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augmente, la digestion étant languissante ou troublée; que la nutrition souffre, la digestion conservant son activité, comme il arrive chez certains sujets, voilà ce qui surprend et inquiète.
Les médecins eux-mêmes sont parfois embarrassés d’assigner une cause à ces anomalies apparentes; pourtant, dans le doute, l’expérience les a conduits à supposer quelque lésion obscure des organes de la digestion, et, presque toujours, c’est par cette voie qu’ils espèrent ramener et qu’ils ramènent en effet l’harmonie. J’ai produit souvent chez les plus jeunes enfans , de promptes métamorphoses en excitant ainsi des troubles salutaires dans les organes de la digestion, à l’occasion de vices ou de langueur de la nutrition dont la cause ne se révélait point. — Depuis quelques jours un enfant languit, prend le sein négligemment, exerce une succion incomplète; vous le voyez pâlir et maigrir; il ne manifeste plus le besoin incessant d’agitation, qui est le caractère de la première enfance; il est triste, irritable, reste indifférent à toute impression agréable du dehors. Vous l’examinez attentivement, vous le touchez pour apprécier la chaleur, la fréquence du pouls; vous interrogez la tête, le ventre, la poitrine, nulle part vous ne trouvez la trace d’une inflammation commençante.
Yous conseillez 20 à 30 grammes de sirop d’ipécacuanha, ou bien un petit purgatif, selon le cas : au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures toutes les fonctions sont rétablies , les tissus s’épanouis-
sent de nouveau et la nutrition s’accomplit à souhait.
Quelle était la cause du mal ? Je l’ignore. Comment le médicament a-t-il agi? Je ne sais. Mais le fait est constant et tellement vulgaire que, dans les maisons où les habitudes anglaises dominent, la mère de famille prescrit et administre ordinairement elle-même le remède qui rétablit l’harmonie. La coutume même que j’ai rencontrée dans ces familles, de se pourvoir d’une petite pharmacie, de purger et de faire vomir les enfans de loin à loin, avec réserve, ne m’a point paru nuire à la nutrition. Je dois même dire que là j’ai rencontré les enfans les plus frais et de la plus riche végétation. Il y a dans ces faits un rapport sympathique évident entre les organes de la digestion et la nutrition. Ce rapport s’étend à tous les tissus quelle que soit d’ailleurs leur activité propre. La nutrition est modifiée par la digestion, aussi bien dans la glande lymphatique que dans la fibre musculaire, danslesystème fibreux des articulations, dans les os même aussi sûrement que dans la peau ; seulement les actions réciproques sont plus ou moins lentes, plus ou moins énergiques selon que l’organe est plus ou moins éloigné par sa structure, des. deux agens essentiels de la vie, le sang et les nerfs.
Des esprits d’élite ont réalisé dans ces dernières années, un progrès véritable dans l’hygiène et la médecine en s’emparant d’un fait de sympathie entre la nutrition, la calorification et les autres fonctions du corps humain. Ils ont vu dans la peau une surface large, un point d’appui solide pour exciter ou calmer
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les actions vitales; pour les harmoniser en modifiant la calorification et la nutrition de cette vaste enveloppe. Voilà un rayon de la vraie lumière! Puis l’avidité et l’ignorance ont saisi l’idée, et Xhydropathie a été donnée au monde, comme système médical : c’est l’abus, c’est l’exagération. Mais dans de justes limites, se trouvent les influences les plus salutaires de la nutrition et de la calorification sur la digestion. Nous voyons la peau, nous la touchons. Eh bien! qu’elle nous serve à étudier ces rapports sympathiques.
Les personnes nerveuses éprouvent parfois pendant les chaleurs de l’été une sorte d’épuisement, la langueur des fonctions digestives, le dégoût meme des alimens, surtout lorsqu’une vie sédentaire jointe à des méditations habituelles, fait naître en elles une production de calorique vicieuse. Ces personnes se trouvant bien d’aspersions d’eau fraîche de l’immersion pendant quelques minutes dans une baignoire, répétée plusieurs fois; elles retrouvent ainsi l’équilibre, le sentiment de bien-être et l’activité de la digestion. Qui ne reconnaît le bon effet des bains de siège froids pris pendant un quart d’heure? Les femmes nerveuses surtout en retirent les plus heureux effets , et souvent même la guérison de douleurs qu’aucun remède n’avait pu calmer : la digestion , si souvent troublée chez elles, se rétablit comme par enchantement. Qu’y a-t-il de saillant dans la cause qui produit ces bons résultats? — La soustraction de la chaleur et l’augmentation d’action de la peau. De tels
effets saisissent l’esprit du malade, le médecin hygiéniste ne peut les ignorer. Parmi les nombreux exemples que me fournit la pratique, je citerai le fait suivant.
Une dame de soixante-quatorze ans, sanguine et nerveuse à l’excès, est sujette depuis plus de vingtcinq ans à des alternatives de constipation et de relâchement qui ne lui ont jamais laissé quinze jours de bonne santé; elle éprouve dans le bas -ventre des douleurs et des productions de calorique qui se renouvellent plusieurs fois chaque jour : la fin de l’intestin surtout, la vessie, le canal de l’urèthre et la muqueuse qui tapisse les organes extérieurs de la génération sont le siège d’une chaleur pénible, irritante.
Des habitudes de vie d’une extrême régularité, les conseils de beaucoup de médecins n’ont pu soulager la malade qui se résigne désormais à ses souffrances. Pourtant dans un moment de redoublement , elle sent faiblir sa résolution ; son fils, témoin de ses douleurs, l’engage à prendre mes conseils et me fait prévenir. La malade me conte longuement son mal; je la prie de m’en remettre une note qui m’en présente les phases diverses. Je réfléchis à son état, et la revois au bout de quelques jours; dans une longue conférence, j’indique les moyens qui m’inspirent le plus de confiance; tous sont tirés de l’hygiène, tous sont motivés par quelque considération que j’expose. La dame les accepte avec confiance et les emploie exactement pendant quelques mois; mais elle
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n’en éprouve que peu de soulagement et sent une fois encore son courage défaillir.
Je cherche, j’examine de nouveau et me décide, vu la saison, à conseiller le bain de siège frais, répété plusieurs fois par jour; on y joint des compresses d’eau froide sur le ventre. Deux semaines de ce traitement ont changé l’état de ma malade. — Depuis huit mois elle a oublié sa vie malheureuse, elle renaît, ditelle, elle revient aux bons jours de son âge mûr.
Il n'est point question de médecine ici, on le comprend, mais d’hygiène, de l’hygiène de la digestion, dont la nutrition et la calorification de la peau bien gouvernée, modifiée â propos, aident les fonctions réparatrices. On se le rappellera : nous pouvons activer ou ralentir la digestion par les différentes pratiques qui modifient la nutrition et la calorification.
§ 5. — Hapports fonctionnels et sympathiques de !a digestion avec les mouvemens volontaires ( la locomotion# )
Lorsque nous avons étudié les différentes phases de la digestion et l’appareil chargé de l’exécuter, nous avons trouvé aux deux extrémités du canal digestif, des moteurs soumis à la volonté et par conséquent des mouvemens volontaires.
