CHAPITRE II
sympauuques.
Conditions et limites de la digestion.
Nous savons sous quelle influence naît le besoin de prendredes alimens; quelles sensations internes le rappellent à l’homme; quels sens l’éclairent et rendent sa satisfaction l’une des plus douces jouissances; quels organes et quels fluides vivons concourent de rectement à la digestion; quelle part chacun des fluides et des organes a reçue dans la fonction. Nous savons quelle série de modifications éprouvent les alimens, avant de céder les élémens de réparation qu’ils con-
ils
tiennent; quel mode et quelle nature de changemens ils subissent, à mesure qu’ils en sont dépouillés; comment enfin, le résidu mixte des fluides vivans et des alimens est rejeté au dehors.
L’idée générale de la fonction résulte assez complète des propositions qui précèdent; mais elle y apparaît séparée et indépendante des autres fonctions dont la réunion et le concours forment une unité vivante. 11 faut que nous la voyions maintenant telle qu’elle existe, s’harmonisant avec les autres, exerçant sur elles et en recevant des influences nombreuses et décisives.
§ 1.” Rapports fonctionnels et sympathiques de la digestion avec la circulation , l’innervation générale et l’innervation cérébrale (1).
À la suite de notre première proposition , nous avons vu le rapport qui existe entre le mouvement et la vie, nous avons établi trois ordres de mouvemens possibles dans les êtres vivans ; des mouvemens organiques qui s’accomplissent au sein des organes, lors même qu’ils semblent dans le repos le plus complet, des mouvemens involontaires souvent perceptibles; enfin des mouvemens volontaires, l’un des princi-
(4) Je comprends sous le nom d 'innervation l’ensemble des actions nerveuses , c’est-à-dire : \ ° les fonctions dites organiques du système nerveux qui vivifient toutes les parties du corps; 2° les actions d’où résultent la sensibilité et lesmouvemens volontaires, et j’entends ici par innervation cérébrale, le mode d’activité du cerveau qui produit la pensée et la passion.
RAPPORTS S Y M P A T II I Q ü E S .
paux caractères de l’animalité. Nous retrouvons ces trois ordres de mouvemens dans le canal digestif : le premier dans toute son étendue, le troisième à ses deux extrémités, le second partout ailleurs.
Mais le hénomène de mouvement dont nous avons constaté la liaison étroite avec la vie, est-il un fait primitif? — --Nullement; le mouvement n’est qu’un résultat , résultat de deux propriétés de notre matière vivante : la sensibilité et la contractilité (1). Ces deux propriétés ^ ces deux facultés elles-mêmes, ne sont rien d’abstrait, de métaphysique, et bien que la raison première de leur existence, bien que leur nature nous échappe, nous les voyons se produire dans les organes sous l’influence de deux agens matériels, les nerfs et le sang; de deux centres d’action, les centres nerveux et le cœur, de deux fonctions enfin, l’innervation et lacircuîation. Partout donc où nous voyons lavie et le mouvement, nous voyons aussi où nous devons supposer la contractilité et la sensibilité, l’action des nerfs et du sang, l’intervention des centres nerveux et circulatoires, de T innervation et de la circulation. Le canal digestif, doué des trois mouvemens, est donc sensible et contractile, il reçoit donc des nerfs et du sang, il est donc sous l’influence des centres nerveux
{] ) L’idée de la vie paraît, au premier aspect, découler du jeu même des organes ; on est disposé à la faire résider au sein des grands appareils. Pourtant, la plus simple réflexion suffit pour ne point admettre l’enchaînement, la corrélation qui tendrait à aller du jeu des centres nerveux et circulatoires, par exemple, au principe vivifiant; en effet dans le germe, la force vitale qui imprime le mouvement, préexiste aux organes eux-mêmes, et détermine leur développement.
et circulatoires, de l’innervation el de la circulation. Ainsi, dès le début, nous trouvons comme limite et condition de la fonction digestive, deux autres fonctions, l’innervation et la circulation.
