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la vie. Entre plusieurs, je prends un exemple : un vieillard de soixante-dix ans, accoutumé à la bonne chère, mais sans excès : deux plats de viande , un plat de légumes, une bouteille de vin de Bourgogne, le tout de premier choix, font les frais de chacun de ses deux repas-, un peu de café et de vieille eau-devie de l’autre siècle, activent le mouvement de la digestion pour l’ordinaire. Deux ou trois fois par an , ce gastronome éclairé ressent, à l’occasion des changemens de saison ou de quelque extra 9 une surexcitation qui l’empêche de dormir; alors il devient inquiet, irritable, s’attriste et se plaint de mille sensations douloureuses; il cherche querelle à toute la famille, à tout son monde; rien n’est bien, rien n’est bon ; il touche sans cesse avec précaution ses liypoehondres endoloris. Je me rends auprès de lui pour l’entendre raconter ses maux, et tâcher de les soulager. Dès la cour de l’hôtel j’entends souvent les éclats de sa voix, le bruit des portes qu’il frappe avec violence. J’entre; il s’est assis dans son fauteuil de malade , il se repose de ses fatigues ; sa figure est contractée, son aspect sombre; il se plaint de l’indifférence de sa femme, de ses enfans qui prennent tout l’extérieur de la gaîté pour le distraire. — J’ai ma barre à travers l’estomac, docteur, je sens mon corset de fer (c’est ainsi qu’il exprime la souffrance de ses hypochondres) ; je n’ai pas dormi depuis deux nuits, etc. — Je trouve sa peau, sèche et chaude, son pouls plein , fréquent et dur. — Je l’écoute attentivement, avec affection ; je lui dis la cause et
le remède de chaque souffrance ; — je vois ses traits se détendre par degrés, l’expression de sa figure devenir affectueuse, caressante 5 je laisse aller la conversation sur la maladie, une demi-heure quelquefois; puis je passe à des sujets agréables; je raconte ou je fais raconter; j’explique les choses de la nature qui ont rapport à son état; — trois quarts d’heure, une heure se passent parfois , et se passent vite; — le plus souvent le remède a réussi : la peau n’a plus la même chaleur, le pouls la même fréquence. Je le fais observer au malade; il le reconnaît lui-même. Je le questionne sur ses souffrances, je mets de nouveau son esprit sur la trace de ses sensations internes, il les cherche inutilement ; — vous les avez escamotées, docteur, vous êtes mon talisman, etc. — - Je le quitte, il est tout joyeux et plein d’espérance: quelque remède simple, quelque prescription hygiénique ont fait les frais de la consultation. Cette séance achevée; quelqu’un delà famille me reconduit jusqu’à la porte et, chemin faisant, me dit ce qui s’est passé avant ma visite; c’est le fils aîné, le plus souvent. — Croiriez -vous qu’à l’instant même où vous êtes entré, mon père désespérait de sa vie, parlait des douleurs qui lui dévoraient les entrailles, et nous affligeait de l’annonce de sa mort prochaine! il vous a vu ; il est guéri maintenant : il est malade imaginaire, vous le voyez bien ! — Non, monsieur, non , les maux de votre père sont très réels. — C’est une erreur de le déclarer malade imaginaire , et cette erreur vient de ce que vous ne donnez pas à lu
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distraction , au sentiment de confiance , les vertus réelles, positives, qu’ils renferment. Accoutumez donc votre esprit à l’indivisible alliance du moral et du physique; considérez le principe matériel et le principe immatériel, non comme deux faits isolés, mais comme une unité; rien en nous de purement corporel, rien de purement spirituel , tant que nous vivons.
La digestion, la respiration, la circulation entrent pour leur part dans le phénomène de la pensée, tout comme la pensée, l’affection morale, produits de l’innervation cérébrale, concourent aux fonctions purement végétatives.
La distraction est un remède, amène une révulsion tout comme le vésicatoire, tout comme l’eau de Sedlitz ; la confiance, la foi dans le médecin sont caïmans comme le bain, comme l’opium. Rien de plus positif dans le bistouri du chirurgien, dans la lancette, dans la pilule d’opium, de sulfate de quinine, que dans l’influence morale qui guérit. Ce sont des remèdes qui diffèrent l’un de l’autre, et conviennent à des états différens; voilà tout.
Le changement que nous avons trouvé dans la chaleur de la peau et dans la fréquence du pouls, du commencement à la fin de la visite chez le malade précédent , est un fait que nous observons tous les jours chez les femmes du monde; rien de si fréquent en effet que ces variations produites par les influences morales chez les sujets
nerveux.