Beaucoup d’autres organes de notre corps présentent cette nature de mouvement, et sont mis en action par le moi. Mais quels sont ces organes? — - Quel est le mécanisme, quel est le principe de leur activité?— Les muscles se contractent, se raccourcis»
sent, en prenant leur point fixe sur des surfaces osseuses, et quelque partie du corps ou le corps entier est mis en mouvement. Mais s’ils sont actifs dans cette fonction, les muscles ne sont pourtant point moteurs; pour s’en convaincre, il suffit de couper les cordons nerveux qui s’étendent du cerveau ou de la moelle à quelqu’un des muscles de la vie de relation. Dans ce cas, la volonté de mouvoir telle ou telle partie du corps, quelque formelle et énergique qu’elle soit, n’est suivie d’aucun mouvement; en effet, elle dirige son influence sur les parties qui ont cessé d’être en communication avec le centre de perception et de volonté. Le même phénomène se produit par les congestions cérébrales accompagnées d’épanchement.
Ces derniers faits signifient qu’un plus ou moins grand nombre de points de la masse cérébrale où les nerfs vont puiser l’incitation, ont été frappés ou définitivement ou pour un temps plus au moins long. Il serait inutile de poursuivre ces considérations qui n’ont avec notre sujet qti’un rapport indirect; nous avons donc dans tout mouvement volontaire, un agent de mouvement , en communication avec le cerveau, c’est le nerf; un instrument de ce mouvement, c’est le muscle; un instrument n’ayant d’autre mouvement propre que celui de la vie intime, c’est l’os. L’étendue et les limites de la fonction sont déterminées par l’étendue et les limites de l’influence nerveuse; partout où le cerveau commande au muscle, la locomotion existe; ailleurs, le muscle vivifié par le système nerveux des grandes cavités ne
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jouit que des mouvcmens organique et fonctionnel.
Comment la digestion que nous avons vue liée aux fonctions du cerveau en ce qui Louche les facultés intellectuelles, morales et instinctives, se trouve-t-elle en rapport sympathique avec les instrumens de la locomotion? Nous ne pourrions le dire ; et pourtant ce rapport est de toute évidence. — La vie sédentaire qui condamne au repos les instrumens des mouvemens volontaires, amène inévitablement la diminution ou l’accroissement vicieux des sécrétions, ou du moins l’élaboration incomplète de leurs élémens. Si à la vie sédentaire se joint le calme de l’esprit et du cœur, l’être physique et moral tombe le plus souvent dans une sorte d’empâtement, de paresse et d’obésité qui attriste. Si au contraire la suractivité des facultés intellectuelles s’associe au manque d’exercice, le système nerveux cérébral s’exalte, les organes de la digestion, perdant de leur énergie contractile, deviennent des centres de sensibilité et de calorification vicieuse, se trouvent atteints de névroses, et la fonction est ainsi rendue douloureuse, irrégulière et incomplète.
Joignez à la vie sédentaire les affections morales tristes, et vous aurez la cause la plus fréquente des maladies organiques de l’estomac ou de quelque autre grand instrument de la digestion.
Certaines attitudes du corps au repos, celles des hommes de bureau, par exemple, ajoutent aux causes qui produisent sympathiquement le trouble de la digestion , des causes d’une nature toute mécanique
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dont les influences ne sont pas moins graves. 11 y a d’ailleurs, chez cette classe intéressante et nombreuse, un concours de circonstances contraires à la plénitude des fonctions digestives. Le manque d’exercice est la première et la plus importante , l’inclinaison ducorpsen avant, qui comprime les organes et gêne leurs mouvemens, vient l’aggraver; la vie morale, chétive et monotone, où tout est prévu, limité, compassé, même les chances heureuses, détruit les ressorts du cœur, et retire à la digestion le concours utile qu elle reçoit d’une innervation centrale , énergique.
J’ai eu l’occasion d’observer les hommes de bureau , je les ai vus un à un et réunis par douzaines dans de grandes administrations : les uns, d’une activité d’intelligence médiocre, présentent le spectacle d’une végétation sans vigueur, une peau décolorée, des muscles grêles , sans intensité contractile en harmonie avec la fibre cérébrale; les autres, esprits actifs et capables, mais sans application harmonique du moral , ont vu leur teint se flétrir, leur figure se sillonner de rides précoces, et leurs cheveux blanchir avant le temps : les gastrites et les entérites chroniques, la constipation opiniâtre, les hémorrhoïdes, le catarrhe de la vessie sont leur partage.
Quelques-uns, tout au plus, entraînés par des circonstances heureuses, à des études spéciales, à un mode d’activité de leur goût , conservent les muscles en saillie, la peau fraîche et vivante et l’intégrité des fonctions digestives. Ce sont là des rapports sur les-
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quels on ne peut trop insister, car ils donnent la clef d’une infinité de phénomènes relatifs à la digestion. L’homme dont l’esprit est cultivé a besoin de conditions morales particulières pour jouir de la plénitude de la vie physique; à mesure qu’il augmente le nombre de ses idées, qu’il agrandit la sphère de ses connaissanoes , il doit aussi voir s’étendre son horizon; à mesure qu’il comprend et sent davantage, il voit croître les besoins de son cœur et de son esprit. 11 lui faut en perspective un but éloigné qu’il désire, qu’il espère, et cela sous peine de se sentir écrasé sous le poids de sa propre activité, brisé dans tous ses ressorts. C’est là précisément ce qui arrive à l’homme de bureau lorsque son esprit est cultivé; enfermé dans une carrière sans horizon, sans espoir, il sent tout son être moral condamné à une sorte de système pénitencier, clos en une cellule contre les murs de laquelle se brisent les efforts de sa pensée et de son activité : le résultat inévitable est l’allanguissement et le trouble des fonctions digestives, par l’inlluence directe de l’innervation centrale sur la digestion, comme nous l’avons vu, et par l’influence de cette même innervation sur le système musculaire, réfléchie vers les organes digestifs. Que ces conditions de vie soient changées^ la culture de l’esprit proportionnée à la position, le jeu des muscles, l’exercice du corps, tenus dans de justes limites, et nous verrons en même temps les organes de la digestion fonctionner librement, énergiquement; nous les verrons envoyer vers les centres nerveux du sentiment
et de la pensée l’impression vive et forte d’un bienêtre sans mélange.
L’habitant des plaines élevées ou des coteaux, qui jouit d’une modeste aisance, l’ouvrier sage et laborieux, qui trouve dans son travail de chaque jour la juste récompense de ses peines , sont, à nos yeux, les modèles du développement haiynonique de la fonction locomotive et de la digestion. La même harmonie se rencontre à tous les degrés de culture de l’esprit, où l’équilibre persiste entre l’activité morale et l’activité physique. Voyez ce bon prêtre au milieu de ses paysans ; pauvres, il les soulage; affligés, il les console; malades, il les va visiter : il leur a voué sa vie tout entière. Dans ce saint devoir, il exerce harmoniquement son cœur, son esprit et son corps. Pour lui point d’excès de la pensée, point de folles ambitions, point de passions tumultueuses. Sa vie active trouve partout une application utile, et Dieu l’en récompense par le calme et les jouissances douces qu’il réserve aux bons cœurs, par la plénitude de la vie physique, par les longues années qu’il préserve de la souffrance en les bénissant une à une. Ceci n’est pas de la fiction, mais de l’hygiène et de la physiologie, positives l’une et l’autre.
La peau vivifiée par les influences bienfaisantes de l’air et de la lumière, le sang renouvelé par le contact d’un air pur et abondant, les muscles fortifiés par un exercice salutaire ont disposé l’estomac à recevoir avec une douce et légitime sensualité, la stimu-
RAPPORTS SYMPATHIQUES
lation réparatrice d’un repas frugal. La digestion s’accomplira facilement dans de telles conditions, on n’en peut douter : les pensées douces, les passions actives, mais dirigées vers le bien, communiquant au cerveau une excitation modérée lui fourniront leur concours.
