II. — i
LE COSTUME ET L’HYGIÈNE DE LA PEAU
dos. Si le gilet est assez long pour recouvrir le ventre, il ■ rendra inutile la ceinture de flanelle. ]
On a reproché aux vêtements de dessous en flanelle de se 1 gommer, de se feutrer, de se rétrécir, d’être d’un contact désagréable à la peau. Mal lavés ils favorisent le développement des bourbouilles (lichen tropicus), des furoncles, de l’eczéma séborrhéique. Le changement fréquent des vêtements de dessous et leur entretien en parfait état de propreté remédient en partie à ces inconvénients indéniables. -
La laine tricotée ou la flanelle-coton, ou mieux encore le gilet de tricot de coton n’ont pas les mêmes inconvénients.
Le tricot de coton, très mince, est suffisant dans les pays qui n’ont pas des variations très grandes de température. Dans ce cas la ceinture de flanelle est indispensable.
Caleçon. — LFn caleçon de coton complétera le costume de jour et de nuit. Il contribue à protéger le ventre contre les refroidissements. Si les tissus de laine sont nécessaires pour les vêtements de dessous appliqués directement sur la poitrine et l’abdomen, on peut faire exception pour le caleçon qui peut être en cotonnade légère. On ne peut s’en dispenser, car il protège les membres inférieurs du contact direct du pantalon qui peut être souillé et aussi contre les insectes, les moustiques en particulier, dont le dard traverse facilement une seule épaisseur de toile.
Le caleçon doit boutonner lâchement à la ceinture et s’appliquer assez exactement sur les chaussettes. Dans les campements il sera conservé pendant la nuit.
Quels que soient les pays, mais surtout dans les régions où le rayonnement nocturne et, par suite, les variations thermiques nycthémérales sont grandes (différences allant jusqu’à 20 et 3o degrés au Soudan, il faut se prémunir contre le refroidissement, cause occasionnelle de tant d’affections. La dysenterie n’a souvent pas d ’autre cause et atteint les imprudents qui, ayant très chaud au moment de se coucher, rejettent couvertures et draps et s’endorment ainsi
COMPOSITION DU COSTUME
h peu près nus, pour se réveiller, déjà refroidis, au milieu de la nuit. Le matin ils sont pris de dévoiement intestinal, d’afï‘ections aig-uës des voies respiratoires, de rhumatismes, d’accès de fièvre. Les memes accidents menacent ceux qui s’endorment sous la vérandah, dans les camps, ou sur le pont des navires, à la belle étoile, vêtus seulement d’une « mauresque » légère.
Les vêtements de laine douce (flanelle), revêtus dès que le soleil est couché, protégeront contre ces accidents une couverture de coton, et quelquefois de laine, sera mise sur le Ht.
b) Gants et chaussures. — Le port du gant est exceptionnel dans les pays chauds. La main n’a pas besoin d’être protégée contre le soleil ou la chaleur. Mais, dans quelques régions cependant, il est nécessaire de protéger la main par des gants de peau contre les piqûres de moustiques (Ouégoa en Nouvelle-Calédonie).
La chaussure est indispensable aussi bien pour protéger contre les piqûres des insectes que contre les traumatismes.
Il faut des chaussures pour la marche et d’autres pour le repos, chaque espèce de chaussures ayant des qualités spéciales.
Nature des chaussures de marche. — Au soldat et à l’explorateur, il faut, dans les pays chauds comme en Europe, des chaussures dont dépendra leur aptitude à la marche. A la fols résistantes et souples, les chaussures de marche doivent soutenir le pied sans le blesser, le protéger contre les broussailles, les bambous, les insectes (puceschiques, moustiques), les scorpions, les morsures de serpents, et en même temps laisser échapper le calorique. Des jambières forment un complément de protection souvent nécessaire. La chaussure de marche sera en cuir. Elle consistera en brodequins. en peau de chèvre, lacés, pourvus d’œillets et d’un soufflet adhérent aux deux bords libres, avec semelles doubles de G à 8 millimètres environ, débor-
LE COSTUME ET L'HYGIÈNE DE LA PEAU
dant le soulier de 2 à 3 millimètres, avec bouts carrés et un ï talon de cuir de i5 millimètres de hauteur. L’empeig'ne -w sera de cuir et aura 3/ 10 de millimètre d’épaisseur environ * afin de ne pas entraver la déperdition de la chaleur.
