‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 21 sur 27 · H A PP OUTS SV M PATH I Q UE S · texte numérisé non relu

H A PP OUTS SV M PATH I Q UE S

près cela, faut-il s’étonner de voir cette passion produire tant d’inflammations aiguës ou chroniques des organes digestifs? On a constaté que des cancers de l’estomac ou du foie terminaient souvent les jours de ceux dont l’existence avait été tourmentée par l’ambition. — Dans la jalousie, le foie sécrète la bile en plus grande quantité que dans l’état normal, et finit par s’hypertrophier. En même temps, les digestions s’altèrent , les forces diminuent, la peau prend une teinte livide ou ictérique, la maigreur augmente de jour en jour... » En un mot, point de passion triste, point de passion violente, concentrique ou excentrique, qui n’aille retentir dans la fonction digestive*

L’impression morale douce et calme est amie de la digestion, elle l’aide et la rend plus facile; elle ne retentit sur aucun point, mais elle propage à tous son action bienfaisante.

L’impression morale triste et silencieuse est, comme la précédente, sans aucun retentissement spécial chez les personnes bien portantes; elle n’a point d’effet immédiat sur la digestion, mais à la longue elle en affaiblit l’énergie , elle finit même par l’entraver, la rendre douloureuse et incomplète.

En présence de tels faits, que nous observons tous les jours autour de nous, je m’étonne de voir traiter si légèrement de malades imaginaires, de voir railler des personnes qui accusent des douleurs dont le siège ni la cause ne se montrent clairement nulle part; non-seulement les gens du monde, mais même des médecins par fois, prononcent avec cette légèreté

blâmable. Et pourtant notre machine étant destinée à la vie, au bien-être par l’exercice même de la vie , est-il possible que le sentiment, l’ idée même du malaise ou de la souffrance naissent de l’activité normale des organes ?

En donnant une réalité aux influences morales, en les matérialisant pour ainsi dire, nous ne sortons point du domaine de l’observation, et nous sommes sur la voie où la méditation révèle souvent les moyens de guérir. J’ai eu bien des fois déjà l’occasion de m’applaudir d’avoir pris au sérieux ce qui ne paraissait point sérieux aux yeux des gens du monde.

J’aurais à citer en grand nombre les faits relatifs à des jeunes filles sédentaires, mal réglées, atteintes de palpitations, de syncopes, dans un état chlorotique commençant, ramenées sans transition à la santé, à la vivacité, par la chaleur, la poussière , et le mouvement des bals, par l’exercice de l’équitation avec des amies d’une humeur enjouée.

Après une large part des dispositions propres à chaque âge, à chaque tempérament, les influences morales, non perçues le plus souvent, peuvent encore être considérées comme l’une des causes principales qui retardent l’expansion des tissus et la venue de l’embonpoint chez les personnes livrées pendant les trente ou quarante premières années de leur vie aux incessantes préoccupations, aux déceptions sans nombre qui accompagnent la complète d’une position sociale : la digestion et la nutrition n’ont pour

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l’ordinaire leur entier développement que lorsque l1 homme a touché le port.

Si nous avions à tracer ici le tableau des variétés de sympathies qui s’exercent entre le cerveau et le canal digestif dans les maladies chroniques de ces derniers organes, plusieurs volumes ne suffiraient point à les esquisser tous, car ils varient à l’infini, et comme d’ailleurs iis se rattachent plutôt aux influences de la digestion sur l’innervation, nous n’en parlerons que plus tard.

La circulation prend une part directe à tous les phénomènes sympathiques que nous avons étudiés jusqu’ici, et s’y rattache d’une manière nécessaire. L’affïux nerveux appelle l’afflux sanguin et réciproquement.

Les rapports fonctionnels de la circulation à la digestion n’existent donc pas plus isolés que les mêmes rapports de i innervation à la digestion. Mais parfois le sang joue le rôle principal dans l’influence produite, c’est ce qui arrive dans les maladies où domine l’élément inflammatoire dont l’accélération de la circulation est le plus constant et l’un des principaux caractères : cette accélération du sang presque toujours suivie de diminution, de suspension ou de perversion de l’action digestive, est l’une des harmonies naturelles les plus brillantes et les plus fécondes : la médecine l’a prise pour la base et le point de départ le plus solide de ses prescriptions : par la diète , ce remède héroïque d’une foule de maladies commençantes, elle imite la nature qui nous y con-

damne, et ne fait le plus souvent que devancer de quelques heures ses impérieuses défenses.

Tout le monde sait qu’un simple rhume de cerveau commençant, un panaris au doigt produisent par l’accélération du sang qu’ils déterminent et par la douleur, le dégoût des alimens plus complet souvent que ne le donnerait une irritation grave de l’estomac lui-même. Eh bien! ce dégoût des alimens conduit à la diète, et la diète, on le sait, guérit plus de maux, seule, que tous les remèdes ensemble. Dans le traitement des maladies chroniques, la diminution d’un quart,* d’un tiers, de la moitié, des deux tiers des alimens est encore un moyen qui, seul ou combiné à l’action des médicamens, opère des guérisons nombreuses; j’en préciserai les limites et j’en déterminerai l’importance, lorsque dans un autre ouvrage je parlerai de l’alimentation réduite qui convient aux affections chroniques.

Si les organes digestifs sont comme nous l’avons

vu, sous l’influence du cœur et du cerveau, ce n’est point sans compensation , ils renvoient avec usure à ces deux centres les actions symphatiques qu’ils reçoivent d’eux. La digestion normale elle-même ne peut s’accomplir dans l’estomac, sans accélérer quelque peu les battemens du cœur, sans émousser les facultés intellectuelles et morales. Que signifient les envies de dormir si fréquentes après des repas même modérés? Que signifient les appesantissemens géné raux de la machine? Me sont-ils pas l’expression éloquente de la réciprocité des actions sympathiques?

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