‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · PROPOSITION XIII · texte numérisé non relu

PROPOSITION XIII

Chaque flot de chyme , à réaction acide , passé de l’estomac dans le duodénum y excite

la sécrétion de la bile et du suc pancréatique qui s’y mêlent, et lui donnent un dernier degré d’animalisation.

Nous avons vu les qualités alcalines de la salive se communiquer à la pâte alimentaire et concourir à l’excitation qui fait affluer le suc gastrique dans l’estomac. Les qualités franchement acides de lahouillie claire (du chyme) qui en sort ont la même influence sur la sécrétion de la bile et du suc pancréatique dont la réaction estalcaline. Chaque flotdechyme reçu dans la portion horizontale du duodénum est poussé dans la seconde et la troisième portion parles flots qui suivent ainsi que par les mouvemens de l’organequi se font en ondulation, sous l’influence combinée des libres

FONCTION DIGESTIVE

longitudinales et des fibres transversales; il n’y a point là de séjour prolongé comme dans l’estomac, aucune barrière ne s’oppose à la marche du chyme à travers l’intestin ; il y a simplement passage lent dans le duodénum et mélange de la bile auxalimens; ceuxci en reçoivent des modifications dans leur couleur etdansleur saveur. Mais l’action de la bile sur le chyme se borne-t-elle à ces deux faits, et n’a-t-elle reçu aucune mission active dans l’accomplissement de la digestion? — C’est l’opinion de quelques chimistes; à leurs yeux, la chyliji cation par la bile est une imagination; la bile ne coopère en rien à la formation du chyle et ne prend aucune part aux phénomènes digestifs: c’est un fluide excrémentitiel, comme le mucus général, la salive et le suc pancréatique; c’est une sorte de détritus, de caput mortuum que reçoit le canal digestif pour le porter au dehors avec les autres immondices. Telle n’est point notre idée sur la bile. Nous remarquons d’abord que l’opinion de ces chimistes n’est qu’une négation, et que pour ce motif elle n’offrepas de base àunedoctrine médicale; cetteconsidération nousdésintéresseen partie dansla question. Cependant nous ne pouvons, nous dispenser de leur représenter que d’autres chimistes non moins distingués professent une opinion diamétralement opposée; que leurs raisons excellentes, sans doute, sont combattues par des raisons non moins excellentes; quedes analyses chimiques sont opposées à leurs analyses chimiques; que, d’ailleurs, analyse pour analyse, la chimie organique, en ce qui touche les plié-

nomènes de la vie, n’a point encore acquis le droit d’intervenir. La physiologie seule pourra donc nous donner quelque lumière sur la nature et le degré d’influence exercée par la bile dans fa digestion. Cette science nousapprend d’abord que, pour ce qui louche la salive, les mucosités et le suc pancréatique traités, eux aussi, comme détritus, l’opinion des chimistes, vraie dans le fond, est encore exprimée d’une manière trop absolue. Dire d’un corps produit par l’organisme qu’il est immondice, c’est affirmer qu’il se sépare de l’organisme pour être rejeté, et rien de plus; que, par conséquent, ainsi que les urines contenues dans la vessie et l’acide carbonique éliminé par la respiration , il n’interviendra plus désormais dans les phénomènes de la vie. ÎNous disons d’abord qu’il y a exagération dans les mots au moins, à prétendre que les fluides muqueux sont des excrétions. J’aurai d’ailleurs l’occasion de montrer, dans mon traité de médecine pratique, toute l’importance de la mastication et de la production de la salive dans la convalescence des maladies aiguës de longue durée.

Mais revenons à la bile , à son influence sur la digestion. Le foie, qui la sécrète est volumineux, richement pourvu de vaisseaux, situé au voisinage des organes les plus importans dans la fonction digestive; il verse son produit au point même le plus élevé de l’opération dans l’organe où passent les matières de réparation, divisées, pidpées, vivifiées par le suc gastrique; il le verse au moment même où passent

F ON Cl IGM DIGESTIVE.

ces matières à une gr

ande distance des soies d’élimi-

nation.

