PROPOSITION PREMIÈRE
La vie s’entretient par le mouvement; Je mouvement use les matériaux de la vie, et nécessite leur réparation.
Nous laissons ici de côté toute recherche, toute supposition sur le principe qui vivifie l’homme et les animaux. Physiologiste, nous saisissons simplement le rapport qui nous frappe entre le mouvement et la vie; nous l’exprimons : un animal exécute
( I) Dix-sept propositions exposent le mécanisme de la digestion, et peuvent être parcourues en quelques minutes; le commentaire à la suite de chaque proposition, dont l’objet est de préciser et d’approfondir le sujet, forme, pour ainsi dire, les pièces à l’appui ; on le lira avec attention , ou bien on le passera sans le lire : l’auteur devait le donner.
spontanément sous nos yeux quelque mouvement d’ensemble ou de détail, nous disons qu’il vit; le même animal gît à nos pieds, nous l’observons; l’œil le voit d’abord immobile, la main s’applique à la poitrine, et l’un des deux sens ou tous les deux saisissent quelque mouvement, nous disons que l’animal vit; le même animal, enfin, joint à l’immobilité l’abaissement de la température, la cessation complète, en apparence , de respiration et de circulation, mais il persiste dans cet état pendant des semaines et même des mois, perdant de son embonpoint et de son poids; les sens, aidés du raisonnement, reconnaissent le mouvement dans cette mort apparente et nous disons que l’animal vit. Ces trois ordres de mouvement sont de nature différente :
Le premier , qui a pour centre le cerveau et la moelle épinière, suppose les deux autres : c’est le mouvement volontaire.
Le second s’exécute pendant la veille et pendant le sommeil indistinctement; alors que les appareils de relation se reposent, il reste actif, il est en grande partie soumis aux centres nerveux de la vie organique, c’est le mouvement fonctionnel involontaire.
Le troisième, qui existe presque seul pendant l’hiver, à certains degrés du sommeil hibernal, et dans un mode fort ralenti, justifie les deux ordres de sensibilité : c’est le mouvement moléculaire intime , mouvement à l’aide duquel s’accomplissent dans les organes les phénomènes de chimie vivante (1).
(i) La nutrition qui maintient et développe la forme sous rinlluence
FONCTION DIGESTIVE
Le mouvement dans les animaux est donc à tel point lié pour nous au phénomène de la vie, que nous concluons avec une entière conviction, du mouvement à la vie, et réciproquement de la vie au mouvement.
Pour qu’un animal vive, il faut qu’il se meuve au moins du mouvement intime. La cessation des trois mouvemens signalés est la mort.
L’activité de la vie se mesure par l’activité des trois mouvemens vitaux; ses matériaux s’usent avec une intensité proportionnée à la rapidité des mouvemens, et les besoins de réparation sont, par conséquent, soumis aux mouvemens.
Pi ’enez l’homme aux différentes phases de son existence, depuis sa naissance jusqu’à la vieillesse la plus avancée, et voyez combien, aux différensâges, le rapport reste constant entre la vie et le mouvement ; entre le mouvement et V usure des matériaux de la vie ; entre Vusure des matériaux de la vie et les besoins de réparation! L’enfant nouveau -né sent à chaque instant, pour ainsi dire, renaître le besoin de réparation; il dort et tète, c’est toute sa vie; le jeune écolier fait quatre ou cinq repas avec appétit; le jeune homme change impunément l’heure et le nombre de ses repas: deux ou trois lui suffisent;
de la force vitale , ainsi que la production de calorique qui accompagne la nutrition, comportent des phénomènes de composition et de décomposition évidens que nous appelons chimie vivante. Mais le comment de ces phénomènes nous échappe, et nous ne pouvons admettre qu’avec une extrême réserve les inductions de la chimie organique, telle qu’elle existe aujourd’hui.
l’homme de quarante ans, d’habitudes sédentaires, lait, dans les vingt-quatre heures, un seul repas solide et réparateur; le vieillard perd par degrés l’énergie digestive et ne peut revenir au régime des âges précédens : ces faits sont sous les yeux de tous; qu’il nous suffise de les signaler.
