‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 19 sur 27 · R A P P 0 R T S S Y M P AT U 1 Q U E S · texte numérisé non relu

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amertume le lieu caché qui rattache les deux systèmes nerveux l’un à l’autre, et le cerveau centre du moi, à la machine tout entière, ils s'écrient : Et pourtant y ai digéré pendant vingt années sans savoir que f avais un estomac !

Quant aux rapports sympathiques entre les trois Fonctions (digestion , innervation, circulation), nous devons les constater avec soin , puisque de leur étude résultera pour nous la principale base des règles générales de l’hygiène de la digestion. Nous commencerons par l’observation des rapports qui rapprochent la digestion de la partie de l’innervation qui constitue les facultés intellectuelles et morales.

Nous n’avons rien à dire ici des nombreuses relations établies entre le cerveau et le canal digestif, par l’instinct même qui nous porte à rechercher les alimens ; cette question a été traitée à l’occasion des deux sensations internes de faim et de soif qui nous rappellent le besoin de réparation.

L’homme qui dîne seul, par exemple, a-t-il la même capacité digestive que s’il dînait en famille? L’homme qui dîne en famille, a-t-il la même capacité digestive que s’il dînait en extra avec quelques bons convives, d’une humeur enjouée et vive? L’homme, enfin , qui dîne en commun avec ses frères, dans la congrégation religieuse dont le silence est la règle, a-t-il la même capacité digestive que le gourmand spirituel et causeur au milieu de ses amis? Nullement. Dans chacune de ces positions, le même homme

est doué d’une capaeité digestive différente. Pourquoi?— Nous l’ignorons. Nous voyons que l’homme, seul à table, mange moins et peut moins digérer que dans le repas en commun , que P homme, dans le repas en commun avec la famille, mange moins et peut moins digérer que dans le repas en extra . Nous affirmons avec une entière certitude que l’excitation cérébrale qui résulte de la réunion à nos semblables, d’une conversation vive et agréable avec des amis, se communique à tout le canal digestif, à toutes les parties du corps, et que l’influence , sur la digestion, de l’innervation, excitée dans un certain mode, est un fait de toute évidence. Les résultats que nous observons sont à tel point généraux et constans que nous considérons la sociabilité comme un instinct inné chez l’homme et même chez plusieurs espèces d’animaux; nous en faisons la base de plusieurs lois physiologiques, de plusieurs principes d’hygiène d’une importance majeure. L’une des formes particulières de cet instinct général de sociabilité est la convivialité: nous disons qu’un instinct inné porte les hommes à vivre en commun , à dîner en commun , et dèslors, de même que nous avons trouvé dans le besoin de stimulation naturel à l’homme, la base de l’art culinaire, nous trouvons dans l’instinct sociable la base de la gastronomie. — Les dîners étudiés de huit ou dix convives, gais et spirituels, si recommandés par les maîtres, sont donc fondés en bonne physiologie. Mais l’excès, dira-t-on , l’excès, il faut l’éviter; c’est là le mérite de l’être libre et intelligent. Soyez

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gourmands et sociables, rien de mieux; mais sachez la mesure.

La première influence sympathique de l’innervation sur la digestion qui naît de l’habitude de prendre le repas en commun, a donc pour résultat l’excitation propagée du cerveau qui pense, au canal qui digère. Vous semble-t-il que nous exagérons les effets de ce rapport sympathique? — Voyez les faits, les plus grossiers d’abord, ceux qui se produisent chez les animaux et les jeunes enfans. — Vous achetez un cheval accoutumé à vivre avec plusieurs au (res dans une même écurie, vous le mettez seul; qu’arrive-t-il? il devient triste, il perd souvent l’appétit et mange à peine pendant plusieurs jours, — Avez-vous observé la mère qui donne un potage à son jeune enfant, avezvous vu comment elle le rappelle des distractions incessantes que lui cause le monde extérieur, comment elle l’engage à manger? elle goûte elle-même la nourriture; elle feint d’en prendre sa part; elle associe au festin un autre enfant, le chat, la poupée ; et sous ces influences diverses, le petit distrait, dont la fonction digestive est parfois languissante prend son repas avec plaisir. — L’homme adonné aux travaux de l’esprit, aux méditations profondes et long-temps prolongées, n’a souvent point d’appétit aux heures des repas, s’il dîne seul; la vue du dîner le dégoûte même parfois. — Voulez-vous un autre fait, un fait différent : supposez un homme convalescent d’une maladie inflammatoire, longue et dangereuse, des entrailles surtout; failes-îe dîner en famille, il aura

