V. — Lutte contre l’alcoolisme. M
Comment remédier à ce fléau si dang-ereux pour la colo- || nisation? v
Les procédés à mettre en œuvre sont de 3 ordres : ^
1° Interdire l’usa g-e des boissons spiritueuses; ^
20 Limiter leur consommation ; ^
3® Améliorer la qualité des boissons livrées à la consom- v mation. 't.
10 Interdiction de consommation. — C’est une utopie qui ne saurait être examinée un seul instant en tant que ^ mesure g-énéralisée à tous les colons libres d’un pays. — La fraude, la contrebande auraient bientôt fait de se jouer de toutes les barrières en supposant que les administrations publiques pussent se résoudre à se priver de cette source de revenus.
Mais ce qui ne peut se faire comme mesure g’énérale est -, parfaitement applicable à des g-roupes d’individus. On peut et on doit supprimer ce qui peut être appelé V alcoolisation réglementaire.
La ration rég-lementaire des troupes françaises des g*arnisons coloniales comporte toujours une distribution journalière de tafia. Elle n’est que de 4 centilitres lorsqu’il y a concurremment distribution devin (43 centilitres). C’est le (( coup de sec » ou le (c boujaron » absorbé à jean le matin par les marins et soldats avec le café. Mais cette ration devient plus considérable si la distribution de vin est supprimée pour une cause quelconque: difficultés d’appro- » visionnemcnt, altérations du vin, ou économie! Alors la ration de tafia s’élève chaque jour au minimum jusqu’à 25 centilitres (i).
(i) Celle ration aété régulièrementdistribuée aux soldais des colonnes du Soudan jusqu'en i880. — A partir de cette époque, la distribution de vin a été assurée dans le haut-fleuve. La mortalité a diminué sous
Gcttc alcoolisation officielle doit être supprimée absolument. Dans aucun cas, le tafia ne doit remplacer le vin. Dans les cas très rares où le vin, difficilement transportable en g*ros fûts, ne peut pas être expédié en caisses de lo à 12 bouteilles ou en dame-jeanne de i5 à 20 litres, il vaut mieux se contenter de boire des infusions de thé ou decafé.
La délivrance des boissons alcooliques a été rig-oureusement interdite dans la plupart des corps expéditionnaires anglais, aux pays chauds. C’est la plaie des colonnes. Cet exemple mérite d’être suivi et, dans les casernes comme dans les colonnes, la distribution rég-ulière et aussi la vente des eaux-de-vie et liqueurs à essences doivent être prohibées (i). Malheureusement, les habitudes suivies dans les corps de troupes rendent cette mesure difficilement applicable et parfois la résistance vient de haut.
La distribution et la vente d’eaux-de-vie ou liqueurs doit être aussi supprimée dans les bagnes et prisons, où elle est parfois considérable, si extraordinaire que le fait puisse paraître. M. Legrand a signalé le nombre considérable de maladies du foie constatées chez les forçats par suite d’alcoolisme et j’avais eu à faire les mêmes constatations en 1 885- 1886, parmi les forçats malades à l’hôpital central de l’île Non (Nouvelle-Calédonie).
l’influence de celte mesure associée à d'autres mesures d’hygiène générale.
Le tafia a été distribué au lieu et place du vin, au Tonkin, dans les postes de la région montagneuse. La brigade Négrier composée de 3.100 hommes, employée aux travaux de roule dans la région de Chu à Langson, n’avait à boire que du tafia.
La colonne expéditionnaire de Madagascar en 1895 a également été soumise au régime régulier du tafia. Le vin a été exceptionnellement distribué aux troupes. Le tafia figurait seul dans la ration de la colonne légère .
(i) Par une circulaire, le général de Gallift'et, ministre de la guerre, avait décide l’interdiction absolue de vendre dans les cantines aucune eau-de-vie, ni liqueur à base d’alcool, ni aucune des multiples préparations connues sous le nom d’apéritifs. Dorénavant devait être seule autorisée la vente du vin, de la bière, du cidre, du thé, du café, du lait, du chocolat.
lO.
