JEUNE AGE ET VIEILLESSE
a de jeunes que ceux qui se portent bien. On doit se persuader que tout homme jeune encore, plein d'ardeur et de feu, sensible, exallable, enthousiaste, mais délicat, faible de corps, est voué d'avance à la maladie ou même à une mort prématurée. Il lui faudrait une dose de prudence souvent incompatible avec son âge et son imagination. Quand on possède le double orgueil de la jeunesse et de la santé, un médecin porteur de tristesse et d'ennui est un être dont on comprend à peine l'utilité sociale. Mon corps est sain, mon ame active, dit le jeune poète, que me veulent donc Hippocrate et sa noire séquelle? Puis il se livre à des travaux continuels, quelquefois aussi à des plaisirs immodérés, sa généreuse ardeur ne connaît pas de bornes; il travaille, il veille, il s'épuise, il languit, il meurt souvent sans rien produire, ou bien en ne faisant jaillir qu'une faible partie de ce que son génie recelait.
Lucain, mort à vingt-sept ans, Perse à vingt-huit ans; dans les temps modernes, Pascal, Pergolèse, Mozart, Gilbert, Malfilàtre, Michalon, Byron, Géricault, Hérold, Bichat, etc., sont les noms qui tombent au hasard sous notre plume ; mais combien pourrait s'étendre cette liste funèbre! Quelquefois la vie ne s'éteint pas d'abord, mais elle se soutient cà peine à travers mille maux. Mendelsolm se livra à l'étude dans sa jeunesse avec tant d'ardeur, qu'à l'âge de dix ans, il fut atteint d'une maladie nerveuse dont il se
ressentit toute sa vie. Il éprouvait dans l'Age mûr un tel état de faiblesse, que la moindre tension d'esprit le faisait évanouir. Combien de tableaux Guérin n'aurait-il pas exécutés, si sa santé eût été plus ferme, plus assurée dès sa jeunesse! Aussi disait-il que dans son Offrande à Esculape, ii avait fait des vœux pour lui-même. Un jeune homme avait juré à l'auteur de ses jours, et sur les restes de sa mère, qu'il serait reçu à l'École polytechnique : il tint parole, mais la forte tension cérébrale à laquelle il se livra pour atteindre son but détermina un complet idiotisme, auquel il succomba en très peu d'années.
Jeune enthousiaste, ce que veut le médecin, c'est d'empêcher que chez vous, le génie ne se flétrisse dans son germe; c'est de faire en sorte qu'une partie de vos rêves puisse se réaliser. Il vous répète avec la Sagesse : Vous voulez vous faire un nom, éclairer, défendre, glorifier votre siècle et votre pays, savez* vous ce qu'il en coûte pour y parvenir? La gloire, la vraie gloire (car de la réputation, en a qui veut) est un bien rude fardeau. Consultez vos forces avant de les employer; mesurez la carrière, la distance et le but, avant de vous lancer pour l'atteindre. Fortifiez donc l'esprit, gardez-vous d'user le corps. Vous possédez ce trésor qu'on nomme la santé, sachez l'apprécier et le conserver ; sans elle on produit peu et on achève rarement. Dans quelque position que vous vous trouviez, il y a toujours une direction hygiénique