L’enchaînement et l’indissoluble alliance de ces trois fonctions sont évidens; mais elles se coordonnent, leur existence dans l’homme n’est point simultanée: il est sensible et contractile long-temps avant que la digestion apparaisse, une partie du temps qu’il passe au sein de sa mère. Pendant plusieurs mois, la circulation et l’innervation concourent à former et à faire vivre le canal digestif, à disposer la fonction. Elle a beaucoup reçu déjà, lorsqu’elle commence à rendre : l’enfant vient au monde, et peu de temps après, sa bouche s’applique au sein de sa mère, y puise l’élément de réparation et le livre au canal digestif non pour se l’assimiler, non pour se l’approprier, mais pour le disposer, le préparer à servir d’aliment à toutes lespartiesdu corps. Voilà, certes, une harmonie, un système social, qui mériteraient de fixer toute l’attention sérieuse des économistes. La digestion assure à la circulation et à l’innervation la continuité des matériaux de la vie, sans se réserver une part de son propre travail : elle puise dans le festin auquel la faim et la soif la convient, tout ce qui peut réparer les pertes; elle le transmet en entier à la circulation et à l’innervation, chargées de servir à l’économie tout entière le splendide banquet où chaque système, chaque organe, chaque tissu, chaque molécule solide reçoit sa part légitime, la
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choisit selon ses besoins, sans jamais nuire aux autres.
Les organes de la digestion ont travaillé, se sont fatigués pour extraire des alimens, une vie, un capital qu’ils ont versé tout entier dans les canaux vecteurs; ils n’ont rien conservé pour eux, ils ont trouvé le bien-être et la santé dans le travail luimême.
Ils né seront certainement pas oubliés dans le partage commun. A chaque instant de la vie, ils recevront selon leurs besoins } et seront toujours satisfaits: Dans le repos, iis recevront ce qui suffit de sang et d’innervation pour que la vie soit pleine, entière et douce; dans l’activité, les trésors du capital social leur seront ouverts, le sang et l’innervation leur seront poussés à grands flots , et ce travail, cette fatigue elle-même qui résultent du travail, seront encore bien-être et satisfaction, tant aura été complet, sincère et intelligent, le concours des autres associés, des autres fonctions.
Il faut cependant le reconnaître, une société organisée comme la machine humaine, serait arrivée au but vers lequel tendent les plus généreux efforts, et les destinées de l’humanité seraient accomplies, et l’homme ne serait plus ni perfectible, ni progressif, mais parfait.
L’imperfection de nos institutions naît de l’imperfection de notre intelligence; et l’instinct de progrès, l’instinct de révolte contre le mal , naissent des divines perfections qui sont dans notre organisation.
Ainsi le mécanisme de la vie, l’harmonie des fonc-
lions, sont réellement le type d’une perfection que l’homme ne réalisera probablement jamais au-dehors, mais vers laquelle il doit toujours tendre. Ce qu’il y a de plus grossier, de plus matériel, dans le concours et les rapports fonctionnels ou sympathiques de la digestion , de la circulation et de l’innervation nous l’a montré clairement.
Le canal digestif, avons-nous dit , est sensible et contractile puisqu’il reçoit les instrumens ‘de toute sensibilité et de toute contractilité; il reçoit primitivement le sang du centre circulatoire, du cœur; il reçoit les nerfs de deux centres distincts , quoique liés étroitement : l’un, composé du cerveau et de la moelle épinière; l’autre, d’un système particulier à la vie interne (système ganglionaire, système trisplanchnique).
Dans l’état de santé, partout où la sensibilité et le mouvement sont perçus ou commandés par la volonté, les nerfs qui émanent du cerveau et de la moelle sont prédomina ns; partout où les mêmes phénomènes s’accomplissent à notre insu et sans l’intervention du moi , c’est le système de la vie interne qui l’emporte. La portion la plus considérable du canal digestif est vivifiée par ce dernier système; aussi voyons-nous chez les personnes robustes les phénomènes de la digestion s’accomplir presque tous, pendant soixante-dix, quatre-vingts ans et plus, sans donner au moi aucune secousse, aucun rappel sympathique de leur existence. C’est le fait que veulent exprimer les malades lorsque , sentant enfin avec