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LES PROFESSIONS

de la profession; or, il n'y a rien là d'impossible.

Quoiqu'on ne doive avoir qu'une confiance très limitée dans certaines statistiques, c'est le cas cependant d'exposer celle qui a été faite par le docteur Casper, de Berlin, relative à la longévité de certaines professions (1).

Sur cent individus pris dans chacune des classes suivantes, il a trouvé que le nombre de ceux qui ont atteint l'âge de soixante-dix ans a été de :

Théologiens 43 Employés inférieurs 32

Agriculteurs 40 Avocats 29

Employés supérieurs.../ 35 Artistes 28

Marchands 35 Professeurs 27

Militaires 32 Médecins praticiens 24

Le petit nombre de ces derniers a de quoi surprendrej si l'on réfléchit, que, devant connaître les causes des maladies, ils sont plus à même de les éviter ou de les combattre. Mais d'un autre côté, on doit se rappeler qu'il n'y a peut-être pas de profession qui exige autant d'activité physique et morale que la médecine, qui laisse aussi peu de repos et de tranquillité. Lesmédecinssontsans cesse exposés à desfatigues

(1) Casper, De la durée vitale probable chez les individus qui lu profession de médecin (Ann. d'Hyg. 1834, tome. XI, p. 375J et Sur In durée probable de la rie de l'homme (Ann. d'Hyg. Pari tome XIX, p. 231). — Voyez aussi: Huféland, L'art de

prolonger lu vie ou la macrobiotique, nouvelle édition parle DM. Pellagot, Paris, 1874, p. 176,

continuelles, à l'intempérie des saisons, aux veilles,

à l'irrégularité du repos, à l'action des miasmes de toute espèce, à une responsabilité morale insupportable, en un mot, à des influences toujours dangereuses, et qui tendent à saper les forces de la vie. C'est avec raison que la devise suivante leur fut appliquée, aliis inserviendo ctmsumuntur; aliis medendo moriuntur. Toutefois il est des médecins qui conservent leur santé avec un art infini. Fontenelle dit de Fagon « sa santé ou plutôt sa vie ne se soutenait que par mie extrême sobriété, par un régime presque superstitieux, et il pouvait donner pour preuve de son habileté qu'il vivait. »

Les climats. — En ce qui concerne le climat, ce puissant modificateur de l'économie, personne n'ignore qu'il doit être la base de l'hygiène individuelle. S'il y a un Parnasse du Nord et un Parnasse du Midi qui ne donnent pas les mêmes inspirations, il y a certainement aussi une médecine du Nord et une du Midi dont les préceptes diffèrent. Plutarque défend l'usage de la viande aux savants; c'est bien, dans l'heureux climat qu'il habitait ; mais cette règle serait dangereuse dans les pays du Nord. En général, les climats glacés ne sont pas favorables aux êtres doués d'une vive sensibilité; la première félicité de ces régions est de n'y pas souffrir. Le froid est l'ennemi des nerfs, cette vérité est hors de toute contestation. Au contraire.

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dans les climats chauds, le système nerveux acquiert une activité, une prépondérance qui influent sur tout ce qui tient à la vie; car remarquez que vie et chaleur sont à peu près synonymes. Ainsi, l'imagination a rarement un vol élevé dans les régions hyperboréennes, le réfléchir et le prouver sont trop en opposition avec le sentir et le jouir. Les idées rêveuses, mélancoliques, extatiques y sont même assujetties à une certaine méthode. La force physique, oui, la force physique, quoi qu'en ait dit Montesquieu, l'énergie morale, l'imagination comme vigueur de premier élan, la profondeurdes méditations, la facilité des impressions, les langues harmonieuses, poétiques, sont les produits des régions méridionales. C'est là que l'homme est dans toute sa force et sa grandeur. Alfieri a donc raison, quand il dit parlant de l'Italie : La planta itomo nasce plu robusta che altrove. Il y a, en effet, dans les climats du Midi, une exubérance de vie toute particulière; c'est laque l'homme touche aux extrêmes de la douleur et de la volupté. Les effets contraires ne sont produits que par les institutions politiques. Quoi de plus connu, qu'un gouvernement altère ou rectifie les effets naturels du climat?

Un préjugé assez répandu, c'est qu'il y a plus de longévités ou de centenaires dans le Nord que dans le Midi. Qu'on dise plutôt qu'ils y sont plus remarqués.

