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LES CALCULS DES REINS ET DE LA VESSIE

inscrire le catarrhe chronique de la vessie. Cette affection est peut-être la plus commune parmi les hommes méditatifs. On sait qu'elle empoisonna, ainsi que la gravelle, une partie de l'existence de J.-J. Rousseau. Nul doute qu'en maintenant dans l'économie de cet homme célèbre, un état habituel d'irritabilité, une pareille maladie n'ait contribué à la misanthropie et aux boutades humoristiques du philosophe.

UHypochondrie. — Cette misanthropie conduit par une pente insensible à l'hypochondrie. Que le siège de l'affection dont il s'agit appartienne soit au cerveau, ce qui est acquis, soit à l'hypochondre droit, d'où la maladie a pris son nom, toujours est-il qu'elle se caractérise par une grande mobilité du système nerveux. C'est le trait distinctit de cette maladie. Au physique, ou une santé parfaite, ou raille maux imaginaires; au sentiment d'un état de bienêtre, succède loutàcoup un malaise inconcevable, et sans cause appréciable. Sous le rapport moral, même inconstance, même instabilité; un esprit et un caractère toujours changeants, toujours variables. Des jets vigoureux d'une âme forte, et un abattement puéril; des éclairs de la plus haute raison et d'inconcevables petitesses; des pensées généreuses et les traits d'un égoïsmc concentré; une âme tendue vers le ciel, ou rampante dans la sphère la plus commune ; des moments de folle et sainte exaltation, puis des découragements affreux; de forts attachements de

cœur, puis des doutes cruels, un profond dégoût de louanges et des choses qui avaient paru sublimes; toujours un triste sentiment déflorateur de toute illusion, de tout plaisir, telle est la singulière inégalité d'imagination de l'hypochondriaque; et cette incroyable mobilité d'affections se remarque souvent en un très court espace de temps, parce que l'état psychologique normal a cessé d'exister.

Joyeux et confiant, triste et soupçonneux, un sot ou un homme d'esprit, un Socrate ou un fou, le malade semble un autre homme à chaque instant. 11 ne faut pas s'en étonner, toutes ces variations d'esprit et de caractère qui affligent, tiennent évidemment à la susceptibilité nerveuse morbide dont nous avons si souvent parlé. L'économie entière se trouve ébranlée par la cause la plus légère, l'impression la plus fugace. Toutefois, les affections tristes prédominent de beaucoup dans l'hypocliondric. On peut citer l'exemple d'un hypochondriaque vivant perpétuellement en crainte du choc d'une comète avec la terre. Souvent les hommes de génie sont livrés sans espoir de guérir àl'hypochondrie, qui jette un crêpe lugubre sur leur vie et leurs ouvrages : ils vivent dans une continuelle fascination de terreur.

Lichtenberg, qui était atteint de cette affection pathologique, en a fait la remarque. « Mon hypochondrie, dit-il, est proprement la faculté d'extraire, pour mon propre usage, la plus grande quantité possible

de poison de chaque événement de la vie... Je me suis souvent désolé de n'avoir pas éfernué trois fois

de suite depuis vingt ans Pusillanimité est le

véritable nom de ma maladie; mais comment en guérit-on? Ah! si je pouvais prendre une bonne fois la résolution de me bien porter ! » Il y a beaucoup de sens dans ces paroles légères. Comme on l'a remarqué, si l'on connaissait les puérilités qui traversent le cerveau du plus grand génie au moment où il accomplit sa plus grande action, on serait saisi d'étonnement; c'est bien autre chose quand il existe une cause morbide.

La mélancolie. — Elle se caractérise presque toujours par une idée fixe, qui ordinairement enivre l'âme et s'en empare totalement. Aretée dit fort bien, en parlant de la mélancolie : Est autem animi angor, in unâ cogitatione defixus, algue inherens absque /eère(l).Leprincipesentant, plongé dans l'absorption de cette pensée dominante, la poursuivant jusqu'à son dernier terme, arrive inévitablement, ou à l'extraordinaire, «à l'inconcevable, aux œgri somnia, ou à la vérité pure, à la découverte d'une loi fondamentale. Dans l'un et l'autre cas, deux choses arrivent, et toutes les deux tendent à la mélancolie. Cette force et cette continuité d'attention à laquelle est attachée la supériorité du talent, fatigue et brise les ressorts

(lj Aretée, de Causis et sig. morb. diulunwrum.

