MADAGASCAR. — MALADIES D'ORIGINE ENDOGÈNE
leurs indigènes furent atteints sur un effectif de 1 000. Le traitement consista en un grand verre de décoction de paddy chaque matin, et les résultats furent excellents (1).
En 1900 (2), une véritable épidémie de béribéri sévit sur les troupes indigènes et les auxiliaires militaires de la garnison de Diégo, à la fin de la saison sèche. Elle fut heureusement de courte durée et ne laissa après elle aucun foyer d'infection ; 180 indigènes furent atteints et évacués sur l'hôpital ou les infirmeries du territoire. Il y eut 37 décès. Par ordre de fréquence, la maladie frappa les Sénégalais, les Chinois, les Betsileos, les créoles ; la population indigène de Diégo, de même que les Indiens d’Antsirane, resta complètement indemne.
En 1901, le béribéri sévit épidémiquement sur un détachement de Sénégalais amenés à Majunga sur les bateaux de la Compagnie des Chargeurs Réunis Æ£ntre-Rios et Parahyba.L'épidémie commença sur le Parahyba, dans l'Atlantique, avant d'arriver au Cap. L'état sanitaire étant alarmant et l'encombrement manifeste, on remit une partie des Urailleurs à l’£ntre-Rios qui se trouvait à Cape-Town et rentrait en France. Les autres continuèrent sur Madagascar avec le Parahyba. A l’arrivée à Majunga, seize décès avaient eu lieu pendant la traversée, et une trentaine de tirailleurs étaientatteints. Les mesures d'isolement et de désinfection furent prises. Le détachement fut installé sous des tentes spéciales en dehors des casernements. La ration fut modifiée. On augmenta la viande, la graisse et le sucre. On substitua du riz du pays au riz de Saïgon. Pendant une quinzaine de jours, de nouveaux cas continuèrent à se déclarer; il y en eut une soixantaine avec quinze décès; puis ils s'espacèrent, et après un mois la maladie avait complètement disparu.
Il y eut aussi quelques cas isolés à Ankoririka, chez des Sénégalais, en octobre. Dans ce même mois et en septembre, quelques cas également isolés chez des Sénégalais à Tulear.
En 1902, il n'y eut que quatre cas dans la colonie et trois en 1903. Pendant ces deux dernières années, c'est le riz malgache dit riz rouge qui a été consommé par les troupes.
MALADIES D'ORIGINE ENDOGÈNE. — AUTO-INFEC- TIONS. — La pneumococcie, comme dans toute l'Afrique d’ailleurs, est une des affections les plus graves pour l'indigène. C'est elle qui, après le paludisme, cause le plus de décès. Associé le plus souvent à d'autres microorganismes et en particulier aux germes de la grippe, le pneumocoque engendre des bronchopneumonies très graves. Les statistiques officielles de la ville de Tananarive sont à cet égard fort instructives. C'est ainsi qu'en 1902, sur un total de 1712 décès, 435 ont été dus à la pneumonie, à la grippe ou aux bronchites, et que, abstraction faite de quelques très rares cas de tuberculose épars dans
(1) Dr Perrr, Annales d'hygiène coloniale, 1904. (2) Renseignements fournis par le service de santé de Madagascar.
ces chiffres, tous ces décès reconnaissent pour agent le pneumocoque. En 1903, c'est 570 décès dus aux pneumococcies sur un total de 1 881 décès.
Il est à remarquer, toutefois, que le pneumocoque touche presque exclusivement le poumon et les voies respiratoires, et que les différentes autres localisations fréquentes, en Europe du côté des articulations, du péritoine par exemple, sont extrêmement rares à Madagascar. Il est à remarquer aussi combien le blanc résiste mieux à l'agent infectieux. Il est vrai qu'il se garde des brusques changements de température et est dans des conditions hygiéniques meilleures que l'indigène. Le Malgache doit être éduqué à ce sujet. Insouciant, il ne se protège aucunement, lui et surtout ses jeunes enfants, contre les variations brusques de température, aussi bien à la côte que sur les hauts plateaux. Les distributions de vêtements à l'approche des premiers froids, faites à Tananarive et dans les autres régions de l'Émyrne, ont donné les meilleurs résultats et enrayé dans de grandes proportions la mortalité infantile par pneumococcie. Il y a lieu chaque année d’imiter cette pratique et de l’étendre aux différentes régions de l'île, en faisant appel à toutes les bonnes volontés. C’est le meilleur moyen de lutter contre l'affection.
Le streplocoque, extrèmement répandu chez l'indigène, ne semble pas doué de grande virulence ; aussi l'infection puerpérale est-elle rare chez le Malgache. La peau en renferme toujours, malgré les précautions prises et la désinfection même la plus soignée, si bien que, dans les opérations chirurgicales les mieux menées, il est fréquent de voir les sutures cutanées suppurer, alors que les soies profondes sont parfaitement supportées. La bouche contient, elle aussi, des colonies innombrables, et il n'est pas rare, dans un ensemencement de bouillon, de ne voir se développer que des colonies de streptocoques à l'exclusion de tout autre microbe. C'est ce que nous ont montré quelques recherches faites avec notre ami Neiret, à l’Institut Pasteur de Tananarive, de telle sorte que la maladie décrite par Jourdran et moi-même comme une sorte d’entité morbide sous le nom de stomatite et glossile à streptocoques n’est peut-être pas aussi bien définie que nous aurions pu le penser tout d'abord, tout au moins au point de vue bactériologique(1). L'affection, tout en gardant sa nature épidémique et contagieuse, tout en affectant d'une manière géographique la langue et pouvant s'étendre à la face interne des joues, où elle simule quelquefois à s'y méprendre une plaque muqueuse, est et reste quelque chose de spécial à Madagascar, avec cette restriction toutefois que le rôle pathogène du streptocoque ne me semble pas à l'heure actuelle absolu et certain.
Il n'en est pas moins nécessaire de connaître cette fréquence ; car.
(1) Fonroyxonr et Jourpran, Glossite et stomatite à streptocoques. Presse médicale, 16 sept. 1903.
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elle nécessite, pour le chirurgien, une désinfection des plus attentives de la peau de son opéré et des soins de la bouche particulièrement sévères avant et après les grandes interventions chirurgicales, qui, en affaiblissant momentanément l'organisme, favorisent l'auto-infection.
La méningile cérébro-spinale, quoique non décrite encore, doit exister,et il est possible que certaines épidémies ne reconnaissent pas d'autres causes. La question est à étudier et n'est pas une des moins intéressantes à élucider.
Les maladies vénériennes non spécifiques, telles que balanites, végétations, etc., sont très fréquentes chez l'indigène, où les soins de propreté et d'hygiène des organes génitaux sont à peu près inconnus. La plus grande circonspection doit être la règle pour l'étranger au pays qui, ne connaissant pas les mœurs des habitants et ne comprenant pas leur langue, ne sait pas se mettre en garde ni interroger les gens. Il est à remarquer, en effet, que la population féminine de la plupart des tribus, sauf celles où l'empreinte arabe est restée toute-puissante, est accueillante pour l'étranger. Chez eux, l’idée de honte et de répulsion attachée par nous autres civilisés aux maladies vénériennes de toute nature n'existe pas. Il est donc facile à l'Européen habitué au pays de se renseigner et d'interroger avant tout acte pouvant le contaminer. Malheureusement l'indigène ne fait aucune distinction bien nette entre les affections vénériennes spécifiques ou non spécifiques.