Le médecin, le commerçant, etc., trouvent encore dans l’exercice musculaire une source d’activité pour les organes de la digestion.— L’exercice précipité, la course prolongée amènent le trouble de la digestion, de même que l’exercice trop long-temps soutenu fait naître avec la courbature, l’épuisement et le besoin de repos, bien plus prononcé que le besoin de réparation. Nous observons tous les jours sur nous-mêmes et sur nos animaux domestiques, les effets de l’exercice poussé à l’excès : nos chevaux, nos chiens de chasse, après une course forcée restent tristes et refusent la nourriture tout comme nous le faisons nousmêmes dans des circonstances semblables. 11 y a donc dans toutes les conditions où se trouvent les organes de la locomotion, des rapports sympathiques constans de cette fonction à la digestion : l’excès ou le manque d’exercice portent une atteinte profonde à la digestion, tandis que l’exercice modéré l’entretient et la fortifie. Ce n’est point une chose nouvellement découverte que cette corrélation, elle a été sentie à toutes les époques. Le roi de Perse qui voulut goûter le brouet des Spartiates n’en eut pas plus tôt perçu l’impression,
« Qu’il rejeta bientôt la liqueur étrangère.
« — On m’a trahi , dit-il , transporté de colère :
« — Seigneur, lui répondit le cuisinier tremblant,
« Il manque à ce ragoût un assaisonnement.
« - — Et d’où vient avez -vous négligé de l’y mettre ?
« — Il y manque , seigneur , si vous voulez permettre ,
« La préparation que vous n’emploirez pas ;
« L’exercice, et surtout les bains de l’Eurotas. »
Ces vers résument ce que nous avons dit des influences sympathiques de la peau et du système musculaire sur les organes de la digestion. Mais la part qu’elle donne à la peau est trop Forte, car l’expérience prouve que le rapport sympathique entre les organes de la digestion et l’appareil locomoteur l’emporte de beaucoup, pour l’intensité des résultats sur le rapport sympathique entre les mêmes organes et la peau. On me dira, je le sais, que dans l’exercice pris au grand air, les muscles ne sont point les seuls organes en activité ; que la respiration, la circulation et l’innervation générale reçoivent aussi leur part du mouvement imprimé à la locomotion, et qu’elles participent aux influences sympathiques qui s’irradient vers les organes de la digestion. Je ne le nie pas 5 aussi n ai-je point eu l’intention jusqu’ici de déterminer d’une manière rigoureuse les rapports du système musculaire de la vie de relation aux organes digestifs; mais en les montrant étroits et constans , j’ai affirmé qu’ils étaient d’une nolableimportance; je vais le prouver» — Telle femme du monde souffre depuis des années, de l’estomac ou des entrailles, elle a vainement essayé des ressources de la pharmacie et de l’hygiène, le séjour à la campagne, les promenades à pied, les bains stimulans, les frictions sèches à la
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peau ont pu la soulager, mais ne l’ont pas guérie. Elle continue de souffrir; sa vie est misérable; la tristesse et l’irritabilité que font naître ces maladies, la rendent à charge à elle-même et aux autres. Que fera le médecin hygiéniste, que conseillera-t-il T S’il s’agit d’une consultation banale, il n’a que l’embarras du choix assurément; mais qu’il veuille être utile, qu’il veuille soulager et guérir, sa position change, et le nombreux arsenal se réduit à bien peu de choses. Qu’il conseille une nature d’exercice qui excite plus profondément la contraction musculaire; qu’il astreigne sa malade à faire sa chambre elle-même , à frotter son parquet; à manier la bêche et le râteau, non par fougue, mais régulièrement plusieurs fois chaque jour.
Bon nombre de malades à ma connaissance ont dû leur guérison à ces pratiques simples et faciles. Rien ne calme les nerfs, rien ne détruit l’accumulation de la sensibilité, la production vicieuse du calorique dans nos organes, aussi sûrement que l’exercice musculaire. Demandez aux médecins qui s’occupent du traitement de la folie, quel est le premier de tous les remèdes , le seul peut-être contre cette affreuse maladie. Sur les autres points ils pourront différer d’opinion , mais sur celui-là ils seront unanimes : l’exercice musculaire, non par les promenades, mais par la culture de la terre, c’est-à-dire par la contraction forte et profonde des muscles que cette nature d’exercice rend nécessaire. Dira-t-on que ces faits ne
suffisent pas, que mes preuves ne sont pas convain-
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çantes? j’en ajoute une dernière, sans réplique à mon sens; je veux parler de l’influence du massage sur les organes de la digestion. Mais qu’est-ce que le massage? Telle que je l’ai vue pratiquer, cette opération consiste dans la compression méthodique et forte des muscles de toutes les régions du corps : le masseur qui doit être robuste, presse les muscles superficiels selon leur trajet, un à un , pour ainsi dire, les pétrit chacun plusieurs fois; il imprime à chacune de leurs insertions une secousse vive et forte, tire les épaules et la tête en arrière, fait craquer les articulations exerce sur les membres des tractions fortes et de légères secousses.
« Le premier effet du massage, dit M. Rostan, est une sensation de volupté difficile à décrire. Les personnes qui font éprouvée, prétendent qu’on ne peut se faire une idée de cette pratique. On croit renaître. Les impressions sont tellement vives, qu’on se figure les sentir pour la première fois; il semble que l’on recommence à vivre; la lassitude que l’on éprouvait, fait place à un bien-être inexprimable. » Ces résultats sont assez remarquables déjà; mais ils n’ont point de r appo r t d î r ect a vec n o t r e s u j e t , Y in fluen ce s y rnp a th ique des organes de la locomotion sur les organes de la digestion . Il faut, pour s’en convaincre , observer les effets du massage sur cette dernière fonction dans des cas de lésion grave de l’estomac et des intestins. J’ai conseillé ce moyen dans certains cas d’entéralgies et de gastralgies incoërcibles, où la digestion était très douloureuse, quelquefois impossible, et je l’ai vu
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produire des effets tellement prompts et décisifs, que les malades incapables de digérer avant l’opération, le lait, le bouillon coupé, les sucs de viande et les gelées les plus légères, pouvaient après la seconde ou la troisième séance, manger du pain et la noix d’une côtelette de mouton, boire de l’eau et du vin dont ils étaient privés depuis des mois, et cela sans éprouver la moindre douleur. La peau reçoit dans le massage sa part d’excitation, mais l’influence qu’elle exerce sur le canal digestif est ici tout-à-fait secondaire, car l’excitation et la révulsion sous toutes leurs formes avaient été tentées chez ces malades sans aucune notable amélioration ; tandis que l’espèce d’exercice musculaire au repos, résultant du massage, amène les améliorations promptes que nous disons. Je n’ai point l’intention, on le comprend bien, de déterminer ici la valeur thérapeutique du massage, j’en prends simplement un effet passager pour le faire servir à la démonstration de la proposition que j’avance.— Si le paysan et l’ouvrier nesuccombent pas aussi fréquemment que l’homme cultivé aux influences délétères des affections morales tristes, il faut chercher, toute part faite à la culture de l’esprit, la cause qui produit la différence en faveur des premiers, dans la nécessité salutaire de l’exercice du corps qui prévient ou détruit les congestions vicieuses de la sensibilité et de la chaleur sur les grands organes de la digestion (J). L’homme adonné aux travaux de
{] ) Ce fait est si vrai que les soldats nostalgiques , qui se rencontrent presque constamment parmi les conscrits venus des campagnes, suc-
l’esprit ne conservera, pendant de longues années, la santé et la possibilité d’un travail fructueux que par les mêmes moyens.
