MAXIMES ET PENSÉES
Condo et compono quœ mox depromere possim.
Bout.
Les œuvres des poëtes, romans et pièces de théâtre, ont, sur les livres purement didactiques, un avantage considérable ; elles n’épuisent pas complètement un sujet, ce qui peut amener l’ennui ; mais elles excitent la réflexion, en lui donnant des problèmes à résoudre. Peut-être nos maximes et pensées auront-elles, pour le lecteur, un attrait semblable. Car le mérite des aphorismes est de stimuler la curiosité sans la rassasier.
La vie nous pose partout des problèmes et révèle
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dos principes à l’esprit attentif qui sait interpréter le sens des symboles. Les bous livres et les hommes d’expérience rendent le même service. Cherchons partout ce qui peut nous donner le calme et la force. Ce que nous nous approprions de cette manière, conformément à notre nature, nous appartient au même titre que ce qui nous semble produit par nos réflexions personnelles. Car l’homme n’invente rien. Goethe a dit avec raison : « Toute idée est une reproduction. »
Le même auteur a dit encore : « Une excessive délicatesse qui attache trop de prix à la personnalité propre, peut être une cause d’hypocondrie, si elle n’est contre-balancée par une grande activité. »
Pour se conserver sain de corps et d’esprit, il faut de bonne heure s’intéresser aux affaires générales de l’humanité.
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On doit tendre à mettre l’équilibre au dedans et au dehors de soi-même. Cet équilibre, en tant qu’il peut être établi par la volonté, est, par rapport à la sphère de la nutrition et de la reproduction, la tempérance ; dans celle de l’irritabilité, la balance exacte entre le repos et le mouvement; dans celle delà sensibilité, c’est le bien-être. Voilà notre loi.
11 faut de la force et une moralité profonde pour conserverie calme bienfaisant, qui, même au milieu des bouleversements etdes tempêtes, donne un point d’appui à la méditation, principe et condition nécessaires du vrai bonheur.
On n’aurait pas à s’inquiéter des passions, si l’on pouvait seulement les mesurer.
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Des observations personnelles, faites sur moimême avec un soin minutieux, m’ont appris que la pensée est comme un fluide qui fuit sous l’étreinte. Lors même que le cerveau semble complètement troublé, la pensée reste pure et libre, son effet seul est entravé.
Le doute, qui est de tous les senliments le plus inquiet, se résout en désespoir. Celui-ci peut devenir un véritable moyen curatif.
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11 est des moments heureux où le corps se subordonne à l’esprit, au point d’oublier ses besoins propres. Alors toutes nos forces se développent et suivent librement leur cours, comme une mer qui s’étend sans obstacle entre un rivage visible et un rivage invisible. Heureux qui a cette puissance
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d’abstraction, qui sait évoquer l’extase et la modérer par le sang-froid !
La nature guérit les blessures qu’elle fait. Mais quand l’homme se fait tort par sa faute, ira-t-elle, comme une mère qui gâte son enfant, s’apitoyer avec lui sur des maux dont il est cause ? Pour adoucir les souffrances de l’âme, n’est-ce pas assez du calme de la nature, de ce ruisseau qui serpente, de cette forêt tranquille, de l’azur du ciel et de cette harmonie universelle de l’éternelle beauté? Une voix dissonante ne saurait troubler cette harmonie mélodieuse. Serait-il plus noble et plus légitime qu’une plainte individuelle, égoïste, détruisît tout le concert ?
Y a-t-il un art de prolonger la vie ? A ceux qui le connaissent, enseignez plutôt l’art de la supporter.
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Tout le secret de l’art de prolonger la vie, c’est de ne pas l’abréger.
Pour que l'activité soit véritablement salutaire, il est trois conditions indispensables : 1° il faut qu’elle
garde une juste mesure, qu’elle évite tout excès; 2° qu’elle s’applique avec amour, dans le moment opportun, à des objets qui lui conviennent ; 3° qu’elle prenne des intervalles de repos, et qu’elle varie ses occupations. Telle est la nature de notre esprit, que le repos le délasse moins que la variété.
Une théorie qui glorifie les jouissances, en pro-
cure moins que celle qui apprend à les estimer dans une certaine mesure, et, par conséquent, à ne pas dédaigner une jouissance faible ; la première amène nécessairement le dégoût de la vie, que la seconde seule peut guérir.
