et un parasol.
Le vêtement pour la pluie, le seul pratique, est le « puncho », sorte de quadrilatère en tissu caoutchouté, percé d'un trou et muni d'un capuchon pour la tête. Les extrémités pendantes sont étalées sur les bras du filanjana, de façon à protéger les genoux et les pieds er avant, le dos en arrière. Outre le puncho, une toile cirée de 1 mètre de long sur largeür maxima destinée à être, au moment des grandes pluies, étendue sur les bras du filanjana pour protéger les jambes, est utile. Pour les femmes, un grand manteau caoutchouté avec très grande pèlerine est ce qu'il y a de mieux.
Les couvertures sont indispensables dans toutes les régions d’altitude ; car, même pendant la saison chaude, les matinées et les soirées sont froides. Pendant la saison d'hiver, le froid est même assez intense pour obliger à se munir, en outre des couvertures, d'un épais manteau.
Un masque de tulle, des gants et des guêtres peuvent être nécessaires aussi bien aux hommes qu'aux femmes, surtout dans les voyages de la côte ouest, où ils serviront à se protéger des insupportables « moka fohy », sorte de moustiques diurnes extrêmement abondants en certaines régions el à certaines saisons.
Le départ doit être fixé de bonne heure pour arriver avant qu'il ne fasse trop chaud, et l'étape la plus longue devra toujours être faite le matin, de façon à ne repartir qu'entre deux et trois heures. S'il fait un beau clair de lune, il n’est pas désagréable de voyager la nuit; mais, en ce cas, il faudra être vêtu chaudement et s'envelopper de ses couvertures de laine.
Comme règle de conduite générale, il faut se rappeler que le voyageur doit toujours s’efforcer d’avoir dans la brousse le maximum possible de confort et de bien-être et que tout manquement à cette règle peut avoir des conséquences très graves pour la santé. Si
l'expédition de Madagascar avait été conçue avec cette pensée dirigeante, nous n'aurions pas eu à déplorer ses innombrables victimes.
Voyages et expéditions doivent être faits autant que possible pendant la saison sèche ; et c'est au commencement de cette même saison, en mai, que doit arriver le colon. Cette précaution est essentielle. La morbidité dans le contingent des troupes européennes, lorsque l’on faisait la relève à un moment quelconque de l’année el qu’il coïncidait avec la saison des pluies, en est une preuve suffisante.
VII. FEMME ET ENFANT. — a. La femme en état de grossesse. — L'état de grossesse, qui en Europe nécessite chez la femme des soins particuliers, mérite notre attention à Madagascar tant au point de vue des Européens que des indigènes. Pour la femme européenne, sur les côtes, les règles à suivre sont celles des pays tropicaux et palustres, c'est-à-dire qu'il ne faut pas oublier combien le paludisme occasionne d’avortements ou d'accouchements prématurés, et que le seul moyen d'y remédier est l'usage de la quinine comme préventif et comme curatif, usage à peu près inoffensif pour la femme enceinte, quoi qu'on en ait dit. Que des contractions se produisent, il suffit de donner le sel de quinine le soir en se couchant ou bien de faire coucher la femme aussitôt après l'absorption du sel. Il faudra se rappeler aussi que, pris en injection intramusculaire, les sels de quinine sont toujours beaucoup mieux supportés que par la bouche. Si la quinine donne des contractions, il y a tout lieu d'employer l’arrhénal, en ayant soin de l’administrer au moins seize heures avant l'accès et à dose ne dépassant pas 3 centigrammes, avec repos de trois jours tous les trois jours.
Sur certains points de la côte est, au moment de l'accouchement, il y aura lieu d’exagérer les précautions aseptiques, car le tétanos existe.
Sur les hauts plateaux, la femme de race blanche, se trouvant dans un climat analogue à celui auquel elle était adaptée, supporte fort bien l'état de grossesse. Néanmoins, il y a lieu de compter avec l'altitude et le paludisme. Pour le paludisme, les précautions seront celles déjà indiquées. Pour l'altitude, elle devra éviter toute fatigue, ne se promener que le strict nécessaire et ne marcher qu’en terrain plan. Toute femme enceinte atteinte d'une affection cardio-vasculaire même minime devra quitter au plus vite les régions d'altitude.
Lafemme indigène des côtes, qui,pour sesaccouchements, s'adresse à un sorcier ou à une matrone quelconque, est encore bien arriérée pour pouvoir profiter de nos conseils et faire de l'hygiène préventive. Elle recourt souvent aux manœuvres abortives.