Les sympathies qui se propagent des organes de la digestion au système des mouvemens volontaires ne sont ni moins nombreuses ni moins variées. Dans l’état de santé, l’action libre et facile de l’estomac et des intestins fait naître dans tout l’appareil locomoteur le sentiment de force et le besoin de mouvement. 11 n’est personne qui n’ait ressenti l’un et l’autre, qui n’ait éprouvé ces incitations parties des organes de la digestion. Leur manifestation varie d’intensité selon les âges et les tempérainens; l’enfant qui porte dans ses organes le type du tempérament nerveux, du tempérament sanguin ou d’un mélange de l’un et de l’autre, nous montre au plus haut degré, ce rapport entre la digestion active et le besoin de mouvement : il faut qu’il s’agite continuellement, en tous sens, sous l’impulsion d’une force intérieure, irrésistible. Observez attentivement ces jeunes sujets, la fougue qui entraîne le corps, la tête, les bras, les jambes, dans une agitation continue, fatigue à voir; si la crainte qu’inspire une parole sévère la comprime un instant; le mouvement d’expansion, suspendu quelques minutes , vient de nouveau les emporter malgré eux; il renaît à vue d’œil dans la machine entière; et les cris, les chants, le tapage, les
sauts et les gambades, recommencent de plus belle.
combent à l’affection morale, en l’absence d’une activité de leur °;oiit.
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Eh bien! qu’une irritation légère de l’estomac, qu’une couche de mucosités recouvre la membrane de cet organe; nous voyons à l’instant le besoin presque continuel de réparation se convertir en dégoût; l’expression vive et animée de la figure tourner à la langueur; la gaîté devenir tristesseet maussaderie; les mouvemens de tout le corps se réduire au repos , à l’accablement. Les mères ne reconnaissent pas leurs enfans, disent-elles, tant le changement s’est fait complet et brusque. L’irritation du petit intestin produit un abattement plus complet, une courbature plus profonde encore; lorsque les enfans en sont atteints, on les voit sombres, repousser toute caresse, éviter avec soin tout mouvement du corps. S’ils ont besoin, s’ils éprouvent le désir de se transporter d’un lieu dans un autre, ils veulent être portés, car leurs jambes, naguères infatigables, refusent le service. J’ai vu plusieurs fois, depuis deux ans, le type des enfans terribles, une petite fdle de trois ans, assez sujette à une colite, qui n’empèchait ni l’appétit, ni la gaîté, ni l’exercice, réduite tout-à-coup à l’état que je viens de tracer par la propagation de l’irritation vers l’intestin grêle. Le changement que j’ai observé chaque fois dans l’expression de sa figure, dans son altitude et ses mouvemens, m’a d’abord inquiété; elle que je ne me rappelais point avoir vue au repos, s’irritait du moindre dérangement. Elle est restée quelques jours, chaque fois dans cet abattement; le repos qu’unediète rigoureuse donnait aux intestins a diminué par degrés
la maladie, et par degrés aussi j’ai vu reparaître l’expansion et le besoin de mouvement avant même qu’aucun aliment n’eût réparé les pertes. Le rapport entre les organes de la digestion et ceux des mouvemens volontaires sont si étroits dans ces circonstances, qu’on peut conclure des uns aux autres avec une entière certitude: ainsi l’accablement continue-t-il, fait-il de nouveaux progrès, on peut affirmer que les entrailles restent malades, que leur état s’aggrave. Voit-on renaître au contraire le besoin de mouvement, l’irritation des intestins diminue; elle va cesser, le fait n’est pas douteux. De tous les signes qui nous mettent à même d’apprécier l’état du canal digestif, il n’en est pas de plus certain que ceux qui se traduisent par les instrumens des mouvemens volontaires. En effet, la chaleur générale, la fréquence du pouls, la douleur locale, et tous les symptômes, peuvent être graves dans une maladie légère; mais la courbature profonde, les douleurs intolérables des membres, lorsqu’elles viennent s’y joindre, indiquent les débuts d’une affection sérieuse, et le plus souvent des organes de la digestion. J’ai cité de préférence les enfans pour mettre en évidence les sympathies qui se dirigent de la digestion vers la locomotion , parce que chez eux une indisposition porte promptement les manifestations d’un extrême à l’autre : en un instant ils passent du rire, de la gaîté folle aux pleurs intarissables; de la vivacité dans la perception à l’état soporeux ; de l’appétit le plus impérieux au dégoût le plus prononcé; en un
RAPPORTS SYMPATHIQUES
mot, de toutes les apparences d’une santé florissante aux états les plus alarmans. Il y a toujours de la ressource chez les enfans, est un dicton populaire, né de ces révolutions soudaines.
À mesure que F homme avance dans la vie, il voit changer la direction, diminuer la rapidité des actions sympathiques entre les organes; mais Fidèles à suivre tous ies degrés de la vitalité générale, les sympathies ne cessent quèà la mort.
Si le point de départ le plus naturel de ces considérations n’était pas l’état normal, nous aurions trouvé chez les sujets nerveux , chez les hommes adonnés aux travaux de l’esprit, chez ceux surtout qui portent dans le petit intestin quelque trace d’irritation chronique, une transition plus tranchée encore du mouvement d’expansion de la santé , au mouvement de concentration qui est, à diflerens degrés, l’expression de la souffrance; nous aurions constaté des irradiations sympathiques plus vives encore des organes de la digestion à ceux de la locomotion. — Chez les personnes atteintes d’entérite chronique ou d’entéralgie, on voit souvent le passage de la gaîté à la tristesse; du sentiment de bien-être aux sensations douloureuses, vagues; du sentiment de force à celui de faiblesse; de l’énergie musculaire à la courbature se produire en quelques inslans, par le passage d’une température sèche et chaude, à une température fraîche et humide.
Ces faits qui se reproduisent à-peu-près d’une manière certaine dans des circonstances données, ont
avec notre sujet un rapport nécessaire, en ce qu’ils se gouvernent et se guérissent par une hygiène de la digestion bien entendue, plus souvent et plus sûrement que par les remèdes de ia pharmacie.
Les sujets qui les présentent sont bien portansaux yeux du monde; ils vont et viennent, se livrent à leurs occupations, divisent leur temps, mangent et dorment comme tout le monde. Quant aux irrégularités dans leur humeur, dans leur régime, dans leur travail, on les attribue à des dispositions excentriques, a l’originalité; s’ils ont quelque penchant à se plaindre, s’ils laissent paraître au-dehors , la sensation des souffrances qui s’élèvent des organes malades vers le cerveau, on les plaisante; ils veulent se rendre intéressans ; ils sont malades imaginaires , hypocondriaques, et tout est dit. — Ce n’est point ici le lieu de tracer l’histoire de cette classe si nombreuse parmi les hommes de lettres, les artistes, lessavans, etc.; nous en traiterons, lorsqu’il sera question de V Hygiène de la digestion appropriée aux constitutions maladives . — Le fait que nous recueillons ici à leur occasion, est que l’énergie contractile du muscle, et le sentiment de force qui l’accompagne, fait place chez eux au sentiment de courbature, d’affaiblissement du mouvement, et cela, en quelques minutes, sous l’influence d’une transition brusque de température, du sec à l’humide ou du chaud au froid; sous l’influence d’une impression morale, de quelques gouttes de boisson acide ou de liqueurs fortes introduites dans l’estomac, etc.
