‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 2 sur 27 · LA COMTESSE DE PREISSAC · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE PREISSAC

Voire nom placé en tèle de ce livre oii j’ai déposé, sous une forme simple , le fruit de mes recherches et de ma pratique sera pour vous , j’ose l’espérer, une preuve de mon dévoûmcnl respectueux ; il est pour moi le souvenir des témoignages d’intérêt dont j’ai été l’objet de la part de votre famille.

Honoré de votre confiance, dés le début de ma carrière médicale,

j’ai reçu de vous la mission de veiller sur les objets de voire sollicitude la plus tendre. J’ai puisé dans celte tâche , oii mon zèle n’a pas été stérile, l’idée première de mon livre, et si mes sentiras ne me conseillaient de vous en faire hommage , un devoir me porterait encore à le publier sous vos auspices.

Vous avez vu tomber, près de moi , ceux de nies pareils sur qui se concentraient mes profondes affections ; votre cœur a été touché de mon chagrin, et votre parole inspirée par le sentiment religieux a fait renaître en moi la force de continuer la roule. Depuis ces mauvais jours, il ne m’a plus élé donné de trouver aux choses de la vie un intérêt aussi vif ; pourtant je sens que ce me serait une grande joie d’avoir fait n livre utile

Quel que doive être le sort de mon travail , j’aurai du moins reçu la récompense la plus précieuse de mes peines et de mes veilles, une approbation qui, pour être bienveillante, n’en est pas moins éclairée.

INTRODUCTION

Sous l’influence de la force vitale , principe insaisissable et préexistant aux organes, l’homme se développe dans la forme qui lui est propre, comme se développent, sous la même influence, tous les êtres organisés vivans. La nature du principe vivifiant, les lois immuables d’après lesquelles il dispose des élémens matériels, échappent à nos recherches; mais à quelque degré de développement que nous observions l’homme, nous retrouvons dans les nombreux instrumens qui composent son corps, dans les nombreuses fonctions qui exécutent les mouvemens vi-

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taux, l’empreinte ineffaçable delà force première, et le caractère d’unité qui paraît être son essence. Toutes les fonctions, en effet, dans les limites d’activité qui sont leur état normal, se prêtent un secours mutuel; et, loin qu’il naisse jamais aucun désordre de leur jeu simultané , elles s’enchaînent et se soutiennent l’une l’autre, mieux et plus sûrement que ne font les rouages nombreux de la machine la plus parfaite.

Ce concours, qui assure une solidarité nécessaire entre les fonctions, paraît être, au premier aspect, l’occasion de grandes difficultés dans l’étude et dans le gouvernement de la machine humaine. Il n’en est rien pourtant, et pour l’esprit attentif, les rapports étroits qui lient les fonctions les unes aux autres sont précisément la source la plus féconde de lumières. La vie apparaît à cet esprit comme un raisonnement d’une rigueur inflexible, dont il suffit de saisir un des points pour se le représenter complet. Qu’on me suive avec attention , je ne divague point; je suis au contraire au cœur de mon sujet.

En effet , de la solidarité nécessaire, des rapports étroits et constans entre les fonctions, il résulte que l’activité régulière d’une seule entraîne l’activité régulière des autres, (pie le désordre d’une seule entraîne le désordre des autres. Dès-lors, étudier

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le mécanisme de l’une des grandes fonctions, rechercher ses rapports sympathiques, s’appliquer à connaître les conditions de sa régularité , de son action harmonique, c’est s’enquérir de l’homme tout entier; — connaître parfaitement l’une des grandes fonctions, serait connaître l’homme tout entier; mais ceci ne nous est pas permis.

Lorsque, partant de ce point de vue, nous publions une hygiène de la digestion , nous ne pouvons nous renfermer, on le comprend bien, dans ce qui touche strictement le boire et le manger . Nous voulons présenter la régularisation de tous les appareils, les conditions connues de la santé générale, de la santé complète, par la sage direction de l’une des grandes fonctions. Voilà notre sujet, tout notre sujet. Cette manière indirecte de tracer les règles d’une hygiène générale nous parait plus pratique que la direction des différentes fonctions, prises une à une. La machine se trouvant dans un état normal, l’étude approfondie d’un de ses rouages en lui-même et dans ses rapports est plus simple et plus facile à retenir que celle de tous les rouages, et les lumières qu’on en tire , éclairent mieux la sage direction de la machine entière.