Si la visite à de telles malades se fait en courant, l’idée de la maladie est fausse, et la prescription souvent à coté ou bien au-delà du mal. La lenteur et la réflexion dans ces circonstances sont également au profit du malade et du médecin.
Nous disons, en terminant cette observation: il n’y a pas plus de malades que de remèdes imaginaires. Le canal digestif est la source la plus féconde des phénomènes nerveux qui réagissent sur le cerveau et se diversifient à l’infini selon leur nature et leur siège. Autre est l’état moral et intellectuel de l’homme atteint de gastrite chronique ou de gastralgie ; autre, de l’homme qui souffre d’une maladie chronique du foie; autre, de l’intestin grêle ; autre, du gros intestin.
Il y a là matière à de longues et intéressantes études. Pendant quinze années j’ai souffert de maladie des entrailles, j’ai suivi et noté minutieusement les phases de l’état moral, variant sans cesse, selon le degré, la nature et le siège du mal ; je parle avec connaissance des faits, et j’ai dans ces questions l’autorité que, dans les choses de la guerre, possède un général sorti vainqueur de combats nombreux, rudes et difficiles : depuis plusieurs années, je suis guéri, et guéri par les soins hygiéniques exclusivement. J’en pourrais dire bien long sur la part des influences morales dans ces états, sur la couleur que donncntànos idées et à nos sentimens la souffrance des entrailles, mais il faut se borner. — Nous avons vu 1° que le travail modéré de l’esprit, l’affection morale douce, l’état normal de la
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circulation, concourent à la digestion et facilitent ses actes successifs ; 2° que le travail excessif de la pensée, que l’affection morale vive et violente, que l’accélération de la circulation, troublent, suspendent ou pervertissent brusquement la digestion; 3° que l’habitude de la méditation, que l’affection morale, triste et long-temps prolongée, émoussent l’énergie des puissances digestives; 4° que, de son côté, la digestion , bien réglée pour la quantité et la qualité des alimens, aide le travail de l’esprit en lui donnant de l’activité et de l’énergie, entretient les affections morales, gaies et salutaires, et soutient la circulation par les élémens nouveaux qu’elle élabore avec maturité; 5° que la digestion irrégulière, à cause de l’excès dans la quantité ou la qualité des alimens, trouble et pervertit les phénomènes de l’innervation centrale et de la circulation ; 6° enfin, que la digestion habituellement laborieuse par la trop grande abondance de nourriture , émousse définitivement l’activité de l’esprit et du cœur.
Ces connaissances sont des élémens suffisans pour la solution de la question qui nous occupe, en ce qui touche, bien entendu, les rapports sympathiques et réciproques de la digestion avec la circulation et l’innervation centrale.
Quant à l’influence réciproque exercée par chacune des trois fonctions sur les deux autres, lorsqu’elles sont actives en même temps; pour l’apprécier, il convient de distinguer les fonctions continues des fonctions intermittentes : les premières ne peuvent
être suspendues sans que la vie soit menacée ou détruite, ce sont, entre autres, la circulation, la respiration, la nutrition , etc., les secondes trouvent dans la suspension même de leur action, une nouvelle source d’énergie; et la prolongation de leur activité au-delà de leurs limites accoutumées entraîne le désordre et la maladie; ce sont la digestion, les mouvemens volontaires (la locomotion), l’innervation centrale qui comprend l’activité des facultés intellectuelles et morales, etc. Eh bien ! les premières, continuant pendant l’activité des secondes, concourent à leur accomplissement et le rendent possible; les secondes, au contraire, ne peuvent s’accomplir toutes en même temps, ni même deux à deux , sans se nuire réciproquement : c’est une règle générale pour toutes les grandes fonctions douées d’une activité intermittente.
L’homme qui pense, respire en même temps, reçoit en même temps du sang dans toutes les parties de son corps par les impulsions du cœur, exhale et absorbe en même temps par la peau : ces trois fonctions continues, loin de nuire à l’activité de la pensée la rendent possible , la favorisent même, comme le font toutes les autres actions continues.
Mais l’homme qui pense sérieusement, ne peut avoir en même temps une digestion facile et bonne; l’homme qui digère ne peut se livrer, ni sans peine, ni sans effort au travail de la pensée, aux élans de la passion, à une marche active et prolongée, à la course surtout. Tandis que les fonctions intermit-
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tentes nuit aux autres par une activité simultanée; chacune d’elles a besoin du concours de toutes les fonctions continues.