de l'économie, voilà pour le corps; de l'autre, l'âme s'élançant dans les hautes régions de l'inLelligence, se séparant autant qu'il est en elle de la chair et du sang, pour franchir les bornes du possible, pour jouir de toute sa spiritualité, atteint promptement les limites de la pensée humaine, et retombe ensuite malgré elle, dans la vie des intérêts matériels, souvent après avoir brisé le faible et fragile organe du bon sens. Eh bien ! soyez assuré, que cette excentricité intellectuelle s'accompagne inévitablement de mélancolie, et par une conséquence presque immédiate, de plusieurs maladies plus ou moins graves, presque toujours chroniques. L'âge, le genre de travail, la position sociale, les événements extérieurs, déterminent ensuite le genre et la forme de ces maladies il». Toutefois le mélancolique ne se détourne jamais de ses tendances favorites, des idées tristes et désespérantes; il se met seul à seul, face à face avec son mal, il irrite sa plaie, il l'élargit, il épuise les cuisantes voluptés de la douleur, il se complaît dans la langueur où elles le plongent, JErumnabilem voluptalem, comme dit le Gaulois Sidoine Appoilinaire, c'est un plu/sir d'angoisse.

Quelques degrés de plus, et nous arrivons à ce point où la personnalité échappe, où il y a discor-

(1) On consultera avec intérêt les Eludes sur la »iélancolie et sur le Traitement moral de cette maladie, par le Dr Poterie du Motel, Paris 1857.

dance entre les perceptions internes et les rapports extérieurs. Alors l'importunité, le despotisme d'une idée profondément fixée dans l'imagination, absorbent toutes les autres pensées, ou du moins en rompent l'harmonie. L'éréthisme perpétuel du cerveau brise l'intelligence en l'enivrant. De là les illusions, les hallucinations, les fantômes, les images décevantes qui trompent sans cesse l'esprit de ces infortunés. Lorsque l'empire de leurs facultés leur est tout à fait retiré, ils n'ont plus que l'univers dont ils se font une idée particulière; ils y vivent à leur manière, ils y sont quelquefois heureux. Mais ce cruel bonheur est refusé aux hommes instruits, méditatifs, atteints de cette maladie. Malgré ce prolongement indéfini d'une idée qui arrive quelquefois à la monomanie, il y a presque toujours chez eux un fond de raison, de souvenirs et de regrets qui fait leur supplice. Le délire existe, mais il est ordinairement incomplet ; on a tout à la fois la conscience du désordre de son esprit et de l'impuissance à en rétablir l'harmonie. N'est-ce pas là arriverait terme de la douleur possible à l'homme?

Pascal voyait toujours un abîme à côté de lui. Le Tasse entendait des voix qui lui traduisaient ses propres pensées dans un cabanon de l'hôpital Saint- Anne. Voici ce que ce grand homme écrit sur sa maladie, à son ami Cataneo : « Quand je suis éveillé, il me semble apercevoir des feux scintillants dans l'air,

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quelquefois mes yeux sont si enflammés, que je crains de perdre la vue, et que j'en vois sortir des étincelles. D'autres fois, j'entends des bruits épouvantables, des sifflements, des tintements, des sons de cloche, des frémissements comme d'horloges qui se détraquent ou frappent l'heure. En dormant, je m'imagine qu'un cheval se précipite sur moi et me renverse, ou que je suis couvert d'animaux immondes et repoussants. Toutes mes articulations sont douloureuses, ma tête s'appesantit; et au milieu de tant de douleurs et de cru in 1rs, tantôt m'apparaît l'image de la Vierge, belle et jeune, avec son fils entouré d'un cercle coloré de vapeurs; tantôt c'est un esprit follet qui me tourmente et me poursuit de mille manières. » Malheureux poète! que d'ennui! que de misères! Oh! qui voudrait de la gloire à ce prix? qui souhaiterait encore ce bandeau d'épines ceignant la tête de ceux qu'on nomme les rois de la pensée?

Nous nous bornons à noter les maladies spéciales au tempérament et à ne signaler rien que les principales; car il est un grand nombre d'affections classées parmi les indispositions qui attaquent journellement ceux dont l'intelligence est sans repos. Telles sont la migraine, les douleurs et les pesanteurs de tête, les hémorrhoïdes, les spasmes, les tremblements, et une foule d'affections nerveuses dont la multiplicité, la variété, la protéiformité, font de la vie entière, une sorte de maladie perpétuelle qui n'a que la mort

pour crise et pour fin. Sans être malade, on ressent que certaines parties sont habituellement impressionnables et douloureuses. A celui-ci la poitrine, à cet autre les reins, etc. « L'empereur Napoléon qui avait la tête fort délicate, n'aimait point les chapeaux neufs, et gardait longtemps les mêmes, qu'on faisait ouater » dit Constant, dans ses mémoires.

