‹ Hygiène de l'espritChapitre 41 sur 58 · H\OIÈNE · texte numérisé non relu

H\OIÈNE

trois ans. Mais aussi combien sa vie fut pure de tout excès.

Cependant que faut-il conseiller aux vieillards qui, ayant parcouru la courbe de la vie, sans la raisonner ni la calculer, arrivent presque au terme, épuisés, languissants, obligés de boire jusqu'à la lie le peu qui reste de l'existence? On sait ce qu'en dit Montaigne ; la médecine est plus compatissante, ses conseils sont pourtant sévères. Elle avertit de s'observer alors continuellement, de soutenir avec art l'organisation qui s'affaiblit de tout point, afin d'entretenir l'excitation vitale dans ce juste degré qu'il faut pour vivre et non pour jouir. Vous êtes arrivé au port, tenezvous-y; on n'affronte pas les orages de la vie quand on a la main débile, le corps défaillant. Un homme prudent, qui maintenait sa santé par des précautions bien entendues, disait sagement : « Je compte maintenant avec moi, autrefois je comptais sur moi. » Néanmoins il est vrai de dire que, dans certains penseurs se remarque une force de vie intellectuelle qui les soutient longtemps (1). Pourtant qu'ils ne s'y fient pas trop, car la mort les guette. Combien en succombe-l-il tout à coup, au milieu de leur triomphe et de leur coquetterie de vieillard bien portant. Les

(1) Le sculpteur Puget, âge de soixante ans, écrivait à Louvois : ■•' Je suis nourri aux grands ouvrages, je nage quand j'y travaille, <■( le marbre tremble devant moi pour grosse que soil la pièce. {Lettre du 20 octobre 1683.)

Page 1