‹ Hygiène de l'ame par le baron E. De FeuchterslebenChapitre 29 sur 41 · CV · texte numérisé non relu

CV

Consultons Lichtenberg, le peintre le plus subtil des états de l’àme, le Christophe Colomb de l’hypocondrie. « Souvent, dit-il, quand nous sommes couchés, nous éprouvons de vives douleurs dans les parties du corps qui subissent une pression. Mais sachant que nous pouvons changer de position, comme il nous plaît, nous ne faisons pas attention à

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cette souffrance. » 11 désigne l’hypocondrie par des expressions très-caractéristiques; il l’appelle tantôt « égoïsme pathologique», tantôt « pusillanimité ».

« Mon corps, dit-il ailleurs, est cette partie du monde que mes pensées peuvent changer. Dans tout le reste de l’univers, mon intelligence ne peut modifier l’ordre des choses. » Dans un autre passage, il raconte qu’un jour, atteint d’une maladie nerveuse, il se boucha les oreilles et s’en trouva mieux. « En effet, ajoute-t-il, à partir de ce moment, ce bourdonnement d’oreilles, symptôme ordinaire de cette maladie, me parut n’être en moi qu’un symptôme simulé. » — L’hypocondriaque ne puise que du poison au fond de ses tristes pensées ; dans des réflexions semblables, il puisera des consolations.

11 y a une hypocondrie involontaire ; c’est celle dont les médecins sont quelquefois affectés. Car, si l’hypocondrie est un verre grossissant à travers lequel on découvre des souffrances qui autrement seraient invisibles, la science qui nous montre les

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causes, l’enchaînement, les suites de tous les maux, n’esl-elle pas aussi un microscope?

S’il est vrai, comme les sages le disent, que l’art d’être heureux consiste à s’oublier soi-même, il consiste également à tendre avec énergie vers un but digne de notre activité.

Analysez le plaisir, le bonheur, vous y trouverez deux éléments ( homo duplex!) : l’oubli de soimême et la pleine possession de soi-même ; le sentiment de la vie porté à sa plus haute puissance, ou presque entièrement anéanti. Contradiction plus apparente que réelle ! Ce qu’on oublie, ce sont les chaînes ; ce qui se développe à un haut degré, c’est le libre mouvement de la vie.

« Mais comment vouloir, puisque c’est précisé-

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meot la force de volonté qui nous manque ?» — Si ce qui vous manque, c’est vous-même, que puis-je vous ordonner, sinon vous-même?

Par le sentiment douloureux que produisent en nous les imperfections de ce inonde, la Providence a voulu nous exciter à développer activement nos forces et à chercher le remède de tous ces maux.

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