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Pour l’homme digne de ce nom, la consolation n*est pas salutaire, parce qu’elle l’affaiblit ; le devoir seul est sa véritable consolation. Désirer l’infini, c’est ignorer les bornes du fini ; gémir d’être méconnu, c’est méconnaître le but de l’existence. Notre but est en nous-mêmes. Les souffrances de l’âme ne sont souvent qu’une pénitence subie, c’est-à-dire les suites inévitables d’un état intérieur contraire à la nature.
Si des personnes éclairées ne s’aperçoivent pas de la puissance qu’exerce l’esprit, c’est qu’elles s’imaginent que tout ce qui existe vit par une cause extérieure. On fait ainsi de la vie de l’homme un rien abstrait, qu’une école médicale a désigné sous le nom d’irritabilité. Bien au contraire, la vie agit du dedans au dehors : mens agitai molem.
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Pour l’esprit comme pour le corps, la vie est un travail d’assimilation et d’excrétion, d’inspiration et d’expiration. La santé consiste dans la régularité des pulsations.
Toujours écouter, toujours penser, toujours apprendre, c’est par là que nous vivons. Qui n’aspire plus à rien, qui n’apprend rien, n’est pas digne de vivre.
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O what a noble mind is here overthrown ! « O triste dérangement d’un noble esprit! Je ne connais pas de douleur plus morale, plus profonde que celle qu’expriment ces paroles de Hamlet. 11 n’en est pas de plus fréquents dans notre siècle, où la négation s’attaque même aux choses éternelles, où rien ne semble plus avoir des chances de durée.
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La patience est l’appui de la faiblesse ; l’impatience est la ruine de la force.
Patience, sœur de l’espoir, baume salutaire qui guéris l’âme, qui trouves dans l’inertie une force merveilleuse et bienfaisante, quel malade ne bénirait pas ta douce magie; quel médecin pourrait ignorer que les paroxysmes de la fièvre disparaissent devant toi, qu’ils redoublent si tu t’éloignes, que tu aides à dompter les plus violentes douleurs, et que tu hâtes les guérisons les plus difficiles? Seule, tu es forte dans le faible ; seule, tu es la révélation la plus parfaite, la plus délicate de l’âme humaine, en tant qu’elle est capable d’écarter du corps les maladies.
L’hypocondrie, c’est de l’égoïsme. Le poète habi-
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tué à fouiller les profondeurs de son âme, à disséquer toutes les fibres de son cœur, à se faire le centre du monde, le poète devient ordinairement la proie de cet horrible fléau. J’ai connu un de ces hommes doués de dons sublimes et funestes, obsédé des tourments de l’humeur noire; il ne réussit à s’en délivrer par moments qu’à force d’étudier l’histoire et de s’intéresser sans réserve aux destinées générales de l’humanité. Ce remède aurait amené une complète guérison, s’il avait été employé à temps.
Chaque homme porte en lui un germe de folie.
La sérénité et l’activité de l’esprit sont les seules forces capables d’en empêcher le développement.
Le scepticisme sombre et mesquin de l’homme du monde, c’est de la faiblesse et de l’impuissance. On se résigne, quand on voit les difficultés que l’homme courageux combat avec persévérance, et
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que la foi seule espère vaincre. Les « demi-médecins » sont généralement des sceptiques.
Gardons-nous bien de développer en nous l'apathie; efforçons-nous, au contraire, d’enflammer et de nourrir dans notre âme les jouissances les plus pures elles plus nobles.
Le beau a droit à notre recherche et à notre amour; le beau, c’est l’aliment du bien et delà santé.
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L’activité dans l’accomplissement du devoir est la mère d’une conscience pure ; celle-ci fait naître le calme, et dans le calme seul croît la plante délicate de notre bien-être.
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Ce qu’il importe de conserver toujours, c’est moins la lumière de l’intelligence que le calme et la sérénité.
Aux caractères précipités, imposez la nécessité de marcher lentement, d’écrire lentement ; aux caractères indécis, celle d’agir avec promptitude. Donnez aux rêveurs toujours absorbés dans leurs pensées, l’habitude de regarder en face et de parler distinctement et à haute voix. Ces habitudes ont sur l'âme et sur le corps une incroyable influence que j’ai souvent observée.
Il ne suffit pas de se regarder connue objet, il faut encore se traiter comme tel.
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Recherchez la société des hommes dont le commerce vous rend plus apte à continuer le travail de la vie; fuyez la contagion de celui qui laisse en vous du vide et de la faiblesse.