‹ Hygiène de l'espritChapitre 32 sur 58 · LES SAISONS ET LES CLIMATS · texte numérisé non relu

LES SAISONS ET LES CLIMATS

conditions indispensables de la santé (1). Si les circonstances le permettent, que le médecin se hâte de conseiller le séjour à la campagne, aux personnes faibles et d'une vive sensibilité, dont l'exaltation immodérée, les jouissances, les travaux, les passions, les maladies ont usé, dévoré la vie. Elles y trouveront deux biens inappréciables, la paix et la santé. Car, retremper le corps et rasséréner l'âme, voilà le double but qu'on en obtient presque toujours. La pureté de l'air, l'aspect de la verdure, et aussi ce cbarme mystérieux de la campagne, auquel nul homme, quelque besoin qu'il se soit fait de la vie active des cités, ne se soustrait jamais entièrement, prédisposent déjà au bienêtre. Le repos de la nature a je ne sais quoi qui se communique à l'esprit; dès lors se calme cette irritation habituelle, cette impatience maladive, propres à ceux qui exercent fortement l'intelligence. Un certain apaisement des troubles du cœur se manifeste; la sensibilité y est moins excitée, moins provoquée; si les passions grondent encore, elles y perdent certainement de leur ardeur, de leur âpreté; il semble qu'on y parle de ses ennemis avec moins de ressentiment, de la chose publique avec plus de sangfroid, de la fortune avec plus d'indifférence. On ne voit plus que dans le lointain ces formes menteuses,

(1) Voyez Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée, 6eé<lidition, 1879. — Jules Rochard, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article Climats.

ces anomalies sociales, véritable tourment journalier

pour certains esprits. L'économie participe bientôt à cet état de bien-être, ou plutôt la santé s'améliorant, il en naît plus de satisfaction morale. Les organes gagnent de la force, du mouvement, de la plénitude d'action; les nerfs se détendent pour ainsi dire, le cerveau s'épanouit, le sang se rafraîchit, la transpiration est plus égale et plus active ; le corps devient agile, vigoureux; on le sent imprégné de chaleur et de lumière, pénétré de cette puissance électrique dont les irradiations actives transforment et vivifient les éléments. La santé a passé dans le sang avec l'air où l'on est plongé et dont on se sature. Enfin, le temps semble moins rapide, la vie plus permanente ; on vit plus, on vit mieux, on vit, pour ainsi dire, de sa propre vie, car le principe en est rallumé et doucement activé. Que si on n'a pas observé ces étonnants effets, quel médecin balancerait à dire de la campagne, ce que Sydenham pensait de l'équitation, que si un médecin pouvait faire un secret de ce moyen de Auérison, sa célébrité et sa fortune seraient bientôt immenses. Un habile docteur à qui l'on demandait le meilleur moyen de se bien porter, répondit : C'est de se tenir en plein air aussi longtemps qu'on le peut sans fatigue.

Le séjour à la campagne. — Pour retirer du séjour à la campagne tout le bien qu'on en attend, plusieurs précautions sont indispensables. La pre-

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