La justesse de ces idées, sur la manière la plus

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pratique de tracer les règles de l’hygiène, nous avait dès long-temps frappé, et dès long-temps aussi nous avions conçu la pensée du travail que nous publions aujourd’hui.

Mais dans de tels sujets, d’une vue juste à sa réalisation, il y a loin, nous l’avons senti. 11 faut que de nombreuses recherches, de longues méditations viennent se joindre aux lumières de la pratique pour que la conception se produise au dehors.

Puisque l’histoire de l’une des grandes fonctions donne la clef de toutes les autres , pourquoi , nous demandera-t-on, avons-nous choisi la digestion plutôt que la respiration , que la circulation, que la locomotion, que la génération, etc.?-™ Plusieurs raisons sérieuses ont déterminé notre préférence :

1° Entre les fonctions continues , telles que la circulation ou la nutrition, et les fonctions intermittentes, telles que la digestion ou la locomotion, nous n’avons pu balancer un instant. Les premières s’exécutant sans le concours direct de la volonté, les secondes, au contraire, réclamant ce concours; l’une des fonctions soumises au moi devait être la base d’une hygiène pratique.

fc2ü De toutes les fonctions intermittentes soumises à la volonté, la digestion, plus qu’aucune autre, at-

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tire l'attention d’une manière nécessaire, et les deux besoins de réparation, la faim et la soif, rappellent plusieurs fois chaque jour la nécessité de remplacer les matériaux usés par des matériaux de formation nouvelle. — La moitié des habitans de la terre au moins est occupée de préparer, pour l’autre moitié, les élémens nouveaux de la vie.

3° De tous les excitans naturels de nos fonctions , l’aliment solide le liquide est celui dont nous pouvons le mieux choisir la qualité , déterminer la quantité, selon les besoins de chaque jour.

Plusieurs autres raisons tirées du sujet nous ont encore fait préférer l’hygiène de la digestion à celle de toute autre fonction -, mais un motif particulier, pris en dehors du sujet, est venu s’ajouter aux motifs précédons, et ne nous a point laissé la liberté du choix.

4° Pour tracer l’hygiène de l’une des grandes fonctions autre que la digestion , nous n’aurions eu de lumières que celles qui se puisent aux sources communes de l’observation. Pour la digestion, il n’en était pas ainsi. Notre expérience personnelle , une expérience longue et douloureuse, notre instinct de vivre guidé et éclairé par quinze années d’observations patientes sur nous-mêmes , nous donnait

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une aptitude particulière à enseigner les règles les plus sages de l’hygiène de la digestion. Dans cette tâche difficile, nousavonsété soutenu par un vif désir d’être utile à des souffrances que nous connaissions :

Non iynara mali , miseris succurrere disco.

Une vue pratique nous a donc suggéré la pensée de notre travail 5 en proie pendant dix années à une maladie d’entrailles, nous avons étudié sur nousmême et sur les autres le caractère de la digestion , le rôle de chacun des organes qui y concourent, les nombreuses sympathies qui rattachent l’estomac au long canal que parcourent les alimens, et à tous les autres inslrumens de la vie physique ou morale. — - Décidé à n’attendre le retour à la santé que des moyens de l’hygiène, nous les avons étudiés un à un; nous avons recherché pour chaque aliment la nature de la réparation, la qualité et la dose de la stimulation qu’il fournit. — Cette étude a été faite avec l’exactitude d’un homme de science, avec la persévérance d’un malade qui veut se guérir. — Le succès a couronné tant d’efforts; le sentiment de bien-être et de force est revenu dans des organes qui long-temps n’avaient exprimé que la souffrance. — L hygiène de la digestion est pour nous l’accomplis-

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sement d’un devoir, d’un voeu suggéré par une bonne pensée. - — Nous avons, nous-même et nos malades, trouvé de nouveaux ressorts pour la vie , dans un usage éclairé des alimens; notre but est de mettre les autres à même d’en faire autant. — Peut-être notre œuvre se ressentira-t-elle de quelque minutieuse préoccupation.