§ 2. — Rapports fonctionnels et sympathiques de la digestion avec la respiration et les fonctions de la peau.
Le poumon est chargé de faire subir au sang veineux et aux produits réparateurs de la digestion, les transformations d’où sort le sang artériel, incitateur et soutien de la vie : ainsi, dès notre premier pas, nous saisissons un lien nécessaire entre la circulation et la respiration , et par conséquent entre cette dernière fonction et la vie; car si de son côté le poumon n’est sensible et contractile que par l’excitation du sang et des nerfs qu’il reçoit, le cœur et les centres nerveux de leur côté, puisent dans la rénovation du sang par le poumon, la possibilité et les conditions de leur activité soutenue. — La revivification du sang, son oxygénation est le phénomène caractéristique de la respiration. Mais à la suite de cette oxygénation du sang, le poumon rejette au-dehors avec l’air qu’il rend, à chaque expiration, des produits usés, de véritables exerémens qui sont de l’acide carbonique, de l’eau et de l’azote. Cette dernière fonction n’est point l’attribut exclusif du poumon , la peau la partage avec lui et rejette également au-dehors l’eau, l’acide carbonique et l’azote. Ce rôle important, commun au poumon et à la peau, les rapproche dans le phénomène de la vie, et nous conduit à l’élude
simultanée des fonctions respiratoires et cutanées
dans leurs rapports avec la digestion. Nous y puisons un premier rapport fonctionnel important, à savoir que plus la digestion estactive, plus les produits rejetés par les poumons et la peau, sont abondans; la corrélation inverse n’est pas moins évidente : l’action d’un air vif, de l’air des montagnes sur l’économie, ou bien encore de l’air des plaines élevées a pour résultat l’accélération de la digestion, son redoublement d’énergie par le fait de l’excitation tonique des poumons et de la peau. Ces rapports sont à tel point constans, que l’observation nous les montre partout en proportion réciproque : voyez d’une part l’activité de la vie, la souplesse , l’élasticité et la force de ses
mouvemens chez l’habitant des montagnes et chez le cultivateur des plaines élevées, de la Beauce, par exemple ; voyez d’autre part la langueur de la vie, la faiblesse et l’atonie du malheureux, condamné à la végétation au milieu des plages marécageuses. Eh bien ! les principales causes de ces différences, sont la différence de qualité entre l’air des différentes régions.
 mesure que nous marcherons dans l’étude des rapports entre la digestion et les autres fonctions, nous verrons d’ailleurs la solidarité entre elle et les autres se développer, et l’indivisibilité de l’unité vivante s’accroître par degrés; nous nous éloignerons de plus en plus de l’opinion qui sépare la digestion des autres actions vitales. Quant à la loi d’équilibre entre les fonctions du canal digestif, celles de la peau et des poumons, tâchons surtout de la rendre sensible par des exemples. A Paris, visitez,
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aux jours de fête, quelqu’un des lieux où se rendent les promeneurs de toutes les classes; observez attentivement la physionomie de cette population; yous y rencontrez tous les âges, les tempéramens, les sexes, mille degrés variés de maigreur oud’embonpoint , de laideur ou de beauté, de flétrissure des traits ou de fraîcheur. Mais cherchez la vive coloration de la peau , les tissus fermes et élastiques, l’air de vigueur et de santé, si commun dans toutes les classes des habitans des campagnes; vous ne les trouverez point, dans ces réunions de plusieurs centaines de milliers d’hommes et de femmes. Si par hasard une des physionomies que nous signalons apparaît dans les groupes , croyez qu’elle est arrivée depuis peu des lieux où la lumière directe, l’air vif, pur et agité fournissent à la peau et aux poumons un aliment salutaire et plein de stimulation.
Qu’une occasion d’ailleurs se présente pour vous de suivre cette personne, vous la verrez infailliblement rentrer au bout de quelques mois dans le type des villes : sa peau décolorée offrira d’autres nuances, et ses tissus flexibles céderont sous la main. Médecin, vous aurez fréquemment l’occasion défaire ce rapprochement, et de constater le changement opéré en peu de temps sur le même sujet. D’où vient cette métamorphose? De plusieurs causes, sans doute; mais surtout et avant tout de la qualité et de la quantité différente de l’air et delà lumière qui ont changé !a tonicité des deux fonctions et diminué de la sorte
la puissance digestive ainsi que la nutrition. Telle 4 0.
est la loi, et celle loi n’a pas d’exception. — Que ceux qu’un travail rude et peu fructueux éloigne de leur toit rustique, sachent les conséquences de leur déplacement. Ils viennent au milieu de nous où l’espoir du gain les appelle : des chances heureuses pourront couronner leurs efforts; mais ce qui ne leur manquera pas, ce qui est infaillible pour eux , c’est l’affaiblissement des ressorts de la vie.
