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I. — Principes généraux réglant le mode d’activité

Qu’il s’ag-isse de travailler pour assurer son existence et la prospérité de ses affaires, ou qu’il s’agisse de se livrer à des exercices pour assurer l’entretien des fonctions de son organisme, l’Européen transporté dans les pays chauds est dans l’obligation de conformer et de mesurer son activité suivant des règles qu’imposent les conditions nouvelles créées par le climat et que l’hygiène doit édicter. Rapports entre le monde extérieur et le corps humain, durée du travail, mesure de l’effort à effectuer, qu’il s’agisse du travail utile ou du travail d’exercice, direction des exercices de manière à accroître l’endurance, la puissance et l’aptitude au travail utile sans dépasser l’effet sanitaire cherché, tel est le programme d’action de l’hygiène, action applicable au travail cérébral comme à l’emploi des forces animales, car l’emploi des forces cérébrales exige une réglementation d’autant plus sévère que leur intégrité est rapidement menacée par l’action climatérique chaude.

I. Influence du travail sur l’organisme. — al Influence sur la calorification. — Sous toutes ses formes le travail est l’expression d’un mouvement et l’homme ne peut produire aucun mouvement sans accroître sa production de chaleur; fait grave pour l’équilibre physiologique thermique dans les pays chauds.

PRINCIPES GÉNÉRAUX

La chaleiir animale, produit d’actions chimiques, principalement d’oxydations, qui s’accomplissent dans tous les tissus, a son foyer principal dans les muscles (i). Ils ne peuvent produire de travail mécanique qu’en aug-mentant la production de chaleur. La quantité de chaleur produite en 24 heures, qui est évaluée à 2400 ou 2600 calories pour les Européens dans les pays chauds (elle est la même pour les Malais, à Java, d’après Eijkmann), quantité à peu près ég'ale à celle qui est produite, en moyenne, en Europe (2700 calories), s’élève de façon notable pendant le travail musculaire.

Dans les régions tempérées, le nombre des calories produites pendant une journée de repos (repos de 16 heures, sommeil de 8heures)est de 2.790 calories ; pendant une journée de travail (repos de 8 heures ; travail de 8 heures, sommeil de 8 heures), ce nombre s’élève à 8.724,8, soit 984 calories en plus pendant la journée de travail, chiffre auquel il convient d’ajouter 801 calories représentant, d’après la loi de corrélation des forces, le nombre des calories transformées en un travail effectué de 298.844 kilogrammètres. Au total la somme des calories produites s’élève à 4-425 calories, dont le sixième seulement s’est transformé en mouvement.

La somme de chaleur ainsi produite par le travail musculaire élèverait la température du corps de 5 à 6 degrés si des causes de déperdition, échauffement de l’air inspiré, des aliments et des boissons, rayonnement par la peau, évaporation cutanée, n’intervenaient pas pour compenser cette élévation de température. Ainsi 90 p. 100 de la chaleur produite est éliminé par la peau dans les pays tempérés et la température ne monte guère que de i degré environ (sous la langue) pendant l’exercice musculaire. Mais cette éléva-

(i) Les centres nerveux, les nerfs en activité sont aussi des foyers de chaleur. Le cerveau est, après le foie, l’organe le plus chaud du corps.

tion pourra être bien plus considérable dans les pays chauds où la déperdition de calorique est contrariée par la thermalité élevée et la tension excessive de vapeur d’eau du milieu ambiant. D’autre part, le travail entraîne une production de calories considérables en raison de l’exag'ération des combustions interstitielles, accrues par l’appel du système nerveux, surexcité anormalement chez l’Européen importé, et produisant plus de calories qu’il n’est nécessaire pour le travail utile à effectuer, tant que la transformation physiologique de l’immigrant n’aura pas diminué cette excitabilité nerveuse réflexe pour le rapprocher de l’état de l’indigène.

b) Pertes par le travail. — Comme compensation du rayonnement insuffisant l’évaporation cutanée est accrue proportionnellement. Le travail musculaire entraîne donc chez l’Européen une abondante perspiration cutanée qui peut, par sa répétition, être la cause de déperditions excessives que l’indigène ne subit pas au même degré tout en fournissant à poids égal plus de calories pour le même travail (Eijkmann).

Cette déperdition prolongée de sueurs se traduit par une perte de poids qui peut s’élever jusqu’à G livres 96 pour des marins travaillant en pleine mer sous les tropiques, pendant une traversée de quelques jours (traversée du détroit de Torrès; Rattray) (i). Les hommes les plus âgés sont les plus éprouvés par ces pertes . Les soldats des compagnies de discipline dans les colonies et les condamnés européens à la Guyane fournissent une mortalité d’autant plus élevée qu’ils travaillent plus (Orgeas).

c) Fatigue et surmenage. — Avant d’arriver à produire

(i) A. Rattray. Arch. de médecine navale, 1872, t. XVII, p. 4^5.

Delaroche et Berger ont placé dans une étuve sèche un alcarazas rempli d’eau et un lapin du meme poids. La température de l’étuve était élevée progressivement jusqu’à 87“5. A la fin de l’expérience, les températures internes de l’alcarazas et du lapin avaient peu varié et le poids de chacun deux avait diminué de 120 gr. environ.

PRINCIPES GÉNÉRAUX

la perte de poids, le travail utile ou d’exercice peut déterminer un état de malaise, ou de fatigue d’autant plus prompt à apparaître que le travail sera exagéré ou effectué aux heures chaudes de la journée. Des mouvements fébriles peuvent se manifester par suite de Taccumulationde certains produits de la désassimilation suractivée des tissus, en particulier de l’acide lactique en excès dans les muscles, d’où résulteront une sorte d’auto-intoxication et les phénomènes du coup de chaleur. Excédent de déchets et excès de chaleur produisent le surmenage lent ou rapide. La résistance aux agents infectieux est diminuée; aussi voit-on les épipémies de dysenterie, de fièvre typho-malarienne, dans les armées en campagne sous les tropiques, les accès de fièvre jaune brusque, les accès pernicieux palustres dans les troupes en marche, ou chez les individus accomplissant un travail pénible au soleil.

En résumé, le travail accompli dans les climats chauds entraîne une déperdition de forces et expose à des dangers provenant de la rétention du calorique et de la diminution de la résistance organique, sll dépasse une mesure à déterminer suivant les conditions declimat, d’alimentation, d’âge, de nature et de durée du travail.

2. Repos et inactivité. — Le repos absolu a aussi des conséquences fâcheuses, car il compromet l’équilibre des fonctions et leur activité nécessaire. Il est vrai que le repos bien réglé, plus encore que la diminution des aliments trop hautement calorifiques, permet à l’Européen de se défendre efficacement contre l’hyperthermie. Aussi, se basant sur cette constatation et sur la manière d’être de certains indigènes qui regardent l’entière inaction comme l’état le plus parfait et donnent au souverain Etre le nom à' Immobile, bien des auteurs préconisent le repos et prétendent, avec quelque justesse, qu’à moins d’être dans un milieu tempéré par l’altitude l’Européen doit, dans les plaines basses etvoisines de la mer, s’abstenir de tout effort physique et sebor- G. Reynaud. Hygiène coloniale.

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