V. — Emploi de la journée
Il faut s’accoutumer à se lever avec le jour, pour profiter de la fraîcheur des premières heures du jour et les consa-
crer à certains travaux d’intérieur ou à des promenades. Après une ablution générale et un premier déjeuner fait vers 7 heures matin, on peut travailler efficacement jusqu’à 10 heures.
a) Jja sieste. — Après le second déjeuner, vers 1 1 heures ou midi, la sieste est nécessaire et bien rares sont ceux qui ont la force d’y résister. Noirs et blancs sentent à ce moment une torpeur générale s’emparer d’eux sous l’influence de l’excès de la chaleur que la température extérieure, les travaux du matin et le repas ont provoqué dans le sang. Ce liquide marque de o°4 à i°5 de plus que dans la matinée. La sieste aura pour effet d’amener un léger abaissement thermique. Les centres nerveux, qui étaient surchauffés et épuisés, auront reconstitué leurs forces.
La sieste a l’inconvénient, pour les gros mangeurs ou les dyspeptiques ayant l’estomac ballonné et de la stase intestinale, de ralentir encore leur digestion tandis que la marche sous la vérandah et la seule station debout suffisent pour l’accélérer.
La sieste dure environ i heure ou i heure 1/2 au maximum, au delà elle devient funeste, produit de l’alanguissement, de l’inaptitude au travail, de la congestion de la face, de la plénitude stomacale, du pyrosis, des renvois gazeux. Les gros mangeurs, les buveurs de bière et d’apéritifs, les gens habitués à veiller tard dans la nuit sont coutumiers de ces siestes prolongées parfois pendant plus de
2 heures.
Après la sieste, une ablution partielle est utile, et le travail est repris. Une ablution plus complète pourra être faite après la cessation du travail ou après les exercices du soir.
b) Reprise du travail. — Dans tous les cas, de midi à
3 heures il ne faut pas sortir. De midi à 3 heures, dit un. proverbe levantin, on ne voit dehors que les chiens et les Français !
EMPLOI DE LA JOURNÉE
A 3 heures, la vie des affaires reprend pour cesser vers 5 heures pour les professions libérales, surtout les fonctionnaires, et vers 6 heures pour les autres colons.
De 5 heures à 7 heures du soir ont lieu les promenades à pied ou en voiture. Les Français, en trop g-rand nombre, vont immédiatement sur la terrasse des cafés après les affaires.
Les Ang-lais ont pour habitude de se livrer à ce moment à des exercices de corps. Celte pratique bien réglée paraît être la meilleure : elle a pour effet de rendre au corps sa souplesse, d’entretenir l’activité des échanges.
La promenade à pied est préférable, mais si, en raison de l’extrême chaleur ou de l’état de fatigue, elle est impossible il faut faire la promenade à cheval ou en voiture. Tout vaut mieux que l’immobilité ou le stationnement au café, où les colons vont s’intoxiquer et détruire ce qui leur reste de facultés digestives.
c) Soirées, fêles. — Après le repas du soir, en attendant le sommeil qui viendra avec la fraîcheur de la nuit plus avancée, il est bon de faire les « cent pas » sous la vérandah et dans le jardin pendant 20 ou 3o minutes; puis on se 1 repose dans des chaises longues.
Les plaisirs mondains, réunions musicales, bals, théâtres procurent à l’esprit un délassement et une diversion des plus utiles, mais l’excès est nuisible surtout lorsqu’il se produit pendant la saison chaude ou pendant toute l’année,
I comme en Cochinchine.
A la fatigue de la danse et des veillées, à l’épuisement causé par l’excès de chaleur entretenue par des costumes peu appropriés au climat, viennent s’ajouter les dangers de l’absorption d’une quantité considérable de liquide divers, de boissons glacées et aussi des soupers nocturnes qui détraquent définitivement les estomacs chancelants des colons.
« Les refroidissements sont possibles à la sortie des soirées G. Reynaud. Hygiène coloniale.
bien qu’on soit en pays chaud, car les variations nycthémé- 'F raies de la température atteignent parfois lo*’ à 12°. Ils peuvent être le point de départ de rhumatismes, de pleuré- ^ sies, d’accès de fièvre hématurique.
On ne saurait trop condamner ces orgies interminables auxquelles s’abandonnent, avec une fréquence inusitée même en Europe, les jeunes Français dans les colonies les plus dangereuses, comme la Gochinchine.
L’opium. — A cette frénésie de plaisirs imaginés sous les prétextes les plus divers fait place quelquefois la passion tranquille, mais immuable de l’opium. Saisis par ce vice, les Européens en seront désormais les esclaves, lui sacrifiant leur temps, leur argent, leur famille, leur vie. Désormais leur activité ne pourra se manifester que sous l’eflet d’une nouvelle dose de poison qu’il faudra répéter plusieurs fois par jour et les conduira, parfois rapidement, à 1 état chronique caractérisé par les troubles du sommeil, les vertiges, la céphalalgie, des troubles digestifs, tels que constipation ou diarrhée, inappétence, de la gastralgie, une miction difficile avec urines parfois troubles, de la dyspnée, l’affaiblissement des facultés génitales, l’amaigrissement du corps, l’excavation des yeux, un faciès stupide ou reproduisant les Æ traits d’une vieillesse anticipée, enfin tous les signes d’une K déchéance qui va s’accélérer et conduira à la mort. m
Le seul remède à cette passion fatale, qu’engendrent l’i- S solement, l’ennui et aussi parfois la fréquentation des indi- S gènes, est dans la suppression radicale de ces habitudes, l’é- M loignement du milieu où elle a été contractée, et l’applica- W tion à des exercices corporels journaliers. -J
Les nouveaux venus doivent être mis en garde contre la » surexcitation du début qui atteint aussi les fonctions géné-- M siques et qui, trouvant dans les colonies une très facile^ S satisfaction, conduit rapidement aux excès sexuels. Les 5 maladies vénériennes, si répandues, et si graves parmi les; s peu])les orientaux, chez les Malgaches, menacent non moins
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rEuropéeii que la neurasthénie qui résultera de la répétition fréquente des actes g-énésiques.
