‹ Hygiène de l'espritChapitre 13 sur 58 · LES MALADIES DE L'APPAREIL DIGESTIF · texte numérisé non relu

LES MALADIES DE L'APPAREIL DIGESTIF

supérieures, la vie sédentaire, la flexion habituelle du tronc chez beaucoup de savants, de gens de lettres, contribuent encore àaugmenter cette disposition. Pendant ce temps, l'estomac perd de sa force contractile, une sensibilité importune, fatigante s'y manifeste, et la fonction digestive s'altère de plus en plus. Aussi quand on devient forcément attentif à ses digestions, que l'estomac est délicat, scrupuleux, exigeant certains aliments, que l'appétit est irrégulier, qu'il se produit des flatuosités, des rapports aigres, un sentiment de chaleur acre à la gorge, de gonflement et pesanteur à l'épigastre pendant l'acte digestif, il est urgent de redoubler de précaution. Il est certain en effet qu'il se prépare alors, dans l'appareil nutritif, une maladie grave, qui tôt ou tard fera explosion. L'inflammation à tous ses degrés du foie et de l'estomac ; l'ictère ou jaunisse, la gastralgie, les perforations, les coliques nerveuses ou hépatiques, les vomissements fréquents, le squirrhe au pylore, les affections cancéreuses, etc., sont les conséquences des symptômes avant-coureurs que nous venons de décrire. Et faisant ici la même remarque que pour le cerveau, nous trouvons que les maladies légères de l'appareil digestif, comme l'inappétence, les digestions pénibles, les flatuosités incommodes, sont des nuances d'altération fonctionnelle ou organique qui conduisent souvent à des lésions que l'art peut soulager, mais qu'il parvient rarement à guérir.

"ri PATHOLOGIE.

Les constipations opiniâtres. — Bien que la constipation ne soit pas précisément une maladie, elle est si fréquente chez les savants ou les artistes, elle est la cause secrète ou patente de tant de maladies, qu'on peut se permettre de la regarder elle-même comme une maladie. Deux causes la produisent, l'ardeur, la sécheresse naturelle du canal intestinal, ou bien la faiblesse, l'atonie complète de ce même canal. Cette dernière cause se remarque souvent chez les vieillards. Il serait superflu d'énùmérer tous les accidents produits par d'opiniâtres constipations. Nous citerons seulement les principaux, comme l'inflammation du canal intestinal, les dégénérescences de tissu, les hémorrhoïdes, les fistules à l'anus, etc. La portion libre du canal, sympafhiquement irritée par la portion remplie de matières fécales, donne lieu à un commencement de trouble dans l'organisme. Il y a toujours absorption d'une porlion des produits ultimes de la digestion ; or, on conçoit ce qui doit arriver si la présence prolongée et même continue de matières excrémentitielles formées des débris, des résidus de nos parties, mêlées avec le sang, parcourant avec lui le cercle circulatoire, s'assimilent en même temps à nos organes.

Les personnes très constipées éprouvent aussi par irritation intestinale de fréquentes diarrhées ; et rien ne fatigue davantage que ces alternatives de constipation et de diarrhée, rien n'épuise plus vite les forces,

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surtout quand l'estomac digère mal les substances soumises à son action.

Les calculs des reins et de la vessie. C'est une observation déjà faite, que l'affection calculeuse semble le triste apanage de beaucoup de savants (1). En effet, pendant une certaine période d'années, on trouvera comparativement que cette maladie prédomine chez les penseurs. Elle a fait, le supplice d'Erasme, qui dit quelque part : Calculus meus carnifex; de Luther, qui fut opéré le 27 février 1537 ; du grand Bossuet, de d'Alembertqui ne voulut jamais consentir à se laisser opérer, malgré les instances de Camper et d'autres amis.

Après la mort de Buffon, on trouva cinquante-sept calculs dans sa vessie, depuis la grosseur d'un pois, jusqu'à celle d'une olive. Les parois de la vessie furent trouvées très épaissies. Ce grand naturaliste supporta jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, l'excessive

(1) « J'apprends que M. Chapelain, poète français très savant et très honnête homme, qui a donné au publie la Pucelle d'Orléans, a une pierre dans la vessie : il s'apprête à se faire tailler le printemps prochain. M. le président de Thou, ad annum 1601, remarque en parlant de J. Heurnius, médecin de Leiden, très habile homme, que c'est la maladie des hommes d'étude : misera ad libros assidue sedentium stipendia. » (Gui Patin, Lettres, 1G04, nouvelle édition par Reveillér-Parise, Paris 1846, t. III, p. 496.) Chapelain mourut plus tard des suiles d'un rhume qu'il gagna en traversant le ruisseau de la rue Saint-Honoré, craignant de perdre son jeton à l'Académie. (Note de lî. P.)

douleur occasionnée par la présence de ces corps étrangers.

Dans son excellent Traité de V affection calculeuse, etc., Civiale présente un curieux tableau des personnages calculeux ou graveleux, en remontant à une époque peu éloignée. Ce tableau ne comprend pas moins de cent quarante-huit noms, dont voici les plus célèbres, en suivant l'ordre alphabétique : d'Alembert, Amyot, Bacon, Barthcz (médecin), de Beaumont (l'archevêque de Paris), lienserade. Bossuet, BulFon, Buonarotti, (Michel-Ange), Calvin, Casaubon, Cerasotti (le poète), Chamfort, Colot (chirurgien), Desaugiers (poète chansonnier), Dubois (Antoine, chirurgien), Elisabeth (princesse palatine), Erasme, Fagon, Fourier (physicien), Franklin, Garrick, George IV (roi d'Angleterre), Halle (médecin), Harvey (médecin), Innocent XI, la Peyronnie (chirurgien), Laromiguièrc (professeur de philosophie), Leibnitz, Linné, Louvois, Mascagni (médecin); Mentelle (géographe), Mercuriali (médecin), Meursius, Montaigne, Napoléon, Newton, Palaprat, Perrot d'Ablancour, Petau, Portai (médecin;, Buyter (l'amiral), J.-J. Rousseau, Scarpa (chirurgien), Vadé, de Vergennes (ministre), Volney, Voltaire, Horace Walpole. Civiale fait observer avec raison que son tableau aurait été bien plus étendu si les biographes rapportaient toujours les résultats de l'ouverture des corps quand elle a été pratiquée.

A la suite de l'affection calculeuse, nous pouvons

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