RAPPORTS S Y MPATHIQUES .
Avant de passer à l’étude des rapports sympathiques qui lient les organes de la digestion à ceux de la génération , quelques réflexions sont nécessaires pour expliquer le plan que nous avons suivi.
Nous devons d’abord rappeler que nous ne prétendons point faire un ouvrage savant, mais un ouvrage pratique, à l’usage du plus grand nombre; que dans ce but nous devons préférer l’exposition à la démonstration; la vue de détail, le fait, à là vue générale.— Nous n’avons point à suivre méthodiquement la classification physiologique des fonctions, mais à présenter les rapports saillans de la digestion avec les principales.
11 faut, nous le savons bien, mettre de l’ordre dans une pareille lâche, la multiplicité des objets à étudier en fait une loi : aussi avons-nous divisé et simplifié autant que nous le pouvions.
Lorsqu’il s’est agi de présenter les rapports de la digestion avec les autres fonctions, nous avons dû considérer par voie d’analyse ce qui constitue l’homme. Qu’avons-nous vu? — Nous avons vu une unité, une individualité sans division rigoureuse possible, mais une unité de nature complexe quant à ses fonctions. La nature complexe une fois admise, la distinction et la division ont suivi rigoureusement , et nous avons eu le moral et le physique dans l’unité humaine; l’homme tout entier nous est apparu sous trois modes généraux : penser et vouloir , se nourrir et se reproduire. Nous avons vu d’abord la digestion en rapport avec le penser et le vouloir
(la pensée et la passion — l’innervation centrale).
Nous avons ensuite cons déré la digestion en rapport avec les principales fonctions qui concourent à l’entretien de la vie végétative* à savoir la circulation, la respiration, les fonctions de la peau, la nutrition, la calorification et la locomotion. Ces fonctions réunies à la digestion, sauf la dernière qui est lien et instrument des trois modes, constituent le second mode général.
Le troisième mode qui a pour objet la conservation de l’espèce est la reproduction, dont l’étude complétera ce que nous avons adiré des sympathies établies entre la digestion et les autres fonctions.
§ 5. — Hapports fonctionnels et sympathiques de la digestion
avec la génération.
Se nourrir et se reproduire est l’un des caractères communs à tous les êtres vivans; mais les organes et les actes qui assurent ces phénomènes généraux sont de plus en plus compliqués, à mesure qu’on s’élève dans l 'échelle des êtres organisés. Chez l’homme, nous avons vu que se nourrir entraînait le concours actif de six ou huit fonctions liées entre elles par leur but unique et par des sympathies nombreuses. Se reproduire , seconde destination de tout ce qui vit, est chez l’homme et chez les animaux supérieurs, un besoin de nature, une fonction complexe qui met en jeu non-seulement un système particulier d’organes, mais l’instrument commun des sensations, le cerveau, et tout l’appareil de la locomotion.
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Pour l'homme, la reproduction ne développe dans les organes spéciaux de la fonction et dans leurs auxiliaires qu’une activité de peu de durée qui se renouvelle plus ou moins souvent, selon les dispositions individuelles. 11 n’en est pas de même pour la femme; car tandis que la tâche de Phomme est achevée par la sensation qui pousse au rapprochement des sexes, par l’activité des organes de locomotion qui opèrent ce rapprochement et par l’intervention active et momentanée des organes spéciaux; sa tâche à elle, commence à peine, lorsqu’elle a pris à l’acte de la reproduction une part analogue à celle de l’homme. L’homme féconde, la femme reçoit, conserve et développe son propre germe fécondé ; elle le porte pendant neuf mois, le dépose viable et l’allaite. — Pour la femme, donc, à l’acte même de la génération commun aux deux sexes, il faut ajouter la conception , la grossesse , V accouchement et V allaitement . Ce partage si inégal entre l’homme et la femme, partage qui suffirait assurément pour justifier l’intérêt, l’affection et le secours généreux du fort au faible , de l’homme à la femme, fait comprendre comment les organes de la génération exercent chez elle et reçoivent des influences sympathiques infiniment plus nombreuses et plus variées que chez l’homme. Les plus grands observateurs ont reconnu cette vérité, et l’ont proclamée dans les propositions suivantes : la femme est ce quelle est à cause de la matrice y la matrice est toute la femme. De cette différence entre la nature cl le nombre des fonctions
qui concourent à la reproduction chez l’homme et chez la femme, naît une différence analogue pour les rapports réciproques entre les organes de la génération et ceux de la digestion : chez la dernière, ces rapports sont au plus haut degré, quant au nombre et à l’intensité.
Pendant les douze ou quinze premières années de la vie, les organes de la génération sommeillent pour ainsi dire; ils ne font entendre leur voix, et ne prern nent une part active aux affaires de l’organisme, que lorsque le développement de l’individu est avancé dans l’un et l’autre sexe. La puberté, cette grande époque qui les voit entrer en scène, en même temps qu’elle est plus précoce chez la femme , offre une révolution plus complète , le réveil de sympathies plus nombreuses et plus vives du côté des organes de la digestion.
Avant ce temps néanmoins, dans les premières années delà vie, alors que la nature ne donne aux organes de la génération que la mission simple de vivre de la vie commune, les habitudes vicieuses (l’onanisme) les rendent artificiellement le point de départ de sympathies funestes. Chez les jeunes enfans, les organes de la digestion sont l’un des centres qui reçoivent tout d’abord les influences fâcheuses de la masturbation. Les points d’irritations chroniques, les troubles nerveux et sécrétoires que cette triste habitude y fait naître, jettent dans le désordre les instrumens de la fonction , ils y développent même les germes de la désorganisation : la pâleur, l’amai-
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grissement , la perte des forces et les états nerveux les plus graves s’ensuivent nécessairement. A cet âge, l’état incomplet des organes de la génération, loin d’être une circonstance atténuante de l’habitude vicieuse, en aggrave de beaucoup les effets, car la tension nerveuse, produite par l’excitation locale, n’a point chez l’homme de limite où elle soit remplacée par l’affaissement et elle se continue jusqu’à la lassitude générale. J’ai vu de ces jeunes sujets profit ter de tous les momens de solitude, pour travailler avec un acharnement incroyable à la destruction de leur santé. 11 est un fait que les mères de famille ne doivent point ignorer, c’est que souvent, sans mauvais conseils et sans mauvais exemples, dès l’âge de trois ou quatre ans, certains petits enfans trouvent dans des atlouchemens accidentels, un présage anticipé des jouissances du sens génital, et qu’ils sont conduits machinalement, pour ainsi dire, à l’habitude vicieuse. Je ne fais point cette réflexion pour exciter dans le cœur des mères les préoccupations exagérées, mais pour les porter à une surveillance active, intelligente et discrète. J’insiste sur ce dernier point, sur la mesure dans la surveillance, parce que j’ai vu déjà plusieurs fois son excès conduire au mal qu’on voulait éviter. — H y a quelques années, une petite fille nerveuse, née de parens français originaires du nord, âgée de sept ans seulement, fut confiée à mes soins. — Cette enfant pâle, amaigrie, débilitée ne pouvait plus digérer; chacun de ses repas était suivi de maux d’estomac, de crampes douloureu-