ALIMENTATION. — LES BOISSONS
L’interdiction de la vente des boissons spiritueuses doit être étendue aux écoles, aux lycées, aux ateliers d’Etat, aux asiles, en un mot à tous les établissements publics (i).
Enfin la consommation des boissons alcooliques a besoin d’être limitée même dans les établissements hospitaliers où elle est souvent excessive. Le « coup de sec » est le moteur principal des bonnes volontés mises à contribution pour aider au service de l’établissement. Maisil n’est pasjusqu’aux hôpitaux, principalement dans les pays chauds, où la consommation de l’alcool soit devenue excessive. Sous le nom de toniques, de vins, de potions, on administre chaque jour à la majorité des malades deux verres à bordeaux, au moins, de vins plus ou moins frelatés. Aux quantités rég-ulièrement absorbées, il faut joindre encore celles qui sont données en supplément à certains malades pour des services rendus dans les salles.
Enfin il faut song-er à préserver les indig'ènes qui représentent l’élément indispensable de la prospérité de la colonie. En 1^88, une décision du gouvernement de la Nouvelle- Calédonie a prohibé la vente des alcools aux indigènes. Cette prohibition complète n’est pas applicable aux vastes territoires très peuplés tel que l'Indo-Chine où la limitation de la consommation pourra seule être obtenue par l’élévation des tarifs douaniers. Mais il est toujours possible d’interdire la distribution d’alcool aux ouvriers indigènes des chantiers publics, aux coolies qui suivent les armées et de prohiber le marchandage entre les ouvriers indigènes et les tâcherons sous-traitants de travaux publics qui, en vendant de l’alcool à leurs ouvriers, rattrapent l’argent qu’ils
(i) Sur l’avis du Conseil supérieur de santé, le ministre de la marine avait décidé, à la date du i4 janvier 1890, que la ration de tafia serait supprimée dans toutes les colonies autres que Saint-Pierre-et-Miquelon. Une des premières mesures prises par le commandant en chef du corps d’occupation de l’Indo-Chine en 1891 fut de faire annuler cette décision par le Gouverneur général.
viennent de leur donner et parviennent ainsi à obtenir, en seconde main, à des prix dérisoires Texécution de travaux publics.
2“ Limitation de consommation. — Les procédés les plus efficaces pour la restriction de la consommation sont : i« la limitation du nombre des débits d’alcool ; 2® l’élévation du prix des boissons.
La limitation du nombre des débits d’alcool peut être : plus facilement réalisée dans les colonies qu’en France I parce que les Gouverneurs ont des pouvoirs fort étendus en ; ces matières et qu’ils n’ont pas à craindre le mécontentement d’une catég’orie très puissante d’électeurs, au moins dans les colonies qui ne sont pas encore en possession de conseils g'énéraux et municipaux.
L’obligation pour tout débitant de boissons d’être muni d’une autorisation et la limitation du nombre des débits proportionnellement au chiffre de la population totale sont les moyens à mettre en œuvre. La fixation des droits d’entrée très élevés, l’application d’impôts très élevés aux alcools, produits sur place, l’élévation du chiffre des patentes appliquées aux débitants de boissons non hygiéniques forment la base du système de défense.
Ce système sera complété par l’obligation de fermer les débits à 1 1 h. du soir, par la défense de servir à boire aux individus âgés de moins de 18 ans, par la sévérité exercée contre les ivrognes, par l’internement des ivrognes avérés.
Les entrées de l’alcool de traite au Congo belge sont tombées de 1.236.625 litres en 1900 à ig4.865 litres (i) en 1901, par suite de l’élévation des droits d’entrée de 1 5 à 70 fr. résolue dans un but humanitaire.
(i) Les 194.865 litres entrés en 1901 représentant une valeur de 128.178 francs, il est entré au Congo dans la même année pour 1.808.909 francs de boissons dont ;
827,545 fr. 61 de bière.