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RÈGLES DU COSTUME DE L'EUROPÉEN

3o6 de la température extérieure. Il est facile de calculer ainsi le deg’ré de température équivalant à la réduction de la quantité de calorique perdu lorsqu’on superpose d’autres vêtements. D’après Gartner, si à la chemise de laine on, superpose une seconde chemise, il y a 17,4 p- loo en moins de calorique perdu; 19 p. 100 en moins après interposition d’une chemise de toile; 82,0 p. 100 après addition d’un habit, et enfin 88,7 p. 100 avec un manteau. Ce chitfre total de 38,7 p. 100 équivaut à une élévation de température de i4°.

2. Propriétés fondamentales des substances vestimentaires. — Il est donc important, avant de déterminer la composition du costume, de rechercher dans quelle mesure les différents tissus sont capables de satisfaire aux besoins créés par le climat chaud à l’org'anisme humain.

Leur aptitude dépend de leurs propriétés de calorification^ (V émission, à' absorption, d' hygroscopie ou d hydrophilie, de perméabilité, de résistance aux ag-ents de traumatisme extérieur.

a) Calorification. — Les substances vestimentaires diffèrent énormément dans leur aptitude à s’opposer aux déperditions du calorique par conductibilité. Si, par exemple, le pouvoir conducteur de l’air est i, le pouvoir conducteur du coton sera égal à 87, celui de la laine à 12, et celui de la soie à 1 1 .

La cause de ces dilférences est dans l’épaisseur des tissus parce que le chemin à parcourir par le calorique est plus grand et aussi parce que la conduction du calorique à travers les vêtements équivaut à la conduction à travers une couche d’air immobile : un tissu épais et lâche, dont les pores contiennent beaucoup d’air, conduit plus mal le calorique qu’un tissu mince et serré. Si l’on entoure un cylindre rempli d’eau chaude avec de la ouate ordinaire, la déperdition de chaleur sera de 21 p. 100 plus rapide qu’avec de la ouate normale non comprimée (Krieger).

3oo LE COSTUME ET L’HYGIÈNE DE LA PEAU 1

Si le tissu ou la forme du vêtement permettent le renou- 3 vellement de l’air qui est en contact avec la peau, la perte j de calorique par transport est aug-mentée considérablement. * La perméabilité à l’air varie d’un tissu à l’autre. Ainsi un vent d’une vitesse de 20 mètres à la seconde fait passer :

1° à travers la surface de i mètre c. de cuir o litre i d’air

2® — — — soie 4 —

3® — — — toile 6 —

4° — — — flanelle,... 10 —

(Gartner.)

Les habits très larg-es, flottants ou à mailles ouvertes, facilitent la perte de calorique par transport parce qu’ils permettent le renouvellement de l’air interposé.

Les vêtements épais (i), emprisonnant entre leurs fibres, leurs filaments et leurs poils une g-rande quantité d’air, seront les plus chauds. — La superposition de plusieurs vêtements, comme le font les Chinois et les Tonkinois pendant l’hiver (2), est un des meilleurs moyens de conserver le calorique, car il existe une couche d’air immobile entre les 2 couches de tissus.

b) Emission de la chaleur. — Des expériences faites sur les différents tissus en vue de mesurer leur pouvoir émissif de la chaleur, il résulte que les tissus de coton possèdent une supériorité très marquée sur les tissus de laine : un corps se refroidit plus rapidement d’un certain nombre de deg’rés lorsqu’il est revêtu de toile que lorsqu’il est revêtu de drap et lorsqu’il est nu. L’expérience suivante due à Coulier le prouve.

Un récipient de laiton étant rempli d’eau chaude, on

(1) L’épaisseur d’une chemise de laine est environ de 2, 5 m/m. ; celle d’un habit est de 5 à 7 m/m. (Gartner).

(2) Les Chinois et les Tonkinois superposent un nombre considérable de blouses et de pantalon en étofles fort minces. — Les Chinois portent en plus des gilets ouatés et les pantalons serrés au-dessus de la cheville pendant l'hiver.

RÈGLES DU COSTUME DE L’EUROPÉEN 3oi

observe le temps qu’il met à se refroidir de 4o° à -f- 35®, suivant qu’on l’a revêtu de telles ou telles substances.

Le récipient recouvert avec :

minutes.

I® Toile de coton pour chemises, met. 1 1’, 89”

2° — — doublure ii’, i5”

3® — chanvre ; 1 1’, 20”

4® Drap bleu foncé 45”

5® — garance i4’, 5o”

6“ — bleu-gris pour capotes i5', 5o”

Le récipient nu, met ; ’ j8’, 00”

La déperdition de chaleur était encore moindre si les étoffes étaient doublées.

Il y a lieu de remarquer que le récipient nu se refroidit moins vite que le récipient recouvert de n’importe quelle substance, fait en apparence paradoxal, dû peut-être à ce que la surface de rayonnement est augmentée par la couverture de l’étoffe.

c) Absorption de la chaleur. — Les tissus de coton sont encore supérieurs aux tissus de laine comme protection contre la chaleur, parce qu’ils absorbent moins la chaleur extérieure.