Lorsqu’on réfléchit à ces différentes circonstances, on s'étonne à bon droit de l’opinion qui fait de la bile un excrément, comme l’urine, par exemple, comme les matières fécales 5 plusieurs motifs de nier, de douter au moins, se présentent aussitôt à l’esprit, ce fait surtout se passant dans une machine dont les rouages, les fonctions se coordonnent et se lient avec une harmonie merveilleuse. Comment ! la bile est simplement un excrément, une immondice, et son organe est situé loin de toute communication avec le dehors, et ses canaux de transport aboutissent au sein des organes chargés de la fonction réparatrice par excellence 5 elle vient souiller à son plus haut degré de revivification, l’élément réparateur, qui l’ap* pelle sympathiquement par sa présence! — Mais les reins et l’urine qu’ils séparent du sang sont au moins tout-à-fait en dehors de l’appareil; le gros intestin et les matières fécales sont à la fin ; tous les autres organes de pure élimination ont leur siège et leurs canaux immédiatement en communication avec le dehors. Un tel organe ainsi placé, avec des voies d’élimination et un fluide de cette nature est une exception étrange dans l’économie!

Et pour mettre le comble à ces anomalies, savezvous quelle est la position, la conformation de l’organe qui reçoit les deux excrémens réunis? Vous croyez peut-être que l’une et l’autre favorisent leur prompte élimination ? Tout au contraire, le duodé-

num est placé et conformé de manière à retenir en contact Je chyme avec la bile et le suc pancréatique, de manière à favoriser le mélange! — Comme les matières inassimilables, un petit pois, un grain de raisin échappés à l’estomac, restent inassimilables; comme il en est de même des matières les plus essentiellement réparatrices, faute d’une division, d’une vivification suffisante par l’action du suc gastrique, nous ajoutons qu’il n’y a de la part de la bile ni dilution, ni vivification. — Mais qu’y a-t-il encore, une transformation, une fabrication, une chyli fi cation? Cette hypothèse pèche aussi par excès , puisque le chyle se forme; est recueilli par les vaisseaux chylifères, dans les cas où il y a une obstruction des canaux qui apportent la bile à l’intestin, et chez les animaux lorsque par une ligature on intercepte le passage de la bile, entre le foie et l’intestin. — Qu’admettre enfin? Le voici : le mélange de la bile au chyme diminue légèrement son acidité, c’est un fait accessoire ; il lui communique un degré d’excitation appropriée, et achève son assimilation, son animalisation, au moment où le chyle va s’en trouver séparé, il en favorise le départ. S’il fallait faire intervenir des actions mécaniques pour appuyer cette opinion, ne pourrait-on pas dire que la précipitation du principe résinoïde par l’acide du suc gastrique, est précisément l’opération qui favorise le départ du chyle, par des voies analogues à celles qui hâtent la clarification des liquides? Mais ce ne sont point là les raisons sur lesquelles je base mon opinion ; mes rai-

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sons sont tirées de l’observation. Sur un grand nombre de malades que j’ai eu l’occasion d’observer, depuis plus de vingt ans que je m’occupe de médecine pratique, je n’en ai pas vu un seul atteint d’une perversion ou d’une suspension de sécrétion biliaire, qui ne présentât en même temps une lésion plus ou moins profonde de la digestion et de la nutrition. Il est bien entendu que je laisse de côté les cas d’inflammation du foie, les étals aigus de quelque durée.

Dans tous les cas de jaunisse, d’ictère où le mouvement fébrile est faible, nul même, l’appétit est diminué, détruit ou perverti : premier fait constant. La digestion est ralentie ou accélérée , le plus souvent ralentie; les matières décolorées ne marchent plus régulièrement à travers l’intestin; la défécation ne produit plus la même impression ; second fait constant. La nutrition languit, l’état de relâchement de la peau, du tissu cellulaire, des muscles prouve qu’elle est incomplète. Les savans qui inclinent à considérer la bile comme un excrément , répondent que son séjour dans le sang donne la raison de ces désordres, surtout en ce qui touche la nutrition.— Mais je n’admets pas cette opinion, et même j’y trouve un nouvel argument en faveur de la mienne : si la bile était simplement un excrément, son séjour dans l’économie produirait-il d’aussi faibles désordres ? Essayez donc de la suppression, delà résorption des autres excrémens de l’urine, du pus, par exemple. Je dis donc en me renfermant dans les conclusions qui se tirent rigoureusement des faits : labile active la chylifica-

lion opérée dans l’estomac , en même temps que la chymification ; elle donne à la matière réparatrice un dernier degré d’appropriation qu’elle ne possède jamais dans les cas de suppression de la sécrétion biliaire.

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