Forme de la chaussure. — Quelle que soit la forme de la chaussure adoptée, l’essentiel est qu’elle s’adapte à la forme du pied et qu’elle ne soit pas un moule étroit qui façonne le pied au prix de compressions et déformations rendues plus pénibles par la chaleur. Le soulier, tel que la mode le fait rechercher, a trop souvent pour effet, par sa forme symétrique, parla coupe de la semelle et l’aplatissement de Tempeigne vers le bord antérieur, de déterminer une torsion de la voûte normaledu pied, de creuser la plante du pied en gouttière antéro-postérieure et d’amener le chevauchement des orteils. Il en résulte qüe le point d’appui que représente l’avant-pied est moins large, plus douloureux, moins souple et que tout le pied participe au mouvement de ressort que Tavant-pied seul devrait exécuter. Des'déformations persistantes, des indurations s’établissent, sans compter les blessures accidentelles d’une marche prolongée.
Une chaussure normale doit permettre au gros orteil de garder sa place. La forme est indiquée suffisamment par la conformation normale du pied. La planterdu pied présente une voûte qui repose sur le sol par le bord externe courbe, par le talon et par la tête des métatarsiens. Le bord interne ne repose sur le sol que par ses deux extrémités, le centre du talon et la tête du premier métatarsien. C’est par ces deux points que passe l’axe du pied et c’est cet axe qui doit servir de ligne fondamentale pour les mesures à prendre. Le bord antérieur de la chaussure doit couper perpendiculairement cet axe. La moitié antérieure du bord interne de la chaussure doit être parallèle à l’axe du pied ; le bout de. la semelle doit être carré ou arrondi. La ligne transversale représentant la plus grande largeur sera prise de la racine du petit doigt à la tubérosité du gros orteil. L’empeigne
GOINIPOSITION DU COSTUME 817
doit permettre le placement du g*ros orteil. Le bord externe du soulier décrit ainsi une courbe convexe en dehors.
Graissage. — Le graissage des chaussures de cuir avec des ong-uents spéciaux, du saindoux, ou mieux encore avec de la suintine (i), a l’inconvénient de dim*inuer la porosité du cuir, si utile à l’évaporation de la sueur, mais il a l’avantage de la ramollir et de l’empêcher de durcir lorsqu’il sèche après avoir été imbibé par l’eau des marécages traversés ou par la sueur. On évite ainsi la formation d’ampoules séreuses ou sanguinolentes très longues à guérir chez les hommes affaiblis (D^'^G. Revnaud etKermorgant) (2).
Chaussures de ville et de repos. — Pour la ville le colon peut adopter la forme de soulier découvert en cuir, laissant les chevilles dégagées, qui réalise mieux que la bottine les désiderata de l’hygiène en ce qui concerne l’émission du calorique. D’ailleurs le colon citadin peut se servir de chaussures dites de repos pour la marche en ville. 11 lui est possible, en effet, d’avoir des souliers ou des brodequins en toile.
La chaussure de repos doit être légère, souple, laissant passer l’air. Pour le soldat, l’explorateur ou l’ouvrier des champs les chaussures de repos seront des espadrilles lacées avec semelles de cuir,empeignes de toile garnies de cuir, d’un poids maximum de 600 grammes.
Dans la maison le colon se chaussera de pantoufles légères, de préférence des sandales de paille tressée ou de cuir mince
(1) Lanoline impure qui se conserve à l’état mou jusqu a une température assez élevée.
(2) On a proposé les onguents suivants
Formule de Machiavelli
Huile de poisson 100 gr.
Graisse de porc ■. . 100 —
Suit 3o —
Térébenthine ?5 —
Fonniile de Gréhant
Suif
Térébenthine
Cire
Huile
80 gr.
Axonge 120 —
Le beurre de karité, si commun au Soudan, peut rciUplacer ces formules variables à volonté.
LE COSTUME ET L’HYGIENE DE LA PEAU
(mule). Dans les rég-ions à moustiques, les chaussures de repos avec tig-es sont indispensables.
c) Cliausselies. — En outre de cette enveloppe extérieure le pied est revêtu d’une première enveloppe immédiate qui est la chaussette. Son utilité est non moins g'rande dans les pays chauds que dans les pays froids, quoique pour des raisons différentes. Elles préviennent l’accumulation des sueurs dans les chaussures d’où résulterait, en plus d’une saleté répug'nante, une vive irritation delà peau des pieds.