Il n’en est pas de même sur les hauts plateaux, dans l'Imérina et le Betsiléo, où la femme indigène, au contraire, désire avoir des enfants et vient sans crainte consulter le médecin ou la sage-femme au cours de ses grossesses. D'elle-même, elle demande des médicaments antisyphilitiques appelés « ody farasisa » pour traiter la syphilis si
fréquente chez les Malgaches. Dansun chapitre suivant, nous verrons ce qui à été fait à Tananarive à ce sujet et les résullats obtenus. Notre ami le D° Villette, qui s'occupe spécialement à Tananarive des accouchements, nous a souvent répété et montré par des exemples probants que la femme Hova était porteur d'un bassin spécial qu'il se propose de décrire, bassin normalement rétréci, si bien que tout enfant un peu gros nécessite au moins une application de forceps. D'où cette sorte d'hérésie hygiénique qu'il ne faut pas, chez la femme Hova, trop exagérer le repos et les soins vers la fin de la grossesse, de façon à ne pas avoir un fœtus trop développé. La femme Betsiléo a le bassin plus large, et les interventions sont beaucoup moins fréquemment nécessaires.
b. L'enfant. — Le nouveau-né de race blanche peut être élevé et vivre partout à Madagascar. Mais, bien souvent, la mère ne peut pas assurer l'allaitement, étant déjà trop anémiée par sa grossesse et par le climat; c'est donc malheureusement à l'allaitement artificiel qu'il faudra maintes fois recourir. Dans certains points où le lait frais n'existe pas, 1l faudra même user du lait de conserve.
Dans l'intérieur, la femme n'étant ni fatiguée, ni anémiée, pourra et devra toujours nourrir son enfant, l'allaitement artificiel ne devant être qu'une très rare exceplion; car le lait de vache, acheté à l'indigène, est pour ainsi dire toujours malpropre et falsifié. L’allaitement par une nourrice indigène ne sera jamais qu’un pis aller, et la nourrice devra être longuement choisie par un médecin, car la syphilis et la lèpre sont choses courantes chez les indigènes, comme nous le verrons par la suite.
Chez les Hovas, l'enfant est toujours allaité par sa mère ou quelque parente. Ceci tient à ce que le Hova veut avoir des enfants et que ces enfants ne sont pas pour lui une charge. D'où un devoir impérieux pour le Gouvernement de la colonie d'encourager ces sentiments, d'honorer la femme en tant que mère et d'éviter d'écraser, comme nous le faisons en Europe, les familles nombreuses par des impôts trop lourds. À l'heure actuelle, étant donné le peu de besoins du malgache, il n'est pas nécessaire que la femme travaille pour augmenter les ressources du ménage, et, restant chez elle, elle peut allaiter son enfant.
VIII. MALADES. — Dans le pays Betsiléo, au contraire, il peut arriver que l'enfant ait besoin d’un allaitement arüficiel soit parce que le lait de la mère vient à manquer, soit parce qu'il est insuffisant. Notre ami le D' Beigneux a installé à Fianarantsoa, pendant le long séjour qu'il y a fait, à l'instar de maintes villes de France, des consultations de nourrissons avec distribution gratuite de lait, qui ont donné les résultats les plus encourageants. C'est la première œuvre de ce genre, croyons-nous, faite en faveur des indigènes d'une colonie et un exemple à suivre en bien des endroits.
Le rapatriement souvent s'impose. C’est une grosse charge aussi bien pour le budget particulier des colons que pour celui de la colonie. Des économies sérieuses pourraient être réalisées en imitant les autres peuples colonisateurs et en créant un certain nombre de sanatoria. Étant données les différences climatologiques si grandes entre l’est et l'ouest, le nord, le sud et l’intérieur, et surtout la difficulté des communications, il y aurait lieu de choisir pour chacune de ces régions soit sur le plateau central, soit dans la région intermédiaire, des points indemnes de paludisme grave (or 1l s'en trouve encore), où seraient installés par la colonie des sanatoria dirigés par un médecin. Ces sanatoria devraient être destinés : 1° aux gens évacués des formations sanitaires avant qu'ils ne fussent trop malades ; 2 à tous ceux qui voudraient se reposer el faire une cure d’air, repos et cure d'air nécessaires annuellement.
On ne saurait trop protester, en effet, contre cette faute d'hygiène, qui consiste à ne prendre aucun repos durant le cours de plusieurs années, pour la raison que tous les trois ans un congé de six mois permet de retourner en France. Ine faut pas oublier que, aux colonies plus qu’en France, le travail doit être entrecoupé de repos. Le congé d'un mois que peut prendre le fonctionnaire colonial chaque année dans la colonie devrait être obligatoire. Le sanatorium lui servirait précisément, moyennant une juste rétribution, à prendre ce repos indispensable pour lui el sa famille. Il serait d’ailleurs ouvert dans les mêmes conditions aux colons, à qui certainement cette institution rendrait les plus grands services. Nous ne voulons pas ici désigner les points exacts qui devraient être choisis ; il y aurait lieu de les rechercher sur place, en tenant compte de tous les desiderata; mais nous posons ce principe essentiel en matière de colonisation, à savoir : l'obligation d'un repos régulier.
Cette mesure doit être complétée par la création en France de sanatoria destinés à recevoir les malades civils rapatriés. Il existe plusieurs hôpitaux militaires de ce genre; aucun hôpital civil n'a encore été créé. De quel précieux secours serait cependant pour les petits fonctionnaires et les colons une œuvre de ce genre !
Nous ne parlerons pas des rapatriements ni des règlements qui les régissent. puisqu'ils sont étudiés ailleurs.