LE SÉJOUR A LA CAMPAGNE
mière est de bien choisir le lieu d'habitation, c'est-àdire, que l'air y soit pur, car son altération le rend de moins en moins propre à la sanguification, et ce pabulum vitœ devient alors un aliment de mauvaise nature, aliment dont on se nourrit cependant à chaque instant, à chaque seconde. Il faut encore que l'habitation soit exposée à l'influence solaire. Rien de mieux pour la santé que cette influence, car, selon le proverbe italien, « où le soleil n'entre pas le médecin entre. » Faut-il admettre que les rayons solaires modifient les qualités de l'air, en rendant l'oxigène plus assimilable à notre organisme, ou bien encore que la lumière agit fortement et imprègne l'économie de principes vivifiants? Peu importe ; l'essentiel est que l'air soit pur, le reste donné au luxe est indifférent. Petit jardin, simple chaumière, selon le vœu d'Horace, sont infiniment préférables à un château dans un pays humide et insalubre. L'humidité surtout, soit chaude, soit froide selon le climat, est la pire chose qu'il y ait, la plus incompatible avec la santé, surtout quand la constitution est délicate. Le malheur est qu'on ne voit plus ces appartements élevés dans lesquels nos pères respiraient à pleins poumons. L'air et la lumière ne se distribuent plus qu'au mètre et au centimètre. Dans ces nouvelles maisons tout est sacrifié à la spéculation, à un confort intérieur, mesquin et petit, qui arrange et divise la vie par compartiments,
comme si on habitait un nécessaire de voyage.
La seconde précaution, est d'exercer modérément le corps et d'abandonner tout travail de tête. A quoi bon aller aux champs, si l'on emporte avec soi, les livres et les soucis, si l'ambition, si les tracas de la vie sociale, vous poursuivent sans cesse, si l'on ne veut pas vivre pour vivre, pour savourer la volupté du repos.
La troisième enfin est de prolonger son séjour à la campagne le plus possible. La complète aération du sang, le besoin de mettre en rapport la température atmosphériqne et la température organique, n'ont de résultat salutaire qu'à la longue. La nécessité exige-t-elle le retour à la ville? Eh bien, reprenez les travaux de l'esprit, mais modérément en les interrompant par ceux de la campagne. La vie rurale et littéraire tout à la fois est peut-être ce qu'il y a de mieux pour l'homme. Voilà le seul moyeu d'être raisonnablement heureux, puisque c'est là tout ce que la sagesse nous permet d'atteindre ici-bas.
Toutefois, lorsque l'hiver se fait sentir, il faut regagner la ville, à moins qu'on ne soit déterminé à habiter les champs. Dans ce dernier cas, on doit éviter le froid avec beaucoup de soin. Toutes les qualités extrêmes sont nuisibles aux personnes délicates et nerveuses, mais le froid par dessus tout. Ce fut à la suite d'un froid rigourenx que Beethoven perdit l'ouïe. Le froid est l'ennemi des nerfs, vérité