En aucun lieu, il n'yaplus de vieillards vigoureux qu'en Espagne, en Italie, et parmi les Morlaques de la Dalmatie. Ne sont-ce pas les philosophes, les orateurs de l'antiquité, tous habitants des pays méridionaux, qui ont fourni les plus longues carrières? On comprend aisément qu'il doit en être ainsi, au moins pour les hommes adonnés aux sciences et aux arts. Les corps usés par le travail intellectuel ne supportent que bien difficilement les rigueurs du froid, les brusques changements de température; demandezle aux médecins qui exercenl leur profession dans le Nord. Les moyens artificiels inventés pour combattre les redoutables attaques des éléments, ne réussissent que bien imparfaitement. Il y a des hommes qui supportent plus facilement que d'autres les intempéries d'un climat quelconque. Mais, en général, si vous êtes délicat, nerveux, susceptible, et si vous voulez en même temps cultiver les sciences et les beaux-arts avec le moins de douleur possible, fuyez les pays aux longs hivers; allez vivre sous le ciel fortuné du midi de la France, de l'Italie, de l'Espagne ou de la Grèce (i). — Mais je ne puis, la néces-

(1) Ces considérations sur les climats, sur les saisons de chaque climat et sur les effets qu'ils produisent en santé comme en maladie, ont pris de l'ampleur depuis quelques année-. C'est au point que l'influence des climats a été étudiée de manière à pouvoir prendre une place, et une place sérieuse, dans le groupe, des agents thérapeutiques les mieux éprouvés. Bien des livres ont été écrits, après de inùres expériences sur cet attrayant sujet. L'homme qui

site me lient enchaîné sous un climat rigoureux. — En ce cas, travaillez, cherchez, ne négligez rien pour combattre le froid, l'humidité, le brouillard, les vents glacés, les variations de température; imitez, s'il le faut, Varillas, qui avait six couvertures la nuit, pendant l'été et en ajoutait deux l'hiver, Ménage et le fameux Arnaud, qui en avaient aussi huit, non seulement chaudes, mais pesantes. Ou bien faites comme Muffon devenu vieux, qui, pendant six mois de l'hiver, faisait chauffer son appartement à 18 ou 20 degrés et n'en sortait plus sous aucun prétexte. Aussi vécutil quatre-vingt-quatre ans, avec une affection calculeuse qui lui mit cinquante-sept pierres dans la vessie. — Mais Buffon, direz-vous, était riche, et la fortune ne m'a jamais souri. — Eh bien ! attendezvous à de continuelles souffrances, c'est le sort de quiconque est possédé de la folie du génie, et sur ce point, la nature est peut-être plus cruelle encore que la société.

Les m i son x. — La série annuelle des saisons, im-

voudra s'instruire sur cetl ' s de la science y trouvera le détail,

les appréciations et même les rectifications, qui no pouvaient être présentées lans ian ière, Fondements et

organisation de la climatologie médicale, Paris, 1869, in-8. — .1. Rochard, article Climats, Dictionnaire de médecine ri de chirurgie pratiques, Paris, 1 :, in-18. -- Lombard, Traité de climatologie médicale, Pari , , i vol. in-8 avec Allas de la distribution g ïogr iphiqu de m <•■

(Note d'Ed. C).

prime aussi des modifications diverses à l'économie, et ces mutations sidérales sont dangereuses ou favorables, toujours selon la disposition même de l'organisme. Il y a lel individu qui supporte mieux l'hiver que l'été, et réciproquement; il faut toujours en appeler à sa propre expérience, et se diriger en conséquence. La saison et l'influence qu'elle exerce sur l'individu, telles sont les deux données d'où il faut partir. Dans le centre de l'Europe, où les saisons se développent avec plus ou moins de régularité, on observe également des maladies pour ainsi dire propres à ces différents changements atmosphériques. Chaque saison apporte sa part de biens et de maux ; et si en parcourant le cercle de l'année, l'espèce humaine a reçu des bienfaits, croyez qu'elle a aussi payé son tribut de douleurs. Le printemps, l'été, l'automne, l'hiver, sont pour ainsi dire, quatre climats qu'on habite, pendant le court espace de trois cent soixante-cinq jours. De ces quatre saisons néanmoins, c'est dans le printemps que l'économie éprouve les plus violentes secousses.

On a bien raison de dire que chaque manière de voir tient aux circonstances, aux intérêts, à la profession, et peut-être plus encore à l'intelligence individuelle. Écoutez le poète aux approches du printemps : L'air est doux, le ciel pur, tout esl vie, tout est jouissance et bonheur. Il y a, en effet, dans le printemps, une étonnante expansion vitale, il y a un

mouvement général des êtres, quelque chose de vivifiant, de créateur, je ne sais quel souffle, quel esprit de vie, igneus vigor, qui anime l'existence, et s'irradiant jusqu'à l'âme, échauffe le sentiment, élève et colore la pensée. Alors plein d'enthousiasme, le nourrisson des muses monte sa lyre, et il entonne des chants d'allégresse. Suivez maintenant le médecin, il n'a pas un moment à lui, car de graves maladies se développent pour l'ordinaire dans cette saison. Le choléra-morbus est arrivé à Paris en 1832, à la même époque que le printemps; jamais le ciel ne fut plus serein, l'air ne sembla plus pur, le soleil ne se montra plus brillant.

Le poète s'écrie : Doux printemps, jeunesse toujours nouvelle de l'inépuisable nature, tu fais tout renaître pour tout embellir. Le médecin gémit et dit : Printemps, saison d'agitation, de douleur et de calamités, tu fais tout renaître pour augmenter la somme de nos souffrances. Tous deux ont raison; il semble, en effet, que dans le printemps, les alternatives de mal-ètre ou de bien-être sont plus marquées que dans les autres temps de l'année, que le perpétuel combat du génie du mal contre celui du bien est plus actif que dans toute autre saison. Les constitutions faibles surtout sont rudement éprouvées pendant celte période, qui mérite bien plus que l'automne l'épithète de tentator valetudinum. Or, comme les èlres délicats, chétifs, composent la grande

majorité de l'espèce humaine, la mortalité doit, augmenter dans la saison donl il s'agit, et c'est ce que démontrent en effet les relevés les plus exacts; la Mort aime le printemps.