De plus l’interposition de la chaussette a pour effet d’augmenter l’élasticité des chaussures et de diminuer les frottements du cuir sur le pied. Elles seront de fil, de coton ou de laine très lâche. Cette dernière substance augmente, il est vrai, la sueur locale, mais elle rachète cet inconvénient par une notable diminution dans le chiffre des invalidations si nombreuses causées par les blessures du pied (26 à 3o p. 100 de l’effectif blessé au pied dès les premiers jours de marche en Europe ; 60.000 journées d’invalidation par an dans l’armée allemande pour blessures au pied). Les Anglais ét les Japonais les ont adoptées pour leurs troupes (guerre Sino-Japonaise, 1894-1895).
Coiffure. — Dans les pays chauds, la coiffure constitue avant tout une protection contre la radiation solaire directe ou la lumière diffuse. La protection contre les refroidissements est secondaire.
On doit considérer comme insuffisantes sinon nuisibles pendant le jour les coiffures en soie, en feutre, eu drap, depuis la chéchia, dont les soldats d’Afrique ont éprouvé l’insuffisance au Tonkin.le képi et le chapeau melon jusqu’à l’universel tuyau de pocle que les noirs émancipés arborent si volontiers.
Cependant, le chapeau de feutre mou, souple, léger, à larges bords, avec trous de ventilation, est utilisable dans les régions et les saisons où la température n’est pas excessive, dans les chasses ou les explorations sous bois. Dans ce
COMPOSITION DU COSTUME 3 19
cas il sera bon d’interposer iinling-e humide ou des feuilles fraîches entre le crâne et le fond du chapeau.
Le chapeau de paille des marins et surtout le chapeau en paille fine, dit le. panama, usité aux Antilles, avec des bords larg'es et une coiffe élevée, est très recommandable. Avec des formes diverses il est en usag-e parmi les indigènes de plusieurs contrées intertropicales (Madagascar).
Le casque en liège, en moelle d’aloès, en- moelle de sureau, recouvert d’une étoffe en cotonnade blanche, percé à son sommet d’une ouverture que surmonte un opercule
Fig. 5i. — Coiffure coloniale.
échancré, ayant aussi des orifices latéraux qui aident à la ventilation, est la véritable coiffure du jour dans les pays chauds. Sa forme est variable ; la plus répandue a une bombe élevée au-dessus de la tète, des bords allongés et inclinés en visière et en couvre-nuque, plus étroits sur les cotés. D’autres ont une bombe moins élevée, des bords également larges et couvrant mieux les oreilles. D’autres enfin, très épais, ont des bords fort larges et se prolongeant beaucoup en arrière, c’est la forme a dite tortue», très usitée en Cochln chine surtout parmi les marins.
Dans toutes ces formes, le casque (fig. 5i) prend appui sur la tête par un cerceau relié au bord intérieur du casque.
320 LE COSTUME ET L’HYGIÈNE DE LA PEAU M
à Tunion de la cuve et des bords par des rondelles de liè^e. * Grâce à cette disposition, l’air peut s’introduire en passant entre le casque et le cerceau, pénètre de bas en haut, et après avoir emprunté de la chaleur au crâne s’échappe par les orifices de ventilation supérieure. Le casque, dit d’officier, pèse à peine 4oo g-rammes.
Cette coiffure réunit un ensemble d’excellentes qualités pour la protection contre le soleil : épaisseur assez grande des parois faites d’une substance poreuse contenant de l’air interposé; bords larges abritant bien toute la tête, la face et la nuque; légèreté; matelas d’air entre la tête et le sommet du casque et renouvellement constant de cet air; absorption du calorique réduite au minimum par la couleur blanche de l’enduit ou de l’enveloppe de toile qui recouvre la face extérieure du casque (i); protection contre la réverbération du sol par le tissu de couleur verte qui recouvre la face inférieure des bords du casque. De plus, le casque constitue une bonne protection contre la pluie.
Gorre a montré, par ses expériences, que, pour une même température extérieure, le casque à coiffe blanche présente à l’intérieur une température inférieure de 2 degrés à celle de la coiffure la plus avantageuse :
THRRMOMÈTIIE
simplement abrité sous la coiffure
enveloppe
d'une serviette blanche
Types de coijjare.
sous la coiffure
Casque en moelle, avec coiffe blanche et canal ventilateur
Ancien chapeau de paillé d’infan-
rie avec coiffe blanche
Képi de sous-officier, sans coiffe,
avec trous de ventilation
Casquette marine, avec coiffe
blanche
Casquette marine, sans coiffe
Chapeau haut-de-forme
(i) On l)adigeonne la surface du casque avec du « blanc français » délayé dans l’eau ; ou, rhieux encore, on le recouvre de coiffes blanches mobiles.