scs, de chaleur vive de la peau; elle vomissait parfois : aux périodes suivantes de la digestion, elle ressentait sur plusieurs points du ventre des coliques terminées par des évacuations liquides. L’aspect général de la petite malade, l’expression de sa figure , et surtout F impuissance complète des remèdes me mirent sur la trace des causes. J’interrogeai les pareils : la mère me répondit avec une extrême vivacité que mes suppositions ne pouvaient avoir aucune base solide; que, dès l’âge de deux ans, elle avait dirigé toute son attention à réprimer jusqu’aux moindres attouchemens ; qu’elle y avait employé les gronderies, les menaces et les petites corrections. A mesure qu’elle insistait, l’excellente femme, pour me démontrer l’impossibilité du fait, j’en acquérais par ses paroles mêmes l’entière certitude. Je revins à l’enfant, et par des questions sans danger, par la crainte de la mort surtout, je vainquis ses résistances, les larmes coulèrent et les aveux avec elles. La mère, tendre à l’excès, avait appris à son enfant ce qu'elle voulait lui cacher, et parce qu’elle le voulait sans discernement. Lorsque l’habitude est arrivée à ce point, les réprimandes sont inutiles, dangereuses mêmes; il ne s’agit point de parler mais d'agir : il faut changer les conditions de la vie. Par le travail en commun et surveillé, par les jeux où le corps s’exerce au grand air, parles distractions de toute sorte, la journée est vouée à une activité incessante; le besoin impérieux de sommeil en résulte, et la mauvaise habitude s’échappe de la vie comme le liquide d’un vase trop
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plein. Je demande pardon de cette comparaison et de cette insistance , mais le sujet est grave et je dois être compris. On me charge souvent d’adresser des remontrances aux enfans, de les effrayer pour les détourner du mal; je le fais de mon mieux et crois avoir fait trop peu. Aussi mes prescriptions sérieuses sont-elles toujours pour la famille. Remplissez la journée de travail de corps et de travail d’esprit , entassez l’un sur l’autre, et prenez ce qui lasse et ce qui délasse, de manière à ce que l’habitude solitaire ne trouve aucun joint où se glisser ; ne laissez durer le séjour au lit que pendant les heures de sommeil complet; agissez ainsi méthodiquement en confiance, et croyez bien que vous n’aurez besoin ni de la médecine ni du médecin : sans ces soins, d’ailleurs, ils sont souvent l’un et l’autre impuissans. Quant à la règle à suivre dans la surveillance, elle découle tout simplement de cette considération que le jeune enfant n’a ni plus ni moins de raisons pour porter ses mains à telle partie du corps qu’à telle autre : ni 'plus ni moins , c’est entendu.
Après ces considérations, il convient de reprendre les faits à la puberté, alors que, sans aucun accident, les rapports sympathiques s’établissent d’une manière naturelle entre les organes de la génération et ceux de la digestion. À cette époque, les premiers entrent en scène, ils avaient été jusque-là le siège d’un travail de formation, de végétation pour ainsi dire, et rien de plus; ils n’avaient fait entendre aucun appel, aucune injonction impérieuse. Leur mise en activité,
qui est l’éveil du sens génital, signale un nouveau besoin, et, tout en perfectionnant l’individu, complique le jeu de son organisme. La jeune fille qui se forme éprouve fréquemment, dans les organes de la digestion, des troubles ou légers ou graves 5 elle y voit retentir, sous l’impression de mille influences qui frappent son moral ou son physique, les actions suscitées vers les organes de la génération. Ces communications sympathiques, obscures le plus souvent chez les jeunes filles adonnées dans la campagne au travail du corps, forment chez celles qui vivent au sein des grandes villes, une époque de transition toute pleine de dangers. La vie sédentaire, les émotions précoces, l’application trop soutenue des facultés de l’esprit, le manque d’air et de lumière, les exigences mêmes de la mode qui gênent le libre exercice des organes, sont autant de causes qui contrarient la nouvelle fonction et s’opposent à sa régularité., La révolution qui fait de l’enfant, une jeune fdle aurait eu besoin, comme toutes les grandes actions vitales, du concours des autres fonctions, pour s’accomplir sans trouble et sans effort : elle en est privée et s’opère par cela même incomplète. La digestion se trouble alors, et l’appétit est perverti ; les petites irritations intestinales, les douleurs qui s’étendent de la région de l’estomac entre les deux épaules, le dégoût des alimens pendant un ou plusieurs jours, le goût pour les crudités, signifient presque toujours ou le retard de l’apparition des règles, ou la notable diminution, ou l’exagération de leur écoulement, ou l’apparition
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de quelques fïueurs blanches. Nous voyons souvent alors chez les sujets lymphatiques la suppression des règles sans cause immédiate , appréciable , arrêter brusquement les elïorts de la plus brillante végétation, faire naître dans le ventre des points douloureux disséminés, des chaleurs importunes, des engorgemens précurseurs de l’affection tuberculeuse. Le nombre et la nature des sympathies qui se réveillent à l’époque de la puberté entre les organes de la génération et tous les autres, pourraient faire la matière de plusieurs volumes; en nous bornant même à celles qui se propagent vers les fonctions digestives, nous épuiserions difficilement le sujet. Mais tel n’est point notre but : nous voulons simplement mettre sur la voie. Nous aurons, d’ailleurs, une occasion d’y revenir, lorsque nous exposerons les règles de l hygiène de la digestion appropriées aux dijférens âges. Pendant tout le cours de sa vie, la femme est sous l’influence de ces actions. A la suite d’un choc du col de la matrice, d’une opération pratiquée sur le même organe, elle éprouve des hoquets, des nausées, des vomissemens ; le retour des époques mensuelles est l’occasion de névroses des entrailles, d’irritations des intestins, de dérangemens dans les garde-robes, de crampes, de douleurs plus ou moins vives de l’estomac ; c’est même là souvent, pour celles qui habitent les grandes villes, un état habituel que sa généralité fait accepter comme loi, nécessité pénible. 11 n’est point rare de voir des femmes du monde, soignées sans succès pendant des mois et même des années
pour des maladies des organes de la digestion, guéries rapidement ensuite par quelque moyen simple, dirigé vers les organes de la génération, premiers moteurs de tous les désordres : l’excellente clinique du
professeur Lisfranc où la vue pratique, droite et profonde, se révèle à chaque page, présente des exemples nombreux de ces guérisons. Voyez encore vers quels organes se réfléchissent les sympathies, dans la chlorose, dans les flueurs blanches; les premiers et les plus notables effets du trouble du système génital portent sur l’estomac et les intestins qui paraissent être le siège de la maladie. Si l’on considère la nature des médicamens utiles dans ces états et leur manière d’agir, on reste convaincu qu’ils ne sont autre chose qu’une lésion spéciale des absorbans veineux et chylifères, répandus à la surface du canal digestif : je mettrai ce fait hors de doute dans une autre occasion. — Quoi de plus fréquent que la salivation abondante, le dégoût, l’inappétence, les appétits bizarres, les nausées et les vomissemens dans les premiers mois de la grossesse? Toutes les époques et tous les jours delà vie, d’ailleurs, chez la femme, offrent entre le système de la génération et les organes digestifs des relationsintimesquel’ hygiéniste et le praticien doivent avoir toujours présentes à l’esprit. L’âge critique en possède des types nombreux et quelquefois graves.
Chez les adolescens des deux sexes, les troubles sympathiques de la digestion par les habitudes solitaires sont, nous l’avons dit, plus prompts et plus sensibles que dans la seconde enfance, et par cela
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moins funestes souvent, car ils laissent après chaque attouchement un sentiment de faiblesse et d’épuisement; une commotion rapide frappe les grands centres et donne à celui qui veut vivre un enseignement utile.