Indépendamment de ces affection et de ces susceptibilités morbides générales, il en est encore de particulières à telle ou telle classe de savants ou d'artistes. Les orateurs, les musiciens, les acteurs, les anatomistes, les chimistes, les médecins, etc., sont exposés à des maladies relatives à leurs occupations et aux organes qui fatiguent davantage dans l'exercice de leur profession. Toutefois le plus grand nombre de ces affections peut se rapporter aux principes généraux exposés dans cet ouvrage. Au reste, beaucoup d'hommes illustres éviteraient ces maux par leur sobriété habituelle, et même par leur constitution, s'ils savaient s'arrêter à temps, ménager leurs forces; s'ils étaient bien convaincus que les muses ne sont pas toujours des sirènes homicides, n'accordant leurs faveurs qu'à celui qui sacrifie pour elles la vie et la santé. Mais loin de là, il est peu d'entre eux qui savent mettre des bornes à leurs travaux, à leurs entreprises, à leur ambition de célébrité. Tout épuisés, haletants qu'ils sont dans la carrière, ils continuent leurs efforts et leurs travaux. La

KÉVEILLÉ-PAIUsE, Physiol. G

faiblesse, le malaise, la souffrance ne sont rien, pourvu qu'on dise le voilà (1) !

Juste Lipse, comme tant d'autres, travailla jusqu'à l'entier épuisement de ses forces. On dit que se sentant frappé de la maladie qui l'enleva, il s'écria : Ad leclum, ad lethum. Cabanis, dans son journal de la maladie et de la mort de Mirabeau, nous apprend le mépris que cet homme célèbre faisait de la douleur physique, prétendant la secouer comme les peines morales. A l'ouverture des états généraux, il avait la jaunisse. Il ne fit rien pour la guérir; il traita plusieurs questions importantes, pendant de véritables accès de fièvre. Enfin, il se négligea complètement ; car, selon la remarque de son médecin, « cet homme impétueux se sentait immortel par trop de points,

(1) La crainte de l'enfer n'a pu même en arrêter plusieurs. On dit que le savant Hermolas Barbaro, mort de la peste à Rome en 1493, fut privé de l'honneur de la sépulture. Son crime était d'avoir évoqué le démon pour qu'il lui expliquât le vrai sens du mot entélêchie. Qu'on songe aux idées de l'époque ou vécut Barbaro, et l'on ne trouvera rien d'invraisemblable dans cette anecdote.

Bayle écrivait à M. Constant : « Je suis bien aise que vos migraines vous aient quitté; les miennes m'auraient fait le même plaisir si j'avais pu vivre sans étudier ; mais le travail opiniâtre les entretient et les fait revenir très souvent. Je perds là plusieurs jours de chaque mois, ce qui m'oblige ensuite à travailler davantage pour regagner le temps perdu. » Et puis qu'on s'étonne si la vie de cet homme célèbre n'a été qu'une suite de souffrances, et s'il est mort peu avancé en âge, malgré la consultation que lui envoya Fagon premier médecin de Louis XIV ! (Note de R. P.)

pour se croire sujet aux lois communes des infirmités et de la mort. » On sait qu'il mourut jeune, et que ses excès dans tous les genres furent le véritable poison qui le tua.

Il faut encore faire observer que plus les maladies sont fréquentes dans la constitution nerveuse, et plus cette constitution augmente d'intensité. C'est-à-dire que les forces sensitives acquièrent en activité ce que perdent les forces motrices. Il est certain, à moins qu'on ne soit jeune et plein de vigueur, il est certain, qu'après une maladie grave et longue, la sensibilité devient plus vive, le corps plus impressionnable, car la force de résistance vitale a baissé. C'est ce qui arrive aux individus même lesplus fortementconstitués. En général, il est reconnu que les maladies laissent presque toujours après elles; une prédominance remarquable du système sensitif sur les forces motrices, et qu'elles l'augmentent de beaucoup quand elle existe déjà.

Personne assurément ne reçut de la nature un corps plus vigoureux que Mirabeau, dont nous parlions tout à l'heure; eh bien! par l'effet des maladies, ses forces musculaires s'étaient pour ainsi dire anéanties. L'homme le plus robuste était devenu susceptible d'être remué par les plus faibles impressions. Ses muscles restaient toujours ceux d'un Hercule pour le volume ; ses nerfs étaient presque ceux d'une femme délicate et vaporeuse. Parvenu à ce point

Si DE LA MARCHE DES MALADIES.

d'irritabilité et de faiblesse, tout à la fois, il est aisé de présumer ce que deviennent la santé, l'existence et le contentement dans la vie. Un éréthisme nerveux et une prostration de lorces se succèdent et s'alterncnl presque sans cesse, aucune fonction ne s'exécute régulièrement, quoiquesans trouble notable; souvent même une espèce d'ardeur intérieure, de fébricule, excite, détruit et mine l'économie. On fait effort pour ranimer la puissance vitale, mais le progrès d'épuisement est tel, les organes sont si fatigués, la trame de la vie si usée, que l'existence devient un travail de chaque jour, de chaque instant. Et pourtant, il faut veiller armé, redoubler de précautions, sans quoi une vieillesse prématurée, ou d'affreuses maladies éclipseront cet éclat de la gloire qui n'est jamais qu'une infidèle consolation dans les atteintes de la douleur.

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