COMPOSITION DU COSTUME
Il est parfois nécessaire de compléter la protection du casque par un couvre-nuque, ou un voile blanc doublé de vert, en forme de diaphragme, formant visière et retombant sur les côtés et sur le cou. Plus simplement on se protégera pendant les marches au soleil, en se mettant sur la tête, comme un couvre-nuque, une serviette trempée dans Peau ou aussi, au fond du casque, une petite éponge mouillée, un mouchoir humide, ou des herbes, suivant la mode des cabindas du Congo ou des noirs du Sénégal qui recouvrent leur tête d’une coiffure d’herbes.
Mais le principe essentiel à graver dans l’esprit est celuici : ne jamais sortir sans coiffure au soleil, ne fùt-ce quun instant. Sous la vérandah même de l’habitation, si elle n’est pas fermée par des stores épais, il est nécessaire de se protéger la tête par une coiffure. Enfin, au milieu du jour, dans les régions équatoriales, le casque pourra être insuffisant; il faudra de plus la protection d’un parasol. Ceux qui sont dédaigneux de ces précautions s’exposent parfois à la mort et, souvent, à des accidents cérébraux laissant après eux des tares indélébiles. C’est en raison de la gravité de ces accidents que les Anglais ont pour coutume de dire : « Souvenez-vous que si vous êtes frappé d’une insolation, vous l’êtes pour toujours. »
b) Costume des femmes. — Des formes du costume on n’en saurait parler avec exactitude et fixer un typcj car elles sont essentiellement changeantes. La mode, dans ses variations, est souveraine même sous l’Equateur* Cependant, si les costumes de l’extérieur doivent être composés suivant ses lois, cependant ils doivent être modifiés en vue d’éviter le plus possible les constrictions : le cou sera largement dégagé, les manches assez amples, les corsages seront en forme de blouses, faits d’étoffes légères (foulard, baptiste, sole, percale, etc.). La femme aura la tête couverte d’un chapeau de paille qui, aux heures chaudes du jour, ne sera plus un simple ornement, mais sera assez large, avec des
LE COSTUME ET L’HYGIENE DE LA PEAU
ailes assez vastes pour devenir un objet réellement utile et ^ propre à la protég'er contre le soleil. Dans quelques rég'ions équatoriales (Indo-Chine), la femme est même dans la nécessité de porter des casques ronds et légers.
La voilette de couleur, longue, enveloppant toute la tête, complète la protection du visage.
Le port d’une ceinture de flanelle et de vêtements de des- ! sous en coton s’impose à la femme comme à l’homme. On ne peut pas espérer la voir renoncer au corset qui, à ces méfaits ordinaires, ajoute l’inconvénient très sérieux de retenir la chaleur. Mais on doit s’efïbrcer de le réduire aux dimensions d’une simple ceinture en tissu à peine rigide, ajouré. Il ne doit plus être qu’un soutien léger et perméable.
Les chaussures doivent remplir les mêmes conditions de légèreté, de perméabilité et de souplesse que celles de l’homme. Les souliers découverts ont l’avantage de tenir moins chaud, mais ils laissent plus de prise aux piqûres de moustiques.
A l’intérieur de la maison, le costume est simplifié. Le meilleur est la blouse en cotonnade des femmes créoles, portée sans corset, sans ceintures.
c) Costume des enfants en bas âge. — Leur costume est énormément simplifié : pour les nouveau-nés pas de constriction, pas de sangles, pas de maillots serrés; des sacs de flanelle pour la nuit avec des chemisettes de cotonnade et des linges de même tissu et autre sur les jambes, des robes ou des pantalons de cotonnade ou de flanelle légère pour le jour.' L’enfant doit avoir la liberté du mouvement des jambes et ne doit pas éprouver de constriction sur le tronc et sur Tabdomen. Il n’y a pas à craindre, pendant le jour, de le vêtir trop sommairement Laissé libre à terre sui'i une natte fine, à la mode des Annamites, il se roule, rampe, s’agite, et se développe sans gêne et sans déformation, bien campé sur ses hanches, cambré, avec cette