Le jeune homme, à cause de la différence entre le rôle des deux sexes, éprouve par l’onanisme une influence sympathique plus rapide et plus profonde que la jeune fille. Dans les âges qui suivent, les troubles qui résultent de l’abus des rapports sexuels établissent entre l’homme et la femme une différence encore plus tranchée. L’abus est pour l’homme plus grave que la privation ; c’est le contraire chez la femme, en supposant bien entendu, l’association; non point la promiscuité. Un coup qui frappe les organes de la génération chez l’homme atteint presque en même temps, par voie sympathique, les organes de la digestion. De ce point de départ, on voit naître, des premiers aux seconds , une série de rapports sousl’inlïuence desquels se produisent toutes les nuances de lésion depuis le simple épuisement qui demande les boissons et les alimens stimulans, jusqu’aux névroses les plus graves, aux irritations les plus tenaces. Dieu nous a donné les différens instrumens qui composent l’unité humaine, pour qu’ils agissent; c’est un fait certain et plus certain que les motifs spécieux qui servent de base aux vœux de chasteté; mais un second fait d’une égale certitude c’est qu’il nous les adonnés pour l’usage et non pour l’abus, cela, sous peine de maladie ou de mort prématurée. Mais quelle
est la règle, dira-t-on? — La règle est simple et sûre, puisque la nature toute bienveillante l’a mise dans nos organes : qu’ils agissent librement , mais sans provocation, sans excitation du dehors. Dans cette limite, il est toujours facile de trouver la mesure, et avec elle le bien-être et la santé. Pour tous les appareils, qui ont avec le cerveau des moyens de communication directe, à l’aide desquels le moi est averti des besoins, le plus haut degré de la sagesse est d’aviser à ce que leur expression ne soit pas pervertie ne soit jamais provoquée d une manière factice. Et si l’on considère qu’en tête de chacun des trois modes généraux 'penser et vouloir , se nourrir et se reproduire , se trouvent des appareils à fonctions intermittentes, doués de cette nature de communication avec le moi , on comprendra que le but de toute éducation bonne et complète, de toute hygiène salutaire est l’obéissance du moi aux appels et aux incitations de chacun des trois appareils recteurs, en d’autres termes, leur activité harmonique :
Que l’on fasse prédominer l’un des trois modes généraux sur les deux autres, ou deux d’entre eux, sur le troisième, en donnant une prépondérance fâcheuse, à un ou deux des systèmes recteurs : que , par exemple, on s’adonne à la bonne chère, qu’on mette le soin de remplir l’estomac de mets succulens et de vins exquis, au-dessus de tout autre soin, on nuit à l’activité des deux autres modes, et l’on tourne à la brute; qu’au contraire, on provoque, par les conversations érotiques, par les lectures de même espèce,
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parle voisinage et le contact fréquent cle l’autre sexe, une domination illégitime des organes de la génération, on nuit à l’activité des deux autres modes, on tourne sûrement à l’animal; qu’enfin l’homme dédaigne et méprise le soin de son corps, les appels de son estomac, qu’il repousse tout contact sexuel, qu’à l’exemple d’autres insensés qui l’ont précédé, il déclare le rapprochement des sexes un acte immonde et grossier; qu’il mette avant tout et par dessus tout le soin d’exalter certains sentimens, de remplir sa tête de connaissances, d’exercer la pensée, de faire dominer son moi, il n’en est pas moins dans le faux, il n’en nuit pas moins à l’activité des deux autres modes, et sa contravention à la volonté de Dieu sur l’homme n’évitera pas plus que les deux autres la sanction pénale.
Nous admettons comme une loi de nature que l’activité exagérée de l’un des grands appareils entraîne l’allanguissement et le trouble des autres. Celte considération nous conduit naturellement à l’étude des rapports qui vont des organes de la digestion à ceux de la génération.
En dehors des circonstances où les habitudes vicieuses ont fait naître prématurément ces rapports ; ils n’existent sensiblement ni pour l’homme ni pour la femme dans l’enfance; car, à cette époque, les derniers n’ont aucune fonction à remplir, aucune part active et directe à la vie. Mais à partir de la puberté, il en est tout autrement. La succession régulière des actes de la digestion est la plus sûre garantie de l’é-
volulion facile des organes génitaux. Chez l’un et l’autre sexe, les irritations chroniques et les névroses des organes digestifs retardent souvent de six mois, d’une année et plus, le développement extérieur et l’apparition des règles chez la femme. Les âges qui suivent voient se confirmer et se multiplier encore les sympathies entre les deux appareils. Mais en ce qui touche l’aptitude au rapprochement des sexes* qui constitue la part virile tout entière dans la reproduction, la différence qui existe entre la nature des fonctions dévolues à chacun des deux sexes établit une notable différence dans la manifestation des rapports sympathiques. Pour que la femme se livre au rapprochement, il suffît qu’elle le veuille ; actifs ou passifs, les organes n’en reçoivent pas moins le contact : il en résulte que l’impossibilité physique n’existe jamais pour elle, quand elle porte un système d’organes complet. Il n’en est pas de même chez l’homme, ses organes ayant besoin de l’influx nerveux et sanguin ; par fois, il éprouve les plus vifs désirs et ne peut les satisfaire; par fois, les efforts les plus énergiques de la volonté et les incitations de la passion la plus violente, loin de favoriser le mouvement vital vers les organes de la génération, le ralentissent et l’entravent. Sous le rapport, del’aptitude au rapprochement, l’étude des actions qui s’y transmettent des organes de la digestion, donne des résultats plus nombreux et plus évidens chez l’homme. Ainsi le repas plus copieux qu’à l’ordinaire, l’abus même des boissons stimulantes , en congestant
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les centres nerveux, appesantissent le corps et font taire chez l’homme les appels du sens génital. Alors ses désirs sont vains, ses provocations infructueuses; les organes sommeillent. L’habitude de la surcharge de l’estomac et de l’excès delà stimulation qui imprime aux puissances vitales une direction exclusive et vicieuse vers les organes digestifs, diminue encore l’aptitude virile ou même la convertit en impuissance.
Lorsque les organes de la digestion fonctionnent à l’aise sur une quantité modérée d’ali mens choisis et réparateurs , le sentiment de bien-être qui s’en échappe va retentir dans les organes de la génération : il faut même le reconnaître, dans les limites où la vie est active, chez tous les animaux, la sobriété du mâle est la plus sûre garantie de la puissance sexuelle.
Dans les états chroniques de l’estomac ou des intestins, l’influence de l’appareil digestif est à tel point directe, que le plus ou le moins d’empressement à rechercher l’autre sexe mesure exactement, pour l’ordinaire, l’état des organes malades. Tel, qui pendant dix années a mis son bonheur dans les ébats amoureux, voit l’épine d’une irritation chronique de l’estomac mettre un terme aux désirs, à la puissance virile, et souvent ses passions les plus irrésistibles se convertir en dégoût. Tel autre, frappé d’entérite chronique, a vu s’opérer dans toutes ses fonctions, dans toutes ses dispositions physiques, morales et intellectuelles une révolution complète : il était gai, expansif et jovial; il devient triste, sérieux
et taciturne; il était insouciant des soins de sa santé, il s’en préoccupe à l’excès; il n’avait jamais entendu le cri de ses organes malades, il le perçoit avec une délicatesse exagérée, et l’attention même qu’il met à n’en perdre aucun retentissement est une sorte d’écho qui reporte l’impression de douleur à son siège, en la centuplant; il se complaisait dans les sentimens tendres, il s’abandonnait aux entraînemens d’une passion forte, en recherchait l’objet avec persévérance, jouissait de sa possession avec délices : aujourd’hui, concentré sur lui-même, il ne permet ni à son cœur ni à son esprit de faire excursion audehors; le sens génital est glacé et les occasions qui naguère le mettaient en jeu ne donnent qu’un sentiment d’aversion. Chez ces personnes, quelquefois le cri d’impuissance, qui surgit des organes, convertit en objets d’horreur les objets des plus vives affections. J’ai observé et soigné plusieurs de ces malades, et j’ai constaté que, quelles que fussent d’ailleurs les dispositions naturelles, aucune autre affection ne suscitait, plus despotique, plus absolu, l’instinct de vivre et de se conserver; ils voient avec douleur la perte de leurs avantages, s’en attristent et la croient irrévocable. Le sentiment de leur impuissance les poursuit comme un remords; ils ne comprennent point cet état si nouveau pour eux. Le plus souvent aucune trace de fièvre, aucune production vicieuse de chaleur, aucune douleur distincte dans le ventre ne sont perçues que l’impuissance dure encore. Plusieurs névroses des organes de la
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digestion produisent, comme les irritations chroniques, ces effets sur les organes de la génération. Mais de quelque nature que soit la lésion, il n’est point de signe plus certain du mieux, que le retour aux anciens penchans amoureux.
