‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 15 sur 27 · PROPOSITION XIV · texte numérisé non relu

PROPOSITION XIV

Le mélange clu chyme à la bile est la dernière appropriation, le dernier degré d’animalisation qu’il recevra désormais; il contient, mêlés au résidu, les élémens réparateurs, solides et liquides, dans l’état où ils seront choisis et recueillis par les absorbans; ces absorbans, véritables racines de la vie, sont des vaisseaux ouverts à la surface du canal digestif, dont les bouches sont chargées de retenir et de séparer au passage l’élément réparateur, du résidu, et de le diriger vers les centres de la circulation.

Ils sont de deux ordres, les absorbans veineux et les chylifères; ils accomplissent deux fonctions différentes : les absorbans veineux recueillent les élémens liquides et les bouches des chylifères recueillent les élémens solides, divisés et vivifiés comme

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nous l avons vu. Les premiers se rencontrent dans toute l’étendue du canal digestif; les seconds ne commencent qu’à la troisième portion du duodénum, et finissent avec l’intestin grêle.

Depuis leur introduction, les alimens ont rencontré trois cavités, trois points de station, la bouche , X estomac et le duodénum, $ ils ont subi deux inspections, celle de X arrière-bouche et celle du pyloi'e; ils ont été mêlés à des fluides nombreux : la salive, 1 e mucus, le suc gastrique, la bile et le suc pancréatique. La route qu’ils ont parcourue à travers l’économie est cependant peu considérable encore ; de ce long canal qu’ils doivent visiter jusqu’au bout, ils ont à peine parcouru la vingt-cinquième ou la trentième partie. Mais ils ont éprouvé de nombreuses modifications, de nombreuses altérations; ils sont parvenus à l’état où la vie les attendait pour les dépouiller. Voyez aussi ces chylifères béans, ces absorbans par milliers s’y appliquer à l’envi, y puiser avec un merveilleux discernement tout ce qui soutient et répare les forces. L’organe où s’accomplit cette fonction est l’intestin grêle ; d’un diamètre de 3 centimètres environ, il prend en longueur pour lui seul , les quatre cinquièmes de la longueur totale du canal digestif. Là, chacune des deux classes d’ouvriers de la vie a sa fonction distincte; ne craignez point qu’un chylifère recueille et voiture les matériaux destinés au

vaisseau absorbant. Doutez-vous de ce partage entre les deux classes de vaisseaux? Introduisez dans les alimens des matières colorantes , des matières odorantes, des spiritueux abondans, vous les reconnaîtrez à leur couleur, à leur odeur, à leur saveur même dans le système veineux, dans le système des absorbans : ils y seront passés. En sera-t-il de même pour les vaisseaux qui voiturent le chyle? jamais. Le chyle aura toujours sa couleur propre , son odeur propre, sa saveur propre.

Le partage qui se fait entre les absorbans et les chylifères, des élémens de réparation liquides et solides nous oblige 'à revenir en arrière. Nous avons laissé les boissons dans l’estomac, comme elles y prennent la même voie que la plupart des alimens liquides, nous étudierons le passage dans la circulation de ces deux classes d’élémens réparateurs.

L’absorption des boissons proprement dites et des boissons alimentaires commence à l’estomac; il paraît même résulter des expériences physiologiques qu’elle est très active dans cet organe. M. Magendie et plusieurs autres expérimentateurs ont vu les boissons disparaître de l’estomac dont l’ouverture pylorique était interceptée par une ligature, et cela presque aussi rapidement que lorsque la communication avec l’intestin restait libre.

Ce premier but établit la participation au travail réparateur d’un ordre de vaisseaux différens des chylifères; car l’estomac en est dépourvu. Il restait de l’incertitude entre les vaisseaux lymphatiques géné-

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raux et les vaisseaux veineux. On se demandait lequel de ces deux ordres opérait l’absorption. Voici de nouveaux faits : des animaux ont été nourris avec des matières odorantes et avec des matières colorantes; la lymphe n’en a pas présenté de traces, et il a été facile d’en constater le passage dans les veines mésentériques : le sang de ces vaisseaux sentait le camphre et le musc chez des animaux auxquels on avait administré ces substances; et la sérosité était teinte en bleu lorsqu’ils avaient pris de l’indigo. Nous terminons par trois expériences qui appartiennent au plus célèbre de nos physiologistes, M. Magendie : 1° 125 grammes d’alcool sont donnés à un chien; au bout d’un quart d’heure son sang avait une odeur d’alcool prononcée, sa lymphe n’offrait rien de semblable; 2o200 grammes d’une dissolution de bleu de prusse (prussiale de potasse) sont donnés à un chien; au bout d’un quart d’heure ce sel est retrouvé dans les urines ; la lymphe n’en présente point de traces; 3° 125 grammes de décoction de rhubarbe sont administrés à un chien; au bout d’une demi- heure la lymphe n’en contient point et les urines en offrent des traces évidentes. Nous pouvons donc affirmer que depuis l’estomac jusqu’à la fin du gros intestin les absorbans veineux dépouillent l’aliment de ses parties liquides et solubles.