Des tubes de verre étant recouverts d’étoffes diverses ont été exposés aux rayons solaires, la température extérieure étant de 30®. — Après un temps déterminé,

Température

Diffère nce

du

avec

tube .

la température du tube nu .

La température du tube nu était. . . , — — recouvert de :

I® colon pour chemises

2® — — doublure

3® chanvre écru

4® drap bleu foncé

5® — garance

6* — gris fer bleuté

ho

7® — bleu pour sous-officier. . .

En superposant du coton au drap l’absorption est moindre qu’avec le drap seul.

LE COSTUME ET L’HYGIÈNE DE LA PEAU

Ainsi les étoiles de coton ont à la fois le pouvoir éinissif le plus grand et le pouvoir absorbant le plus faible, double avantage qui doit les faire préférer pour le vêtement des heures chaudes du jour.

Influence des couleurs. — La puissance d’absorption du calorique varie suivant la couleur des tissus. Les couleurs blanches absorbent beaucoup moins que les couleurs noires. Mais entre ces deux extrêmes il y en a toute une série qui se rangent expérimentalement dans l’ordre suivant :

Noir,

Bleu foncé.

Bleu clair.

Vert,

Rouge,

Jaune,

Gris.

Les couleurs blanche, jaune, cachou, grise ont été adoptées empiriquement par la majorité des voyageurs.

C’est la couleur blanche qui est préférée par les Indiens, par les Arabes, les noirs musulmans.

Des expériences récentes faites à Juvisy (2.0 juillet 1900) ont confirmé les données de l’empirisme. Des thermomètres teints de différentes couleurs ont été exposés normalement et pendant un temps égal aux rayons solaires à 3 heures de l’après-midi et ont donné des températures différentes suivant les couleurs :

Le thermomètre noir à atteint ; 69“, 5

— bleu foncé 08“, 5

— bleu 07°, O

— violet 6.5°, 8

— rouge 03°, 5

— vert 03°, O

— orangé 0a°,o

— jaune 6i°,o

— blanc 53°, 0

RÈGLES DU COSTUME DE L’EUROPÉEN 3o3'

Le blanc possède donc une supériorité considérable comme protection contre la chaleur.

d) Superposition des couleurs. — Y a-t-il avantag-e à superposer des étoffes de différentes couleurs? On sait que les noirs et les Hindous qui ont la peau colorée se revêtent de blanc. Les chevaux arabes et certains chiens des Antilles ont du poil blanc sur une peau noire.

Goulier a montré expérimentalement qu’en superposant un vêtement de toile blanche sur un vêtement de laine on obtenait un abaissement de température d’autant plus marqué que la température extérieure est plus élevée.

D’ailleurs, les Annamites, avec leurs longues blouses de couleurs diff’érentes superposées, les Arabes avec leur burnous et leur manteau blanc et rouge ont réalisé cette superposition des couleurs.

Toutes les couleurs ne peuvent pas être indifféremment employées, car il en est qui seraient toxiques si elles étaient appliquées directement sur la peau surchauffée ayant ses glandes suractivées et son système capillaire dilaté, prédisposée en un mot à l’absorption. Les tissus teints de couleurs arsénicales sont particulièrement toxiques. La loi allemande du 5 juillet 1889 ne permet l’utilisation des macérations colorantes à l’arsenic que si celui-ci ne s’y trouve point à l’état de composé soluble dans l’eau ou si sa quantité ne dépasse pas 0,002 gr. par 100 centim. carré d’étoffe (Gartner) .

Des empoisonnements plombiques ont été produits par certains tissus colorés.

Les couleurs obtenues avec l’aniline offrent des dangers que les professeurs Landouzy et Georges Brouardel ont signalés (i), et sur lesquels les docteurs Granjux, Halipré et Bellicaud ont encore appelé l’attention en faisant remarquer

(i) L. Landouzy cl Georges Brouardel, Empoisonnemenis non professionnels par L'aniline [Annales d'hygiène publique, 3® série, tome XLIV, page 187).

3o4 LE costume' ET L’HYGIÈNE DE LA PEAU

que le dang'er, dans l’espèce, proA>’enait surtout des vapeurs absorbées par la voie pulmonaire (i).

D’après Gartner, les propriétés toxiques attribuées aux étoffes colorées avec l’aniline peuvent le plus souvent être rapportées à l’arsenic qu’elles renferment. La production d’éruptions cutanées à la suite du port do vêtements teints avec des couleurs à l’aniline ne s’expliquerait pas bien.

e) Hygroscopie. — Les tissus de coton présentent un ensemble d’avantag'es précieux pour se défendre contre la chaleur. Mais ces avantages ne sont pas sans inconvénients, car ils exposent le corps à des refroidissements en raison de leur imbibition trop rapide par la sueur et l’évaporation rapide qu’ils permettent. La perméabilité excessive peut devenir un danger. Pour les combattre, le vêtement doit être hygroscopiqae ']\x?>q[ihi un certain degré.