Exercices corporels. — La pratique régulière des exercices corporels est la véritable prophylaxie de tous ces dangers. L’activité exigée par les exercices, la dépense de forces qu’ils provoquent font ensuite du repos un besoin impérieux; ils sollicitent en outre de l’esprit une attention et un intérêt qui sont détournés des autres objets. Ils réa~ lisent le mens sana in corpore sano, qui est la formule de la santé complète. Mais ces exercices doivent être choisis avec discernement et exécutés avec mesure.
Les plus recommandables sont : la promenade à pied ou à cheval ou à bicyclette ; les jeux du crocket et du tennis, la gymnastique, la natation, le canotage, l’escrime.
La promenade à pied^ au pas ordinaire, à raison de 3 ou 4 kilom. au maximum, à l’heure, est l’exercice par excellence, s’il est pratiqué hors des heures chaudes du jour.
V équitation, faite à petites allures et pendant i heure environ chaque soir, est aussi très salutaire, car elle exerce une action décongestionnante sur le foie et combat la dilatation et la ptose gastro-intestinale.
\d exercice de la bicyclette est praticable, mais avec modération. Un marche à petite allure est profitable, car elle assouplit les membres inférieurs, et active la digestion.
Les exercices de gymnastique consisteront seulement en des mouvements sur place (flexion, extension, élévation, abaissement, relèvement, etc.) sans poids ou avec des poids légers, tels qu’un fusil ou une petite haltère. Les exercices aux agrès ne sont pas recommandables.
Le jeu de crocket est plus une distraction qu’un exercice. Il est encore préférable à l’immobilité pour les femmes et les enfants.
Le jeu de lawn-lennis exige des mouvements répétés, rapides, et ne peut être pratiqué longuement que dans les
rég-ions tropicales et prétropicales. Cependant, les Anglais se livrent à cet exercice même dans les régions équatoriales, telles que Singapour. Dans ce cas, le jeu sera fait à 4 pa?'tenaires et n’aura qu’une courte durée.
L’exercice de Yesçrime sera limité à la leçon sans assaut.
La chasse est un exercice accidentel qui ne saurait être pratiqué sans danger avec régularité. Il faut le réserver pour les pays salubres et pendant la saison fraîche... La chasse dans les bois et les marécages expose particulièrement à l’impaludation. Elle doit être soumise aux règles prophylactiques des explorations.
Quel que soit l’exercice pratiqué, les ablutions et le changement de linge sont nécessaires à la fin de la séance. A défaut d’ablution à grande eau, une friction au linge humide ou sec ou l’enveloppement au drap mouillé seront d’une efficacité réelle.
Les exercices sont-ils réellement utiles et ne font-ils courir aucun danger?
Le D’’ Bestion, comparant la santé des missionnaires et celle des religieuses habitant le Gabon, a constaté que lés premiers, menant une vie active pour accomplir leur mission, se portaient bien. Les sœurs, au contraire, menant une vie sédentaire, vouées à l’enseignement et aux travaux de couture, portaient l’empreinte d’une anémie profonde.
Pour que l’exercice ne procure que des bénéfices, tels que l’accélération des échanges respiratoires, l'activité de la circulation du sang, l’activité digestive, l’accroissement de la puissance musculaire, il importe qu’il ne dépasse pas une certaine mesure au delà de laquelle le système nerveux tomberait dans une atonie aussi désastreuse que l’impressionnabilité des hommes purement intellectuels.
De l’ensemble de ces actions salutaires résultera une influence générale, plus aisément saisissable, c’est l’augmentation de la résistance des sujets aux agents atmosphériques, aux agents de traumatisme, aux causes de fatigue,
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et, par suite, un aug-mentation de la résistance biologique cellulaire.
Il est de notoriété que tous les individus à professions manuelles s’exerçant à l’air libre, surtout les cultivateurs, sont moins influencés par les agents extérieurs.
Travaux intellectuels. — Les travaux de l’esprit doivent se joindre aux travaux physiques. Si le cerveau reste inactif, il ne tardera pas à être plongé dans un marasme où sombreront toutes les facultés. La cellule cérébrale, comme les autres tissus, semble étouflee par les éléments les moins nobles; les impressions sont atténuées, et, de même que l’idéo-motricité, toute élaboration d’idée devient une fatigue. La mémoire, l'attention, le jugement même s’affaiblissent.
Il importe donc de s’imposer des lectures, des travaux intellectuels en dehors des occupations ordinaires. Mais il importe de savoir doser ce travail, cet exercice et de l’interrompre par des repos fréquents. Leslectures diverses, l’étude de la langue, de la religion, des productions, des mœurs, de l’histoire des peuples au milieu desquels on vit, ont l’avantage de procurer à l’esprit une occupation pleine d’intérêt, d’augmenter les rapprochements entre l’Européen et l’indigène et d’asseoir leurs rapports sur la confiance réciproque et sur la bienveillance.