Quelques autres faits moins connus et, par cela même, plus capables de piquer la curiosité, vont nous montrer que les phénomènes, exposés dans notre première proposition , se lient jusqu’aux limites les plus extrêmes : au plus haut degré de l’activité de la vie et du mouvement nous trouvons des insectes qui dévorent en un jour une quantité d’alimens dont le poids est le double de celui de leur corps (l’homme consomme, en vingt-quatre heures , une quantité d’alimens qui varie, du 12e au 30e de son poids). Au degré le plus bas de l’activité de
la vie et du mouvement, des animaux à sang froid, dans un état de mort apparente, vivent dix-huit mois, deux ans et plus sans prendre de nourriture. Mais allez chercher chez ces derniers, les signes de la vie, appréciez l’intensité des mouvemens! souvent les sens, armés d’instrumens investigateurs, ne peuvent les découvrir. Voulez -vous pénétrer plus avant dans les phénomènes de la vie, admirer leur persistance et saisir une de leurs divisions qui touche l’infini : passez au règne végétal, contemplez cette mousse arrachée depuis soixante ans du lieu qui la portait, et conservée dans un herbier; elle est morte, croyez-vous? Pourtant vous lui donnez de l’humi-
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dite, un milieu favorable et, chose merveilleuse! le mouvement s'y ranime, elle se développe. La force qui conserve la forme, n’avait donc point cessé d’agir un instant et le mouvement persistait.
Nos observations personnelles sur la corrélation des phénomènes de vie, de mouvement et d’usure, ont eu lieu sur des animaux hibernans de nos campagnes. Voici quelques résultats :
Des loirs et des lérots, pesés avant l’assoupissement hibernal et au réveil , ont offert des différences de poids dont l’exiguïté contrastait avec la durée du sommeil. Au bout de trente, de soixante jours, de trois mois presque, l’usure totale des matériaux de la vie variait chez des lérots, entre 5 et 1 2 grammes, c’est-à-dire que la somme des matériaux internes, employés à maintenir le principe vital était, au maximum, égale en poids à la nourriture d’une journée de juillet.
Quelles avaient été , pendant cet espace de temps $ la nature et l’intensité des mouvemens? Les mouvemens du premier ordre (volontaires) avaient cessé complètement; ceux du deuxième ordre (involontaires) presque insensibles à l’œil avaient été très ralentis; ceux du troisième ordre avaient persisté, comme le prouvent les pertes de poids et l’amaigrissement au réveil. Dans ces observations , dont je me vois obligé de supprimer tout ce qui ne louche pas à mon sujet, la corrélation a été constante, on le voit, entre la vie et le mouvement, entre le mouvement et l’usure des matériaux de la vie. Les besoins de réparation se sont réveillés par degrés.
Quelques exemples de maladies nerveuses , eliez la femme, des états de léthargie, d’insensibilité prolongée, offrent, avec les observations faites sur les hibernans , une analogie éloignée.
J’ai \u , dans ma pratique, une dame qui, sous l’influence d’impressions morales vives, tristes, et long-temps continuées, était atteinte, à des époques irrégulières, d’un assoupissement qui durait de trois à cinq jours. Au début, elle était sombre et abattue, parfois elle tombait brusquement dans l’impossibilité de tout mouvement volontaire ; parfois, avec une sensation de froid intérieur, elle éprouvait une répugnance croissante pour tout déplacement. Dans ce dernier cas, elle s’assoupissait par degrés, et l’oreille percevait les sons; la malade entendait, comprenait encore et ne pouvait déjà plus répondre. L’insensibilité allait croissant, puis la température de la peau s’abaissait , les mouvemens du pouls perdaient de leur force et de leur fréquence au point de devenir une oscillation à peine sensible, irrégulière, éloignée; le cœur ne donnait plus à l’oreille qu’une secousse incertaine, l’immobilité, l’insensibilité arrivaient au plus haut degré. Après un temps plus ou moins prolongé et sur la durée duquel les médicamens les plus actifs ne m’ont jamais paru exercer une grande influence, la malade, par une sorte de résurrection lente, rentrait dans la plénitude de ses mouvemens, et, chose remarquable! les besoins de réparation n’étaient ni pressans, ni fréquens; les pertes étaient à peine sensibles pour l’observateur.
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(Des soins hygiéniques , en tète desquels je place l’exercice musculaire à dose croissante, les bains toniques et stimulans ont assuré la guérison.)
Quelle différence, sous ce rapport, entre l’étal soporeux dont nous parlons, et les maladies aiguës où tous les mouvemens sont accélérés î
J’ai vu, cette année, une jeune enfant, une petite lille de vingt-cinq jours, rose, grasse et fraîche, le matin à huit heures, réduite le soir à onze heures, à un état de pâleur et de maigreur extrêmes. Sous la double influence d’une accélération du pouls et d’une diarrhée continue; cette petite malade avait perdu, en quatorze heures , près des deux dixièmes de son poids.