‹ Hygiène de l'espritChapitre 7 sur 58 · LE TEMPÉRAMENT NERVEUX ; QUALITÉS ET INCONVÉNIENTS · texte numérisé non relu

LE TEMPÉRAMENT NERVEUX ; QUALITÉS ET INCONVÉNIENTS

Un grand roi qui était en même temps un héroïqne soldat, Henri IV éprouvait un effet semblable au début d'une action; une fois l'action engagée, le dérangement disparaissait. Le système nerveux tout entier exprime sous différentes formes le contrecoup de l'impression produite sur un organisme doué par le tempérament, d'une vivesusceptibilité, il participée ce retentissement que subit l'économie par des effets pathologiques très variés dont il sera question ultérieurement.

Les hommes livrés aux travaux de l'esprit ne gardent pas plus la mesure dans leur activité laborieuse, qu'ils ne restent dans la mesure de leur tempérament. Leur coutume n'est pas la modération ; la règle dans le travail delà pensée, ils la bravent sans souci de l'avenir, comme si leur organisme était doué d'une force de résistance inaltérable. En effet pour beaucoup, les jours ne suffisent pas, il faut que la nuit leur prête ses silences. Cependant le repos est indispensable à la réparation des pertes subies pendant le jour. Sans lui, sans cette intermittence bienfaisante dont est partagée notre vie, qui interdit l'impression de toute cause d'agitation et plonge l'homme dans le sommeil pour l'isoler davantage de tout ce qui l'environne, sans le respect de cette fonction, le fatal aboutissant consiste dans des troubles sans fin qui sont suivis de désordres plus graves.

Ces effets résultent, pour l'ordinaire, d'une aggravation de tempérament. Ceci réclame une cxplica-

tion. Certainement, le tempérament nerveux ne peut pas être considéré, dans sa nature la plus simple comme un tempérament pathologique. Tel qu'il est dans son activité normale, surtout quand il a pour soutien ce tempérament sanguin qui est l'élément essentiellement modérateur de ce mélange, il fonctionne dans l'ordre etdans laforce, c'est-à-dire dans la pleine santé. Mais si la sensibilité est provoquée sans cesse, sans obtenir le temps de repos nécessaire à une réparation qui lui est indispensable, le tempérament nerveux se transforme en un tempérament de surexcitation toujours en éveil, qui se manifeste par la souffrance et par le caractère, jusque dans les actes les plus simples de la vie. Le tempérament nerveux s'est aggravé, il a pris un développement qui a changé sa physionomie et qui l'a fait entrer dans une nouvelle phase, laquelle constitue en quelque sorte un tempérament nouveau. Le tempérament nerveux acquis. — Ainsi le tempérament nerveux peut se faire, peut s'acquérir, n'importe les âges, quand par l'excitation plus ou moins directe de la sensibilité, un état d'impressionnabilité, de surexcitation, s'établit ou s'aggrave, aux dépens de l'activité normale des différents organes de l'économie. Les exemples sont tellement nombreux qu'on n'a qu'à vouloir pour en trouver un qui corresponde de tout point à la thèse. L'un de nous a eu sous les yeux l'exemple d'un tempérament nerveux acquis sur une femme qui avait atteint un âge qui louchait à la vieil-

lesse. Elle était, dans son premier état, légèrement lymphatique, et ne manifestait pas dans les occasions l'impressionnabilité que met en lumière le tempérament nerveux. Sa sensibilité avait toujours été modérée, le caractère était ferme et se conservait toujours dans une égalité que rien ne paraissait devoir troubler, mais il arriva que cette force dut céder. Cette dame fut atteinte par un grand malheur, unmalheur irréparable. Sontempéramentchangeadèscemoment avec une rapidité surprenante, il devint à tel point impressionnable, excitable, qu'elle avait besoin des soins et des ménagements les plus assidus. Les viscères étaient surtout le siège de celte impressionnabililé poussée à un point extrême. Son estomac refusait ce qu'elle avait aimé le plus et qui ne lui avait jamais fait aucun mal. Elle avait la passion du café : toutes les fois qu'elle y cédait, cette liqueur prise en très faible solution et à petite dose, lui suscitait des tremblements qu'on avait beaucoup de peine à calmer et qui finalement l'obligèrent à renoncer à son usage; d'autres effets se joignaient à celui-là et exprimaient l'ensemble des signes qui caractérisent le tempérament nerveux porté à un degré élevé. Ce tempérament s'était formé, on peut le dire, en un clin d'œil et de tout point. Une catastrophe, hors de proportion avec l'état des forces, avait été la seule origine, la cause absolue de la crise à la suite de laquelle le tempérament nerveux s'était établi.

