LE JEUNE AGE ET LA VIEILLESSE
moyens d'étayer cette demi-existence se rattachent à certains préceptes fondés sur l'expérience. Le premier de ces préceptes est l'éloignement de toute affaire grave, de tout souci, de toute ambition; il convient, en un mot, de mettre un clou à sa roue. Le loisir n'est-il pas fait pour la vieillesse? n'est-ce pas une préparation à l'éternel repos? Viennent ensuite la plus exacte sobriété, la régularité de la vie, des exercices légers et journaliers, le soin d'exciter doucement l'organisme, de manière à entretenir les forces sans les épuiser. C'est bien ici le cas de ne sentir qu'avec sa raison. Veut-on enfin une règle plus générale encore? il faut diminuer l'intensité de la vie lorsqu'on veut en prolonger la durée. Quant aux applications particulières, que chacun les fasse d'après ce qu'il est, selon sa position, sa fortune et ses goûts.
11 est, par exemple, des vieillards qui fuient la campagne ;la turbulente mollesse des villes les soutient et les ranime; ils se plaisent dans ce milieu. D'autres, fidèles à la nature, veulent la contempler, en jouir encore au déclin de leur vie. Tantôt ils se tiennent coi aux rayons du soleil pour y réchauffer leur sang; tantôt, cultivateurs zélés, ils plantent, ils sèment ; puis la mort s' approchant, les trouve oublieux d'elle et bêchant leur jardin.
11 y a beaucoup de variétés dans les habitudes que contractent les hommes. Il est souvent d'une sage
:)iM HYGIÈNE.
raison de respecter ces habitudes, car l'économie y est faite; l'harmonie d lions, voilà la loi su-
prême. Que si pourtant ces habitudes sont évidemment nuisibles, il faut les combattre, mais avec ménagement et par une méthode dont il sera question plus bas; toutefois les difficultés sont extrêmes. Nous avons connu un artiste qui n'avait d'inspiration que lorsqu'il avait largement dîné. Le raptusde sang qui se faisait alors au cerveau, allumait sa verve, mais à chaque instant ii était menacé d'apoplexie. On ne put jamais obtenir de madame de Staël, dans sa dernière maladie, qu'elle renonçât à l'opium, qui reprisait enla soulagent momentanément. Je succomberai, disait-elle, mais qu'y faire? mon père m'attend à l'autre bord. »
Les professions. — En raison de la différence des professions, les modifications hygiéniques varient également d'influence. Dans presque toutes, le cerveau est éminemment excité, surtout quand on exerce l'esprit sans modération ; mais il est des circonstances particulières à une profession donnée, et qui exigent des précautions pour ainsi dire spéciales. Le philosophe, l'homme d'État, le médecin, l'orateur, le musicien, le peintre, l'artiste dramatique, etc., sont dans le cas d'exception dont nous parlons. Mais il est aisé de voir la meilleure direction à suivre dans ces spécialités. Le point important consiste à faire concorder cette direction avec les devoirs