PROPOSITION XII
La masse des alimens a éprouvé dans son ensemble l’influence de l’estomac et celle de son suc dissolvant, avant qu'aucune por-
en attendant , sont prématurées. La méthode et le point de vue doivent être changés pour devenir féconds ; l’opinion de M. Liébig , est aussi la nôtre : « L'économie animale ne peut pas être considérée comme un laboratoire de chimie, » — La force vitale domine toujours!...
FONCTION DIGESTIVE
tion du repas ne sorte de sa cavité ; une première couche plus ramollie se détache et s’achemine vers la région pylorique où la contraction musculaire plus énergique lui fait subir une dernière élaboration» Puis, la surveillance du pylore s’exerçant , la préparation est trouvée suffisante, et il passe un premier flot de chyme dans le duodénum; une seconde couche détachée suit la même route que la première, subit la même élaboration finale et la même inspection ; une troisième succède , et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement des alimens réunis dans l’estomac.
L’aliment est arrivé sous forme de pâte, par por» tions, de la bouche à l’estomac, doué d’une réaction alcaline; il sort de l’estomac pour passer dans le duodénum, par portions, sous forme d’une bouillie claire, doué d’une réaction acide prononcée. — La plupart des physiologistes voient , comme nous , dans le pylore un organe de surveillance posé entre l’estomac et le duodénum.
Dans l’état de santé la surveillance active et éclairée du pylore est mise en évidence par le séjour même que les alimens font dans l’estomac; aucune proportion n’en sort sans avoir été soumise à l’action simultanée
du viscère et, de son suc dissolvant. Ainsi le Ilot qui se présente au passage est-il incomplètement divisé, imprégné; le passage se ferme, et cette portion repoussée dans la région voisine est soumise à une nouvelle action , à une sorte de trituration ; certaines portions ainsi éloignées peuvent, à cause de leurs qualités indigestes ou bien à cause des refus persévérans du gardien , faire dans l’estomac un long séjour. Mais cette persistance a des bornes, et paraît limitée beaucoup plus encore par le degré d’imprégnation de la matière que par son état de division. Dans l’état de santé, aucune portion d’aliment attaquable par le suc gastrique ne sortira sans avoir été divisée ou dissoute, et pourtant le pylore livrera passage, sans une longue résistance, à des corps même volumineux, mais définitivement réfractaires. Un morceau de viande sera cent fois repoussé vers les agens de division et de trituration , tandis qu’un petit pois, un grain de raisin, une cerise préservés par leur enveloppe ligneuse, un fragment de truffe réfractaire, seront admis à la libre pratique, parce que de nouvelles actions seraient impuissantes. Il y a, sur ce point, plus de secrets que nous n’en pouvons éclaircir.
Nous y voyons que ce contrôle protecteur n’est pas illimité; cependant il convient d’observer tout ce qui tombe dans le domaine de l’observation. Ne comptez donc pas trop sur la surveillance du pylore, ne jetez pas pêle-mêle et à tout moment dans l’estomac des alimens grossiers, sous le prétexte que le pylore les
FONCTION D1GKSTI VF.
retiendra. Sa vigilance a des bornes; il doit se reposer d’abord, et si vous le tenez sans cesse en éveil , ou bien il s’irritera, ou bien il linira par ouvrir la porte à tout venant, sans contrôle, sans inspection; si vous donnez à l’estomac plus d’ouvrage qu’il n’en peut faire en une seule fois, vous verrez le gardien se ralentir encore de son activité: il laissera passer grossières, des matières essentiellement réparatrices. Ce sont là des faits graves dans la fonction , car cette barrière une fois franchie, tout ce qui n’est pas à l’état de bouillie claire, de division extrême ou de dissolution, risque de devenir matière de rebut et de passer par les dernières voies : c’est un vol fait à l’économie, la nutrition est privée des matériaux sur lesquels elle avait des droits; mais ce n’est pas encore la conséquence la plus fâcheuse : l’aliment qui, faute d’une première digestion suffisante, ne cède pas ses élémens réparateurs, est par cela même instrument de désordre, d’irritation. De même que la fatigue de l’estomac avait entraîné l’irritation et la perversion du sens explorateur dans le pylore, de même l’irritation des intestins amènera son action désordonnée.
Que de pareils faits se reproduisent plusieurs jours de suite; qu’ils deviennent habituels, et la digestion définitivement troublée sera pour des mois, pour des années peut-être, une occasion de souffrance, un instrument de misères corporelles et spirituelles.
Qu’on y prenne garde : les opérations matérielles, les plus infimes en apparence, se rattachent aux élans les plus sublimes de la pensée. La loi d’harmonie est
pour celui qui l’étudie une source inépuisable (le religieuse admiration; pour celui qui la comprend, un gage de bonheur, de force et de santé. Que ceux qui sentent tout le prix de ces biens, se pénètrent donc des lois de la fonction digestive et des conditions d’activité de chacun des rouages qu elle met en mouvement ; car, autant qu’aucune autre fonction, elle mérite d’être connue en elle-même et dans ses rapports.