Notre livre se divise en trois parties : dans la première nous faisons connaître le mécanisme de la digestion , ses rapports de fonction et de sympathie avec les autres fonctions; dans la seconde nous traçons les règles de l’hygiène de la digestion, telles qu’elles conviennent à chaque climat , à chaque saison , à chaque tempérament , à chaque sexe, aux différens âges , aux professions, enfin aux constitutions maladives ; un dictionnaire des alimens forme notre troisième partie. — Dans notre premier chapitre, les dix-sept propositions qui exposent toute la digestion peuvent être lues rapidement. Nous avons fait suivre chacune d’un commentaire approfondi , qui donne l’état le plus avancé de la science : l’on peut le lire ou le passer. — Ce commentaire sera lu pourtant, nous le croyons ^ car nous nous y sommes appliqué à mettre la science à la portée de tout le monde-

INTRODUCTION

La digestion jusque-là n’a été envisagée qu’en elle-même; au second chapitre, nous la suivons dans ses rapports sympathiques. Ce chapitre fourmille défaits, à l’occasion des sympathies entre la digestion et l’innervation centrale (pensée et passions') entre la digestion , la respiration , la circulation , la nutrition, les mouvemens volontaires, etc. Le sujet prend ici tout son développement. — Quelques pages concises forment un chapitre à part où se résument les règles générales de l’hygiène de la digestion, telles qu’elles résultent des chapitres précédens.

Les deux autres parties de l’ouvrage, plus pratiques, offrent le conseil qui convient à chaque tempérament, à chaque sexe, à chaque âge, à chaque profession , selon les climats et les saisons.

La digestion varie suivant les climats, parce que les besoins de réparation ne peuvent être les mêmes en tout lieu : une température ordinairement humide et froide réclame impérieusement la nourriture chaude, tonique et réparatrice; comme une température chaude à l’excès, exige une nourriture légère et stimulante par les condimens. — Sous la première, les boissons fermentées, les vins généreux sont des complémens du régime; ils deviennent des poisons redoutables sous la seconde. — Ici

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nous avons suivi avec soin les différences qui résultent dans le régime du changement des saisons; et comme le passage d’une saison à une autre, X entresaison est ordinairement l’époque du danger où les écarts du régime amènent les maladies, nous avons précisé de notre mieux pour les entre-saisons les conseils appropriés. Ce chapitre montre ce que dans un même pays les différentes expositions, la nature du sol, son élévation, la direction des vents, l’air, les eaux exercent d’influence sur l’effet des différens régimes.

L’hygiène de la digestion varie pour la nature des alimens, pour leur quantité, pour le nombre des repas aux différens âges de la vie ; l’enfant nouveau-né, l’enfant de deux ans, l’adolescent, le jeune homme, l’homme fait, le vieillard ont chacun, dans leur régime des règles dont ils ne peuvent s’écarter sans danger. Le passage d’un âge à un autre est dans la vie une époque d’épreuve qui nous a paru digne d’attention. — -Nous avons enfin déterminé le fond de tous les régimes pour les différentes professions et pour les constitutions maladives.

L’ouvrage est terminé par un Dictionnaire des alimens où nous avons voulu dire en peu de mots ce qu’ils offrent de nutritif, leurs effets comme

vt

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alimentation chaude ou froide, tonique ou rafraîchissante, ce que nous pensons des boissons] : de l’eau, du vin, des liqueurs proprement dites, du café et du thé, etc.

Le sujet n’est point épuisé dans ce livre, il n’y est même pas traité avec tous les développeinens qu’il comporte , nous le sentons bien. Les exigences de la pratique médicale seront pour nous une excuse auprès de nos lecteurs. Que l’ hygiène de la digestion leur Lisse saisir les faits saillans de la vie; qu’elle les porte à réfléchir sur son mécanisme; qu’elle leur offre quelques conseils utiles et de facile application , notre but sera atteint et nos peines récompensées.

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