plusieurs rechutes, quelque soin que vous preniez d’ailleurs de lui recommander la sobriété; il aura perdu la mesure ; et la société, réunie au besoin impérieux de réparation, sera pour son régime une source d’erreurs. Eaites-le dîner seul, au contraire, il trouvera facilement la mesure, et la convalescence se passera sans accident. J’ai dû souvent à cette précaution d’isoler les personnes débilitées parles maladies aiguës, un rétablissement définitif et complet que retardait la communauté des repas.

Dans l’état de santé, celui qui fait , étant seul , excès de boissons ou d’ali mens est une exception rare, une exception odieuse; tout le monde le déclare un être abruti, dégradé. Celui, au contraire, qui, dînant avec ses amis garde exactement la mesure, est une exception tout aussi rare; il est malade, mauvais ami, mauvais convive. Et, qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est point une différence légère, à peine sensible que celle qui existe entre la quantité d’alimens nécessaires à l’homme isolé, et la quantité que le même homme consomme utilement, lorsqu’il dîne en extra : la première n’est souvent que la moitié, le tiers , le quart de la seconde; je l’ai constaté.

En dehors des repas, de l’activité des organes digestifs, le travail de l’esprit et les affections morales produisent sur la digestion, des impressions tantôt lentes, tantôt promptes, mais toujours profondes. H résulte même des habitudes del’espritet des directions variées de son activité, certaines modifications générales, certaines allures qui classent les hommes

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par séries, et donnent un cachet commun à tous les individus d’une même série, d’une même profession.

Dans la grande famille des hommes qui vivent du travail de leur esprit, le littérateur se distingue de l’avocat; celui-ci du médecin; le médecin du bureaucrate, du magistrat, du prêtre, du philosophe, etc. Ce sont autant de modes différens de l’activité cérébrale qui tous ont influence non-seulement sur la digestion, mais sur les autres fonctions. Ces nuances, que le praticien doit saisir et mettre à prolit, se perdent dans une étude de la nature de celle que nous faisons maintenant; les résultats généraux et consens appartiennent seuls à cette partie de notre travail. — Nous trouvons d’abord le travail modéré de l’esprit , le travail de choix , comme auxiliaire de la digestion et de toutes les autres fonctions; mais celte mesure est malheureusement l’exception : l’esprit et le cœur ne se gouvernent point aussi facilement que l’estomac, que les instrumens du mouvement, etc., et même le degré d’excitation cérébrale nécessaire à certaines productions , n’existe qu’en dehors de cette mesure. — Voulez-vous rapprocher plusieurs idées, par exemple, les coordonner, les comparer, en tirer des conclusions, les généraliser, faire de la synthèse; voulez-vous créer, par la méditation, le plan d’un ouvrage, l’arrangement général d’une composition dramatique? L’excitation cérébrale, produite par celte activité de la pensée, remplit, en peu de temps, le cerveau de sang et de chaleur; l’accélération du mouvement vital va de ce point à toutes les par-