Ainsi désormais, liquides et solides destinés à la réparation marchent de conserve, et trouvent sur

leur passage des organes destinés à les recevoir. Rien

ainsi ne reste en arrière et nous reprenons la digestion au point où nous l’avons laissée.

Le chyme, mêlé à la bile et au suc pancréatique, passe par portions du duodénum dans l’intestin grêle, s’achemine dans ce long canal où sa marche lente, agitée par le mouvement péristaltique, l’expose dans tous les sens à Faction des chylifères et des absorbans.

Les longs contours de l’intestin qui en déterminent la position générale, font cheminer la matière chymeuse selon toutes les directions successivement * les replis valvulaires de sa membrane interne la ralentissent par portions, en la soumettant à l’action des chylifères qui la dépouillent. Les premières bouches des vaisseaux chylifères se rencontrent vers la fin du duodénum ; Faction toute vitale de ces ouvertures est gouvernée par un véritable instinct, et dégage le chyle par un travail insaisissable, sans (pic nulle part l’œil puisse observer la démarcation entre l’élément réparateur et la matière des excrémens. Nulle part le chyle ne suinte de la masse, nulle part il n’en peut être exprimé par la pression. Tout ce. qu’on y peut saisir se borne aux modifications successives et lentes qu’éprouve la matière chymeuse par son mélange de plus en plus intime avec la bile et le suc pancréatique, par la neutralisation successive de la réaction acide , par son mélange au mucus versé dans toute la longueur de l’intestin. D’un pointa un autre point rapproché, la différence est vraiment insensible, comme il arrive

dans toutes les actions vitales; mais d’une extrémité à l’autre de l’intestin grêle, la différence est tellement considérable et marquée dans la couleur, dans la consistance, dans la composition même, que la transformation frappe l’œil le moins attentif : riche en matière de réparation à son entrée dans l’intestin, le chyme n’offre plus, vers ses dernières limites, qu’un résidu doué déjà des principaux caractères des excré* mens, composé des matières assimilables échappées au travail digestif, des matières réfractaires, des résidus des sucs muqueux et biliaires.

proposition xv.

Dépouillée de ses élémens réparateurs, mêlée aux débris des fluides vivans employés à la digestion, la matière qui a traversé I intestin grêle passe à travers la valvule cœcale, dans le gros intestin , où elle s'avance sous 1 impulsion du mouvement péristaltique, cède ses derniers élémens absorbables, prend tous les caractères de l’excrément, et s’accumule pour être rejetée au dehors.

La longue portion d’intestin qui précède la valvule cœcale devait agir sur une matière demi-liquide, y opérer un travail lent et précis; elle n’avait

besoin d’aucune action musculaire énergique; aussi nous a-t-elle présenté avec une structure contractile, délicate et frêle , une grande quantité de vaisseaux collecteurs: son caractère saillant ^distinctif , a été la présence à sa surface des bouches chylifères en action sur la bouillie cbymeuse. Le mode d’action de ces organes nous offre le mystère qui enveloppe les actions intimes accomplies dans le corps vivant ; il est à tel point spécial, qu’il a contraint une fois de plus les chimistes à reculer devant leurs imaginations. « Une particularité digne de remarque, dit « M. Blondlot (1), c’est que jamais le chyle ne pré- « sente ni la couleur ni l’amertume de la bile; ce- « pendant la bile, ou du moins la matière résinoïde, « se trouve dans l’intestin à l’état d’un précipité assez « ténu, ce semble, pour pénétrer dans le système « chylifère; d’un autre côté, nous avons vu aussi « qu’on ne rencontre pas dans le chyle les matières « solubles que les alimens renfermaient, et nous ver- « rons plus loin que ces mêmes vaisseaux n’admet- « tent point dans leur intérieur les substances inor- « ganiques qui, telles que l’élément terreux des os, « se présentent à leur orifice dans un grand état de « division. Tous ces faits ne sauraient trouver d’ex- « plicalion plausible qu’en attribuant aux bouches « absorbantes des chylifères un sentiment tactile, « semblable à celui que nous avons été forcés de re-

(1) J’ai souvent cité cet auteur, parce que son traité analytique de la digestion m’a paru, sauf les conclusions, un livre plein d’intérêt.

