II. — Fixation de la ration pour les pays chauds
Les données précédentes permettent de fixer approximativement les rations nécessaires à l’entretien de la vie et au travail dans les pays chauds. Il faut tenir compte dans ces évaluations des conditions nouvelles créées par le climat et aussi des pratiques des indigènes et des Européens indigénisés.
La somme d’aliments destinés à fournir de la chaleur et du travail paraît, a priori^ devoir être moindre dans les pays chauds que dans les pays tempérés, puisque l’organisme n’aura pas à faire face à une déperdition incessante de calorique par rayonnement ou par contact, l’atmosphère ayant une température très voisine de celle du corps, et aussi parce que l’activité physique des Européens est généralement diminuée.
Les populations de couleur et les Européens indigénisés (Antilles, Guyane, Réunion) ont une alimentation moins copieuse que celle des Européens si sujets à des troubles digestifs répétés qui sont communément le résultat de la surcharge alimentaire. Les indigènes se nourrissent en très grande partie de végétaux. Annamites, Cambodgiens, Chinois ont une alimentation riche en féculents et relativement pauvre en substances azotées. Celles-ci n’arrivent pas à i gr. par kilogr. d’adulte et les substances ternaires forment environ un total de 4 grammes. La moyenne en calories ne dépasserait pas 25 à 3o calories par kilogr. de poids vif (Maurel).
FIXATION DE LA RATION
A Massaouah, dans la région basse de l’Abyssinie, les hommes au repos ont une ration de t.85o calories; les travailleurs ont une ration de 2.3oo calories. Les femmes, d’un poids moyen de 53 k. 200 ont une ration de 2.400 calories, soit 45 calories par kilog’r., rég-ime excessif qui les conduit rapidement à l’embonpoint (Lapicque) (i).
La valeur des rations de 2 groupes de Javanais, à Singapour, l’un formé de domestiques, l’autre de pagayeurs, a été évaluée par Lapicque à Go gr. d’albuminoïdes, 3o gr. de graisse et 37b gr. d’amidon, donnant un total de 2.070 calories. Si de ces rations on soustrait 45o calories représentant le travail accompli et l’exagération de la radiation cutanée chez ces hommes à la peau presque entièrement nue, on arrive à une ration d’entretien de 3i à 34 calories par kilogr.
Les populations de l’Inde et de l’Afrique sont aussi sobres que les Javanais et les Annamites .
Il n’en est pas de meme de la population de Madagascar qui a du bœuf en abondance, non plus que des populations ^ colorées des Antilles et de la Réunion, qui ont une alimen- : tatlon azotée se rapprochant beaucoup de celle des Euro- ^ péens.
^ Avec leur régime généralement très sobre et pauvre en *, substances azotées, les indigènes font face aux dépenses d’entretien et môme aux dépenses de travail, travail très modéré, auquel ils se livrent. Il semble donc qu’il soit dé- ’ sirable de se rapprocher du taux des rations indigènes, en I tant que valeur calorifique, si l’on recherche l’indigénisar tion qui est l’objectif de bon nombre d’hygiénistes colo- ! nlaux.
I * D’une manière générale les rations alimentaires des habl- I ' tants des pays chauds doivent satisfaire à ces trois indica- I tions principales :
(i) Lapicque, Régime alimentaire des Abyssins et des Malais (Société de Biologie, 4 mars 1898-3 février i8g4).
ii4 ALIMENTATION ' '
I® Contenir des aliments (ternaires ou azotés) produisant moins de calories qu’en Europe;
•2P Contenir une proportion d’aliments azotés, facilement assimilables, toujours supérieure au minimum indispensable ;
30 Nécessiter un faible travail dig-estif.
Ration d’entretien des Européens . — Les recherches faites sur les dépenses comparées de l’organisme soumis à de hautes ou à de basses températures et calculées d’après le taux de l’oxygène absorbé et de l’acide carbonique exhalé, d’après les dépenses d’urée ou d’après les données de la calorimétrie directe, nous apprennent que, dans tous les cas, les dépenses de l’organisme sont plus élevées par les basses températures que par les hautes. Il y a donc lieu de diminuer les aliments azotés quand la température s’abaisse sans toutefois que la ration d’albuminoïdes soit inférieure à I gr. 20 par kilogr., dose reconnue comme le minimum indispensable.
L’exagération des aliments azotés provoque des troubles digestifs, l’exagération de volume et de fonction dans la glande hépatique, l’augmentation du tissu musculaire, et du chiffre des hématies (Maurel).
Les dépenses de chaleur et de travail étant diminuées, la proportion des aliments ternaires qui fournissent le plus de calorique, c’est-à-dire des graisses et de l’alcool, sera diminuée tout en tenant compte des habitudes alimentaires des individus de chaque race. Elle ne devra jamais dépasser la proportion de i gr. de graisse et de o gr. 5o d’alcool par kilogr. de poids. Une plus forte dose de graisse expose à des indigestions (Maurel).
Les hydrocarbones donneront le complément de calories nécessaires : une proportion de 2 gr. 5o à 3 gr. 5o d’hydrocarbures par kilogr. donnant, pour un homme de 70 kilog-., une ration de 2.100 ou 2.45o calories, suivant qu’il s’agitde la saison chaude ou de la saison fraîche est jugée suffisante
FIXATION DE LA RATION
(Maurel) (i). La proportion des azotés et des ternaires, pris dans leur ensemble, doit être de i à 4* H R de i a 5
dans le lait de femme.
La répartition des aliments simples et la ration de calories pour la ration d’entretien dans les pays chauds peut être établie ainsi qu’il suit, d’après Maurel, dans les différentes zones et suivant le poids des individus.
Hommes
Hépartition des aliments simples par kilogr. d’adulte
Ternaires
Sk «
de 60 ki
de 70 ki
de 80 k
Azotés
Graisses
Alcool 1
tiydrocarbones ^
1“ saison chaude des
calor.
calor.
calor.
gr-
gr-
gf.
pays intertropicaux et tropicaux.
t8oo
Température moyenne mensuelle de 25<> à 3ü®.
Total des ternaires :
2“ saison fraîche des pays intertropicaux