Voyez cette jeune ülle : elle touche à sa quinzième année, le développement des organes en a fait une femme depuis quelques mois; sa famille la rappelle à la ville, préoccupée des soins de son éducation. Elle est fraîche et pleine de vivacité, ses tissus sont élastiques et fermes; tout lui sourit dans la vie ; l’avenir est son bien. Pauvre enfant : ses courses , ses ébats en plein air, vont être remplacés par la vie sédentaire , par les récréations dans une cour peu spacieuse où sa part d’un air sans vigueur, d’une lumière douteuse, lui sera disputée par ses petites voisines;— elle pâlira, perdra par degrés le ton de sa vie morale et physique; — la digestion, d’active qu’elle était, se fera languissante; — la grande fonction qui fait la femme ce qu’elle es!, deviendra douloureuse, irrégulière. Et l’avenir si brillant , il y a quelques mois, sera plein de menaces.
Je ne suis pas un homme d’imagination ; médecin,
j’ai vu ce que je dis, et je le dis avec le sentiment d’une conviction profonde et douloureuse. Les faits , à les énumérer par séries seulement, seraient fastidieux. Et nous autres, nés au sein des villes, accou-
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tumés à l’influence délétère des grands centres de population, à quelles conditions conservons-nous la santé? Au milieu de nos (ravaux et de nos préoccupations, arrivons-nous à la plénitude des mouvemens de la vie? Nous est-il permis de nous livrer à toutes les natures de stimulation que subissent avec avantage ceux qu’une excitation vive et constante des poumons et de la peau disposent à les recevoir? Ne sommes-nous pas plutôt forcés, pour conserver nos facultés intellectuelles et morales, actives, de surveiller, de diriger, de limiter sans cesse les actions digestives? Et encore, avec ces soins sans nombre, chacun de nous a son épine qui donne de la vie quelque sensation douloureuse : chez les uns, c’est l’estomac ou le foie, ou le pylore, ou l’intestin grêle, ou le gros intestin qui porte cette épine; chez les autres, ce sont les reins, la vessie, le canal de l’urèthre, les articulations; chez d’autres, ce sont les poumons, le cœur , quelque partie des centres ou des cordons nerveux. C’est à ces conditions que nous vivons au milieu de l’activité qui nous entraîne et nous dévore; nous achetons, au prix de la vie même, le sentiment, plus multiple de la vie.
Eh bien ! ainsi modifiés par le milieu où nous restons, que nous arrive-t-il, si nous allons passer quelques semaines aux champs? — A la ville, nous mesurions l’excitation de chaque fonction sensoriale, une intervention toute spéciale du moi réglait la part de chacune. — La nécessité de cette mesure, nous suivra-t-elle à la campagne? — Nullement; à mesure
qu’un air plein de vie pénétrera les poumons et la peau, la nutrition et la calorification deviendront plus actives, et la digestion verra s’étendre sa puissance. Un verre de vin pur, pris à Paris, développait en quelque point une clialeur maladive; une quantité moyenne d’alimens^ quelque peu stimulans, troublait le travail de la pensée, produisait l’insomnie, etc. Aux champs, nous doublerons impunément la quantité et la qualité de la stimulation, nous en produirons quelque mode nouveau, le tout au profit de la santé et du bien-être. — Dans ce cas, ce n’est point seulement la tolérance des organes de la digestion qui est augmentée , c’est leur activité propre ; ils demandent davantage : nous avons accru le mouvement de la vie sur de vastes surfaces ; le mouvement de la vie s’accroît sur des surfaces nouvelles par un enchaînement nécessaire , et l’augmentation des actions, stimulantes ou réparatrices, devient par cela même une nécessité.
11 est un autre exemple tout voisin de nous, plus simple même que les précédens, parce que la peau seule se trouve dans des conditions bien sensiblement différentes; c’est celui que nous offrent les hommes occupés à retirer de l’eau les trains de bois qui viennent par la Seine. Ces hommes, dans l’eau jusqu’à la ceinture cinq mois de l’année, prennent pendant tout ce temps un bain dont la température est le plus souvent de dix à seize degrés. — Comment combattent-ils l’action débilitante du froid prolongé? — Six, huit bouteilles de vin blanc sont la ration