lies du corps; pour un moment, la vie est doublée, triplée, centuplée. Mais la généralisation n’est point produite; le plan n’est pas jeté du premier coup; il faut plusieurs efforts de cette nature. Le plus souvent l’épuisement général nous prend au milieu de cette activité, fâcheuse mais nécessaire; parfois il nous saisit brusquement et se manifeste par la fatigue musculaire tout-à-fait semblable à celle qui suit une longue course; nous sommes courbaturés, et nous retombons alors sur nous-mêmes avec un sentiment de dégoût qui part de l’estomac, souvent même la nausée se manifeste; j’ai vu plusieurs hommes adonnés aux travaux de l’esprit arrêtés de la sorte par la nausée, le vomissement, pressés de s’étendre pour éviter de se trouver mal et condamnés au repos pour une ou plusieurs heures. D’autres fois les progrès de l’épuisement sont moins prompts, la puissance de projection de l’esprit se ralentit par degrés, il perd un à un ses points de vue les plus élevés; il tente de les retrouver; vains efforts ! Son horizon se rétrécit à chaque minute, le temps du travail utile a fini ; la fatigue est générale, les organes de la digestion en sont frappés comme tous les autres et les besoins de stimulation et de réparation se font sentir ou réunis ou séparés.— -Tout homme qui s’est livré à l’activité créatrice de la pensée, a ressenti dans sa machine les phénomènes que nous signalonsici , a rencontré cette limite matérielle aux élans de sonesprit. Les degrés infiniment variables d’un homme à un autre homme, où l’on voit survenir l’épuisement sont, selon toutes

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les probabilités, la mesure de la puissance créatrice de l’esprit.

Quoi qu’il en soit, que le travail mental ait été fécond ou stérile dans la voiede la création, de la généralisation, il fait naître à coup sûr l’épuisement et les rapports sympathiques de l’innervation à la digestion. Que ces efforts de la pensée soient souvent répétés , le résultat inévitable sera la diminution permanente delà puissance digestive; les mauvaises digestions, comme l’on dit, les digestions irrégulières, capricieuses en seront la conséquence, et cela surtout dans les habitudes sédentaires si ordinaires et si pernicieuses à ceux qui se livrent aux travaux de l’esprit. L’activité de la pensée, s’exerçant au hasard et sans suite, ne doit pas être confondue avec l’application particulière dont nous parlons ici, non plus qu’avec l’application habituelle mais moins énergique. La première n’est qu’une manifestation générale de l’activité de tempérament , de l’activité individuelle; elle se rencontre aussi bien chez l’homme cultivé que chez l’ouvrier; elle s’associe à tous les autres modes de l’activité qu’elle facilite, et présente l’exemple exceptionnel de l’alliance de la sensibilité et delà contractilité dans le but d’étendre et de fortifier les mouvemens de la vie végétative. La seconde est d’uneaulre nature: bien loin des’épandre au-dehors, l’homme s’y replie sur lui-même dans la méditation, met en jeu les facultés génératrices supérieures, et parvient en quelques heures au bout de ses forces

et de sa puissance. La troisième enfin, quoiqu’elle

n’épuise point avec rapidité connue la seconde, a pourtant pour résultat certain de diminuer l’activité digestive: l’épuisement produit, dans le second cas, est prompt et de courte durée, l’épuisement dans le troisième, est lent mais persistant. — Pas un des hommes voués exclusivement au travail sérieuv de l’esprit, qui, tôt ou tard, ne voie naître et se développer en lui l’affaiblissement de l’activité digestive, et les relations sympathiques nombreuses entre le cerveau et les organes de la digestion.

Les affections morales gaies ou tristes sont susceptibles, comme la pensée , d’une infinité de nuances, de degrés insaisissables qui, sans que nous en ayons conscience parfois, agissent très directement sur la digestion. Pour la rapidité et l’énergie de leurs effets, elles doivent même être placées bien avant l’activité des facultés intellectuelles. A leur plus haut degré d’énergie, elles propagent leur retentissement sympathique au coeur, à l’estomac, dans toute l’étendue du canal digestif , au système de la locomotion, aussi rapides que F électricité. J’ai vu souvent des malheureux frappés à l’estomac, ou sur quelque autre point du canal digestif, par les affections morales vives, rester en proie à des souffrances horribles et prolongées. Ces effets sympathiques sont même tellement connus qu’il suffit de les rappeler ici d’une manière générale. Certains auteurs, selon nous, les ont trop localisés à l’estomac; ils retentissent sur tous les points du canal digestif, produisent par fois leurs effets les plus sensibles sur des organes éloignés

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