Influence des événements sociaux sur te développement du tempérament nerveux. — De telles transformations ne s'opèrent pas seulement sur des individus, sur les hommes qui épuisent leur vigueur dans le travail intellectuel, qui, voués à la science ou aux lettres, passent leur vie à s'efforcer d'atteindre cet idéal du savoir humain qu'ils ne parviennent jamais à conquérir; elles s'opèrent sur des populations entières. Il y a un fait qu'il serait difficile de ne pas admettre, tant il frappe tous les yeux, le tempérament des Français a changé, et le tempérament des Français qui hahitentles grandes villes et en première ligne une ville comme Paris.

Depuis que la politique a pris possession des esprits et que les préoccupations et les agitations qu'elle entraîne, ont pénétré jusqu'aux couches les plus profondes, les plus ténébreuses de la population, il s'est produit le fait que nous signalions tout à l'heure. La Presse a surtout servi à le développer, par la publication quotidienne de cette masse de journaux ou d'écrits auxquels peuvent atteindre les bourses les plus mal pourvues et dont la lecture fait l'aliment journalier de la foule des consommateurs. Ce ne sont pas les hommes seulement qui se livrent à ce genre d'occupation qui pour eux est un plaisir et que quelques-uns se plaisent à élever à la hauteur d'un devoir. Les femmes ne sont pas moins avides de ces lectures, surtout lorsque la saveur de la cri-

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tique politique est relevée par le haut goût du roman. L'effet qui en résulte, e'est l'entretien d'une sorte d'état fébrile qui rend l'organisme prêt à s'émouvoir aux moindres causes et développe ainsi ce tempérament d'excitabilité qui prépare à toutes les agitations de la place publique. Quant à la femme, elle se montre sous un jour qui met en vive lumière cette impressionnabilité que ses habitudes ne font qu'accroître et aggraver. Elle parle plus qu'elle n'a jamais parlé. Dans la plus grande partie de la population parisienne, celle qui est représentée par la moyenne et la basse bourgeoisie, la loquacité infatigable, s' exerçant sur tout et à propos de tout, devient vertigineuse pour les auditeurs condamnés à la subir. C'est un jet continu que l'expiration pulmonaire fait jaillir en bruits sonores et que rien ne peut arrêter. Si ce travers de provenance pathologique prend une plus grande extension, on peut prédire qu'on finira par ne plus s'entendre. Certainement un tel flux de paroles avec les intonations et les gestes qui l'accompagnent, donne une expression très marquée du tempérament nerveux, et du tempérament nerveux déjà parvenu à un grand développement. Beaucoup de femmes y sont disposées par nature et il faut peu de chose pour qu'elles arrivent à ce point là. Mais combien d'autres d'une organisation plus tempérée, d'une impressionnabilité soumise et bien gouvernée, ont contracté progressivement et en quelque sorte insen-

siblemcnt, ce fruitpathologique du milieu dans lequel

la vie se passe et surfout l'effet bien certain de l'état social que nous traversons! Combien présentent l'exemple d'un tempérament nerveux très accusé, 1res aggravé par l'acquisition des principaux traits qui le composent, et en particulier sous le rapport moral, par cette manifestation singulière propre aux temps d'orage politique où nous vivons : la surabondance et la volubilité de la parole!

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