Les tissus appliqués sur la peau sont appelés à recueillir et à absorber Peau des sécrétions cutanées, et ils peuvent aussi être mouillés par l’humidité atmosphérique et par la pluie. Ils jouent un rôle très important dans l’élimination de l’eau de la sueur. Ils se pénètrent de l’eau de la sueur qui entre dans les pores des tissus qu’elle remplit, formant ainsi ce qu’on est convenu d’appeler l’eau d’interposition, puis l’évaporation se produira à la surface extérieure du vêtement^ et comme conséquence l’abaissement de température se produira sur cette surface d’abord, allant plus ou moins loin suivant l’activité de l’évaporation et se propageant jusqu’à la surface de la peau.

Ce refroidissement de la peau, par propagation du refroidissement de la surface du vêtement, sera avantageux s’il .se produit lentement et si la température extérieure reste élevée.

Il se produira lentement si le vêtement, tout en étant perméable, ])résente assez d’épaisseur et des mailles assez lar-

(i) Bulletin médical, i4 ndv. 1900 ; Revue d’hygiène et de police sanitaire y sepi. 1900 et janvier 1901.

. RÈGLES DU COSTUME DE L’EUROPÉEN 3o5

g-es entre ses fibres pour être hjg*roscopique et oblig’er l’air de suivre un long- chemin avant de parvenir à la peau. L’air extérieur pénétrant à travers les mailles des tissus s’échauffe dans ce passage lent jusqu’à 35® et au delà. Il est ainsi apte à se charger d’une quantité de plus en plus grande de va^ peur d’eau. L’eau ainsi évaporée pourra être en assez grande quantité, si le renouvellement de l’air est continuel, pour que le degré d’humidité relative entre la peau et le premier vêtement reste peu élevé (de 3o à 6o p. ioo) et qu’il n’y ait pas formation de sueur proprement dite à la surface de la peau (Gartner).

Mais, dans les pays chauds, la température n’est pas toujours et partout élevée. Au coucher du soleil, pendant un orage, l’abaissement de la température peut être brusque. A ce moment le corps aurait besoin d’être réchauffé, parfois aussi la température ne s’élève dans le corps que pendant la durée d’un exercice violent, une sudation très courte peut suffire à parer à cet excès de production de. chaleuret le système nerveux rétablit promptement l’ordre. Cet instant passé, si l’évaporation continue activement, il y aura tendance à l’abaissement de température. Or, si le vêtement est imbibé de sueur et a perdu, par suite, par imbibition, ses propriétés isolantes le corps est, au contraire, refroidi par contact au delà du temps nécessaire.

Le vêtement convenable doit être perméable, modérément épàis'et hygroscopique,mais jamais imbibé. La puissance de réfrigération par évaporation de la sueur est énorme,comme nous l’avons vu (i). Il en résultera un refroidissement dangereux du corps humain. Le corps sera d’autant plus sensible qu’il aura été surchauffé pendant la journée, car la physiologie démontre que les animaux, après avoir été surchauffés, deviennent très sensiblesàdes abaissements

(i) Voir Vinjîuence des pays chauds sur L’organisme des Européens , tome I, ch, vi, page 107.

3o6 LE COSTUME ET L’HYGIÈNE DE LA PEAU .

(le température qui, dans crautres circonstances, ne seraient pas capables d’occasionner un refroidissement.

C’est à ces inconvénients que parent les tissus de laine tissés lâchement, contenant dans leurs mailles une grande quantité d’air, mauvais conducteurs de la chaleur, mais hygroscopiques et cédant la sueur avec une rapidité qui est en raison inverse de leur épaisseur. Les indigènes tels que les Kabyles qui, travaillant tout le jour avec le simple haïck et le sérouel de coton, s’enveloppent de leur burnous, à la tombée de la nuit, savent obéir à cette nécessité.

Des expériences faites pour mesurer le pouvoir fii/groscopique des dilïerents tissus, il résulte qu’ils pem^ent être classés ainsi qu’il suit :

La toile de coton absorbe 7 gr.55 apres 24 h- d’immersion.

— chanvre g — 67

— lin pour doublure ii — 67

Les draps de 19, 58 à 20, 80.

La puissance hygroscopique va en augmentant de la toile de coton au drap.

Au point de vue de la rapidité d' assèchement les dillerents tissus se classent ainsi qu’il suit :

1000 gr. de lin perdent 5ii parties d’eau en 70 minutes.

— de laine — 456 —

Mais tandis que le lin ne perd plus que i3o parties dans les 3o minutes suivantes et ne perd plus que 44 parties dans les 3o autres minutes, la laine perd encore i48 parties dans les 3o minutes suivantes et perd encore ii5 parties dans les 3 O autres minutes.

La soie s’assèche encore plus rapidement que le lin(Klaslinroth cité par Arnould, éd. i8q5, page O71).

L’hygroscopicité des tissus n’est pas inlluencéepar le vent et par la température. Elle dépend du degré de saturation de l’air: 1000 gr. d’étoffe retiendront par temps de brouillard 200 gr. d’eau de plus que par un temps moyennement

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