Quand l'aquilon furieux dessèche et flétrit les espérances de l'année, la consternation est, générale; chacun craint et prévoit des malheurs. Mais on ne s'aperçoit pas que le changement produit par le printemps a frappé aussi une foule de vieillards, et surtout d'enfants, ces tendres fleurs de la nature vivante. Jamais le croup, la rougeole, la variole, la scarlatine, la fièvre miliaire, et autres affections non moins meurtrières, ne sévissent avec autant de violence que pendant cette saison. Tout ami de l'humanité doit donc trembler à l'approche de cette saison, surtout s'il est père de famille. Un surcroît de calorique pénétrant tout à coup l'économie, l'activité delà circulation, les afflux violents du sang, sur certaines parties, l'excitation nerveuse plus forte, la transpiration plus abondante, le mouvement musculaire augmenté, expliquent les ébranlemenss qu'éprouve alors le corps humain. Mais de toutes les causes de maladies produites par le printemps, la plus énergique se trouve dans les variation? de la température. La douce influence du soleil se fait sentir, le zéphir, de ses chaudes haleines, a tempéré l'atmosphère; dans une belle journée du mois de mai, la nature semble revivre, tout chante l'amour : les deux et la

terre, les oiseaux et les fleurs; mais un orage éclate, tout aussitôt la température devient froide, hivernale; un vent piquant s'élève, les noirs frimas ont reparu. Une constitution boréale et une constitution austrîne se succèdent à très peu d'intervalle, ces mutations brusques ne sont pas chose rare à Paris, élans le printemps.

Charles-Quint demandait à un Espagnol, revenant du nouveau monde, combien de temps il fallait dans ce pays pour passer de l'hiver à l'été. « Sire, répondit-il, autant qu'il en faut pour passer de l'ombre au soleil. » Un tel phénomène peut s'observer dans notre climat, à l'époque du printemps. Aussi a-t-on comparé cette saison à l'hôte dangereux dont se méfia le satyre de la fable, parce qu'il soufflait le chaud et le froid.

On ne parle de l'automne que sous des rapports tristes et mélancoliques, parce que cette saison annonce la fin des beaux jours. Soyons plus justes; l'automne ne mérite pas ces reproches : c'est dans cette saison où l'on vit, pour ainsi dire, de la plénitude de l'existence. En général, il ne se produit ni excès de température ni bouleversements atmosphériques. Les éléments semblent en équilibre, l'homme n'a plus qu'à recueillir et à jouir. Le printemps, comme le tyran de l'année, montre les fleurs, promet les fruits, donne l'espérance ; mais ce ne sont souvent que promesses illusoires. Dans l'automne,

c'est le contraire, tout est réalité, possession des jouissances prévues.

A l'exception des pays marécageux, jamais la santé n'est plus stable que dans les beaux jours d'automne. A la fin de l'été, et au commencement de l'automne, le nombre des malades diminue prodigieusement. A cette époque de l'année, écrivait Gui Patin : Mgri ambulant etmedici jacent. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une foule de maladies, notamment les affections catarrhales, fléau de notre climat, disparaissent presque entièrement (1).

Posons donc comme un important précepte d'hygiène, que les hommes à sensations vives, dont le corps est délicat, la santé douteuse, doivent redoubler de précautions quand l'hiver a cessé ses rigueurs. Mais comme il laisse longtemps sa rude empreinte sur la saison qui lui succède, qu'il jette comme par dérision de la neige et de la glace sur les premières fleurs qui s'ouvrent aux rayons du soleil, il faut se tenir en garde contre les perfides douceurs du printemps. On sait que le soleil vif et âpre de mars dardant ses rayons, n'est pas sans danger, parce qu'il irrite plus qu'il n'échauffe : même « en avril, n'ôtez pas un fil; ï> vieux et excellent proverbe des villageois. Cette réuovation d'existence qu'on éprouve au printemps, séduit et trompe; l'accélération du mouve-

(1) Cm Patin, Lettres, édition Jtéveillé-Parise, Paris lijiti,

ment vital qui se manifeste en ce temps, rompt parfois et brusquementi'équilibre des forces. Attendez, quand le soleil aura tout à fait attiédi l'atmosphère, que la végétation sera en pleine vigueur, lorsque le sol sera non seulement libre de givre et de glace, mais que les gelées tardives ne seront plus à craindre, que le serein n'offrira plus de danger, que le vent du nord sera calmé, l'air dégagé de toute humidité froide, vous pourrez alors exposer votre santé au printemps, vous fier à ses attraits. Toutefois, pour dernier précepte, consultez la température et vos sensations, plutôt que la poésie et le calendrier (1).

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