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« connaître à l’estomac; ils ont donc pour cause « cette force insaisissable que nous qualifions d’in» « stinct, lorsqu’elle se manifeste par des actes exté- « rieurs, et de force vitale , lorsqu’elle porte sur les <( phénomènes intimes de l’économie. »

De telles actions, exercées sur une matière demiliquide^ n’avaient pas besoin , nous l’avons dit, d’un grand développement d’énergie musculaire; aussi ne trouvons-nous dans toute l’étendue de l’intestin grêle que deux couches musculaires minces, longitudinales et transversales.

Il n’en sera pas de même pour le gros intestin qui doit recevoir une matière plus dense et l’épuiser de ses derniers élémens de réparation liquide. Ce canal , qui commence à la valvule cœcale et finit à l’anus, grêle, beaucoup plus court et plus gros que l’intestin part de la région iliaque droite, monte le long du flanc droit jusqu’au-dessous du foie; se dirige transversalement pour gagner le flanc gauche, et, s’inclinant vers la région iliaque gauche, il se plonge dans le bassin et s’ouvre au-dehors: il occupe ainsi tout le pourtour du ventre, et enveloppe comme d’un cercle toute la masse de l’intestin grêle. Ses organes contractiles sont épais et énergiques : trois couches de fibres longitudinales, plus courtes que l’intestin, le plissent dans le sens de la longueur et y déterminent une suite de bosselures plus ou moins prononcées.

La matière des alimens, dépouillée par degrés, de plus en plus appauvrie, et rapprochée de la nature

des exc rémens, s’avance vers la barrière qui sépare le petit intestin de la dernière portion du canal. Parvenue à cette limite , elle est soumise à une nouvelle inspection , et franchissant ensuite le rétrécissement, elle passe de plus en plus dense dans le gros intestin, dont la première portion , formée en renflement, lui permet de s’amasser. Ici la fonction prend un caractère différent; la marche, naturellement lente, de la matière, à travers les renfïcmens du gros intestin, n’est soumise à aucune loi fixe. Elle peut être expulsée au bout de vingt-quatre ou trente-six heures, ou séjourner huit jours et plus sans trouble sensible de l’économie : certaines personnes éprouvent le besoin d’aller à la garde-robe deux fois par jour dans l’état de santé; certaines autres, une fois par semaine tout au plus.

La faible portion des matières absorbables que renferme encore le résidu est exprimée plus ou moins complètement; mais à E irrégularité du travail on s’aperçoit que cette dernière action n’a plus pour l’économie qu’une importance secondaire. A mesure que le résidu s’avance vers la fin du canal, il s’imprègne de l’odeur propre aux matières; odeur qu’il reçoit d’une huile volatile sécrétée par l’intestin, et qui varie d’une espèce à une autre espèce animale.

Les physiologistes ont vu avec raison dans le mouvement péristaltique de l’intestin la cause active de la progression des matières; dans le partage du colon en plusieurs cellules, et dans sa direction de bas en haut, la cause de leur marche ralentie. Mais le rôle

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tout mécanique qu’ils attribuent à la valvule coecale , l’espèce d’impulsion de voisinage que sc communiquent, selon eux, les matières, sont des explications qui tendent à donner des faits une idée inexacte. Cet intestin supporte long-temps, il est vrai, le conî act des matières fécales, sans en paraître irrité: cependant, cette tolérance ne S’empêche pas d’être doué d’un sens tactile approprié. Voulez-vous vous en convaincre? substituez à ces matières, des alimens mal digérés , donnez-lui le contact de la pâte chymeuse que l’intestin grêle supportait si bien , et vous le verrez bientôt refuser son office patient; il se contractera, non pour envelopper la matière, non pour l’exprimer, mais pour la rejeter avec empressement. Là donc, comme sur tous les autres points du canal digestif, vous trouvez une sorte d’instinct en vertu duquel l’ouvrier s’applique au travail ou le refuse,

selon qu’il reçoit la part qui lui est dévolue , ou bien une part différente. Si la bouche n’a point rempli convenablement sa tâche, l’estomac fait la sienne avec répugnance ou même refuse de l’accomplir; il en est de même de l’estomac à l’intestin grêle, et enfin decelui-ci au gros intestin. Nous dirons donc : action toute vitale de la valvulveetdu grosintestin.Sous ces réserves, nous accepterons les interprétations des physiologistes sur le mouvement des matières : 1° oblique de haut en bas pour leur passage dans la première portion (le cæcum); 2° de bas en haut pour leur progression dans la partie suivante ( le colon ascendant); 3° horizontal de droite à gauche dans la troisième (le eo-

Ion transverse), et 4° de haut en bas pour la dernière portion.

La matière fécalese rend peu-à-peu dans le' rectum , dernière portion du gros intestin , où elle est retenue par le muscle qui ferme l’ouverture inférieure du canal, et par la position même de l’organe. Elle le distend par degrés et s’y accumule de manière à former par fois une masse de plusieurs livres.

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