‹ Hygiène de l'ame par le baron E. De FeuchterslebenChapitre 23 sur 41 · LXX1X · texte numérisé non relu

LXX1X

La désharmonie estime condition fatale de l’existence humaine. Sachons nousy soumettre ; heureux encorede pressentir, par moments, l’unité suprême.

Ce n’est que dans le silence de la méditation que germent et croissent les souvenirs. Le meilleur moyen de nous rendre un objet indifférent, c’est de nous en parler sans relâche, afin de nous ôter la tentation d’y penser dans la solitude. — Un autre moyen essentiel peut conserver la santé, c’est de savoir apprécier et développer convenablement les avantages de chaque période de la vie : la fraîcheur de la jeunesse et son insouciance pleine de vigueur,

MAXIMES

la modération réfléchie de l’âge viril, le coup d’œil calme de la vieillesse. Les tourments de la pensée sont funestes pour un jeune homme, comme le sont pour un vieillard les emportements de la colère. La nature bienveillante a donné à chaque saison de la vie humaine des fleurs et des fruits qui lui sont propres.

Il ne serait pas moins salutaire de considérer avec attention et reconnaissance cette multitude de bienfaits inaperçus que nous prodigue sans cesse la générosité de la nature. L’homme se montre chaque jour froid et insensible à une foule de jouissances réelles dont l’appréciation lui donnerait une satisfaction durable. Des esprits délicats en ont fait souvent la remarque. Apprenons à tenir compte de tout ce qui nous arrive de bon et .d’agréable, à goûter le bonheur de respirer, de voir la lumière, de sentir la douce chaleur du soleil ; à comprendre enfin que chaque journée d’existence est pour nous un présent de la nature auquel nous n’avons pas droit de prétendre.

ET PENSÉES

Un cgoïsme pur et noble est nécessaire pour conserver lasérénité etlasanté. Il faut plaindre l’homipe qui ne fait pas de son propre contentement le but de son travail, de son amour et de sa vie. Il n’y a guère de satisfaction pure sans une cause personnelle. Toute action humaine porte nécessairement ses fruits, bons ou mauvais.

LXXXUI

Le bonheur de l’âme consiste en réalité à se posséder et à s’agrandir. J’en appelle à l’expérience de tout homme éclairé : à quel moment s’est-il senti le plus heureux ? n’est-ce pas à cette époque de la jeunesse où chaque jour révélait à son intelligence des mondes nouveaux et de nouvelles sphères d’idées? Plus on avance en âge, plus ce bonheur devient rare. Les conceptions terrestres ont des limites visibles; ce qui soutient le vieillard expérimenté, c’est le regard qu’il plonge au delà du monde dans les régions de l’infini.

MAXIMES

Ce qui distingue l’homme ordinaire et l’homme de génie, e’est que pour être heureux le premier doit s’oublier et perdre conscience de son individualité, le second doit se concentrer en lui-même et prendre possession de son être.

Si votre âme souffre, si elle est en proie à l’incertitude, au doute, à la crainte, cherchez la compagnie, fréquentez le monde. Là, souvent, un mot jeté au hasard a suffi pour illuminer, comme un éclair, la nuit la plus sombre.

Vous supportez quelquefois avec peine vos parents, vos amis les plus chers. Soyez sur que pour eux il en est de même à votre égard. Méditez bien cette idée, il n’est pas de meilleur préservatif.

ET PENSÉES

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