‹ Hygiène de l'ame par le baron E. De FeuchterslebenChapitre 16 sur 41 · XLV1II · texte numérisé non relu

XLV1II

J’ai fait dernièrement une expérience très-significative sur les dispositions que détermine la clarté du jour. La lampe qui brûle pendant la nuit dans

F.T PENSÉES

ma chambre à coucher, jetait de vives lueurs. Je m’éveillai, sans savoir quelle heure il était. Des idées graves et même sombres vinrent, comme d’habitude, s’emparer de mon âme ; elles éloignaient de moi le sommeil. L’horloge sonna : il était cinq heures. Je reconnus que la clarté que j’avais attribuée à la flamme de la lampe, était la lueur croissante du jour. Aussitôt la disposition de mon esprit se trouva changée. Les mêmes objets qui venaient d’attrister ma pensée, m’apparurent sous un aspect riant, et je repris courage. Ce changement fut très-sensible pour moi ; ce fut comme une secousse dans le cerveau.

L’émotion, c’est le soleil couchant qui répand sur la nature ses teintes de pourpre, c’est le verre de couleur qui montre les objets sous un jour plus beau, comme enveloppés d’un charme magique.

« Je ne sais, mais j’aurais plus d’horreur d’un

MAXIMES

poison noir que d’une eau transparente comme celle-ci, » dit dans une pièce de Clara Gazul une jeune fille, qui, près de s’empoisonner, regarde le breuvage limpide. Ces mots contiennent pour nous une leçon. Tout dépend de la couleur que nous donnons aux choses que le destin nous envoie.

La vie humaine a son aurore. Quand l’aube se lève, il ne faut plus de lampe, il fait jour. Tout homme réfléchi a passé par cette époque, il a vécu de sa vie propre du moment où il a eu conscience de lui-même. Mais la nature ne veut pas que nous arrêtions nos regards à chaque détail du mécanisme de notre être. Le cerveau n’est pas l’homme tout entier ; le cœur, les pieds, les mains, contribuent aussi et plus encore à notre existence. Une fois que les yqux connaissent le but, le corps n’a pas besoin de réfléchir pour se mouvoir dans la direction indiquée. Les roses fleurissent sans le savoir; les fruits viennent, sans le savoir, à maturité.

Digitlzed by Googl

ET PENSÉES

Le vice fondamental de l’homme, c’est la paresse. Chez les gens éclairés, il se cache sous le masque d’un scepticisme froid, sombre, soi-disant philosophique, que représente d’une manière frappante le type de Hamlet. C’est une renonciation à sôi-même, une maladie, une mort volontaire. Le réveil de l’énergie individuelle est la condition de la santé et de la vie.

Page 1