JEUNE ACE ET VIEILLESSE
plus ou moins bonne à observer, cherchez-la sans relâche. Si vous aimez la gloire, méfiez-vous de la volupté, car il n'y a rien qui lui soit plus contraire. Opposer l'énergie de la raison au feu de l'âge et de la constitution physique est une preuve de bon sens et de force qui suppose déjà en vous, une sagesse dont vos ouvrages seront ensuite l'expression. 11 sied bien à l'homme d'être toujours prêt à couper une corde à la lyre de Timothée, mais bien plus encore à la jeunesse, sous peine de voir s'éclipser les illusions d'un bel avenir.
11 est surtout deux points essentiels que les jeunes gens prédestinés à la célébrité ne doivent pas perdre de vue.
Le premier est de ne pas abuser des veilles : si cet abus a lieu, le cerveau, et par suite le corps, contractent alors une telle habitude d'irritabilité, qu'il faut renoncer dans la suite de l'âge à un sommeil ealme, c'est-à-dire à ce qui rétablit le mieux les forces. Le moindre bruit, une idée importune, un certain degré de contrariété, une sensation tant soit peu vive, et voilà le sommeil troublé, on ne peut se rendormir. Que faire alors? penser, méditer, se creuser de nouveau l'imagination; puis le mal augmente, car la veille produit la veille, selon l'ancien axiome de médecine. Que d'hommes dont l'intelligence a été très active, se plaignent de cette fatale disposition à l'insomnie! Mais leurs maux ne sont
connus que d'eux et des médecins, dont souvent lart se consume dans l'impuissance.
Le second point est de surveiller attentivement l'estomac, organe par lequel commencent souvent le dépérissement et la vieillesse. Si cette règle est essentielle en tout temps, combien elle acquiert d'importance dans la jeunesse ! Il faut que tout homme livré de bonne heure aux travaux de la pensée, sans s'astreindre à un régime minutieux, sans s'écouter digérer, sache étudier son estomac. Ce singulier viscère est d'ailleurs le plus soumis aux influences morales; une idée le révolte, et souvent le révolte toute la vie. Il hait, il repousse, il réagit avec violence. Ses bizarreries, ses caprices doivent être connus; la santé en dépend, car l'estomac met toujours le reste du corps de son parti (1). C'est surtout quand les années s'accumulent qu'on ressent les bienfaits de
(1) 11 s'observe en cela d'étonnantes variétés individuelles. Écoutons Byron : « Je puis boire, dit-il dans ses Mémoires, et porte assez bien le vin; mais il ne m'égaye pas, il nie rend féroce, soupçonneux et même querelleur. Le laudanum a un effet semblable, et je ne puis en prendre beaucoup sans m'en ressentir. Ce qui me remonte le plus, cela a l'air absurde, mais est vrai, c'est une dose de sels (purgatifs) l'après-midi, bien entendu, et lorsque la médecine a fait son effet. Malheureusement, on ne peut prendre de cela comme du Champagne. »
11 est évidenl qu'il y avait dans ce ras,, un effet révulsif sur le canal intestinal, qui dégageait le cerveau du poète et lui rendait toute son activité.
[Note de R -P.)
LE JEUNE AGE ET LA VIEILLESSE. oil
cette prévoyante attention. En toutes choses, la moisson répond aux soins de la culture.
Il y a de belles vieillesses parmi les hommes célèbres, mais on les cite à cause de leur rareté. La vie s'use par son action même; que doit-il arriver quand cette action est poussée aux dernières limites de la possibilité? Aussi que d'hommes d'État, d'orateurs, de savants, de poètes, tombent dans une vieillesse prématurée, surtout s'ils négligent pendant leur jeunesse certains principes vulgaires de tempérance ! D'anciens orateurs ou philosophes ont fourni une carrière séculaire et presque sans infirmités; Gorgias, âgé de cent huit ans, le maître d'Isocrate, nous en révèle la cause. « Je n'ai rien fait, disait-il, dont je puisse raisonnablement me plaindre, ma jeunesse ne m'accuse point, et je ne saurais accuser ma vieillesse. » Nicolas Leonicenus faisait à Ferrare des leçons de physique, quoique âgé de quatre-vingt-seize ans. Quelqu'un s'en étonnait et demandait son secret pour vivre presque sans vieillir. c Mon secret est bien simple, » répondit ce savant, j'ai remis une adolescence chaste et pure à mon âge viril. » Un des collègues deDaubenton, lui avait offert lorsqu'il fut nommé sénateur, de le soulager dans son enseignement. « Mon ami, lui répondit-il, je ne puis être mieux remplacé que par vous; lorsque Vâge me forcera à renoncer à mes fonctions, soyez certain que je vous en chargerai. » Ilavait alors quatre-^ mgl-
RÉVEILLÉ-PARISE, Physiol. il