J’ai recueilli souvent dans le caractère de la conversation de ces malades, dans leur manière de parler et d’agir à l’égard des femmes, la conviction d’une amélioration que rien d’ailleurs n’annonçait.
Je pourrais, si la nature du sujet ne m’imposait la discrétion, citer des exemples nombreux de résurrection complète du sens génital, après plusieurs années d’extinction apparente, et cela par degrés, toujours en rapport avec l’état des entrailles. Les inquiétudes et les questions de ces malades se reproduisent sous mille
formes au sujet du changement qui les afflige. — - ■
Mais, docteur, avez-vous vu rien de pareil? — Oui. — Dois-je renoncer au mariage? — Non. — Que faire, donc? — Vous guérir. — Mais je suis vos conseils depuis six mois; je me trouve mieux assurément, je reprends un peu d’embonpoint; pourtant je reste incomplet! je ne sens pas la vie! — Continuez et espérez. — Ne me trompez-vous pas, docteur? — - Non. — Si je reprenais mes anciennes habitudes? si j’essayais? — Avez-vous quelque désir sans provocation ? — - Aucun. — Eh bien ! attendez ; considérez le mécanisme de la fonction : le sens génital en est l’interprète auprès du moi, et c’est l’interprète le plus persuasif, le plus éloquent, le plus vrai qu’elle puisse avoir. — Toute votre impatience ,
toutes les ressources de votre esprit ne peuvent que gêner son ministère. Gardez-vous de chercher par des rapports avec les femmes, par l’excitation présente de leurs charmes, à donner aux organes une résurrection prématurée. — Attendez que le da ngcr cesse; cette fonction, comme toutes les autres, rentrera dans ses droits et saura prendre sa place : Dieu vous a donné l’intelligence pour en rendre l’action harmonique et rien de plus.
Ceux qui ont guéri les entrailles ont vu souvent se réaliser les présages d’une nouvelle jeunesse.
§ 6. — Rapports fonctionnels des organes de la digestion entre
eux.
L’exposé, contenu dans notre premier chapitre, a fait connaître la plupart des rapports fonctionnels, qui lient entre eux les organes de la digestion et plusieurs de leurs rapports sympathiques les plus importans; nous n’y reviendrons pas, pour ce qui touche l’état de santé. Mais la direction que nous voulons donner aux constitutions maladives dans notre seconde partie, exige quelques détails sur les modifications qui résultent pour la fonction des troubles de ses instrumens,
1° Bouche. — La membrane muqueuse qui tapisse les lèvres, la face interne des joues, la langue et toutes les autres parties de la première cavité, offre des degrés de coloration et d’injection infiniment variés d’un individu un à autre. Pour le même individu, dans l’état de santé, la coloration est d’un rose plus ou moins vif, toujours plus animé pendant et après
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le repas , l’injection moyenne, la sécrétion du mucus et de la salive assez abondante pour tenir la bouche humectée. La chaleur y est un peu plus élevée que sur les parties externes , mais agréable; la langue qui y participe, donne la conscience de cette différence légère : lorsque, sortant de la bouche, elle se promène à la partie extérieure des lèvres, son impression est douce. Le goût attentivement appliqué aux fluides qui séjournent dans la bouche vide, transmet au cerveau la sensation d’une humidité tiède, mais sans saveur spéciale. L’odeur qui s’en exhale, fraîche et pure dans la jeunesse, est plus tard ou très faible ou légèrement fade. On comprend la persistance de cet état de la bouche, tant que les organes qui la composent sont sains ; on comprend ses modifications inévitables par la maladie d’une ou plusieurs de ses parties ; ainsi l’inflammation de la muqueuse ou des organes qu’elle recouvre, accroît la coloration, l’injection et la chaleur, pervertit les sécrétions en changeant leur quantité, produit des saveurs passagères et nouvelles, des odeurs spéciales à chaque nature d’affection : il en est encore de même des maladies qui attaquent les dents. Tout cela est connu, intéressant, mais n’a point trait à notre sujet ; ce qu’il s’agit de constater ici, ce sont les caractères que présente la bouche, lorsque, sans être le siège primitif d’aucune maladie, elle exprime l’état des organes cachés à notre vue, de l’estomac, du foie, du petit intestin et du gros. H y a là en effet des rapports assez conslans.
Le défaut d’énergie érectile des lèvres, leur pâleur qui se propage à la langue et aux autres régions de la cavité, ramincissement de la langue elle-même agitée d’un petit mouvement il brillaire , lorsqu’elle s’allonge au-dehors, annoncent ordinairement la langueur de la fonction , non-seulement de l’estomac, mais de tout le canal ; cet état se rencontre dans la chlorose, à la suite des maladies aiguës des organes digestifs, etc. Un léger abaissement de température, une sensation fugace d’empâtement muqueux, une odeur fade, désagréable, s’y associent le plus souvent. D’autres états de l’estomac et des intestins , qui ne réclament point immédiatement les secours de la médecine, produisent des états différens de la bouche; aux irritations gastro-intestinales légères des temps humides correspondent les apparitions d’aphthés qui se succèdent quelquefois pendant des mois, en échauffent l’intérieur et l’endolorissent à l’excès ; aux irritations sécrétoires et aux névroses répondent les différens enduits qui recouvrent la langue, y produisent une sensation de brûlure, un goût de poivre, de sel, une amertume insupportable, et qui se communique à tous les ali mens; des odeurs désagréables variant du fade nauséeux, à l’odeur des matières fécales, à celle de la décomposition putride. Dans le cours de 1844 où la constitution médicale a rendu si nombreuses les irritations sécrétoires, nous avons retrouvé presque toutes ces sympathies, avec des degrés d’injection et de calorification locale des plus variés. L’irritation inflammatoire de l es-
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tomac porte au pourtour et à la pointe cle la langue l’injection sanguine vive. Chez les personnes qui souffrent habituellement d’états chroniques, le volume de cet organe est accru, et son hypertrophie signale un afflux exagéré des fluides vers le canal dû gestif. La destruction partielle des dents, la carie qui en divise la couronne et la fait tomber en fragmens ou en poussière, sont déterminées fréquemment par les affections chroniques des organes inférieurs.
J’ai vu bien des fois le travail de désorganisation s’accélérer ou se ralentir sur les dents, selon que la gastrite ou l’entérite s’aggravait ou tournait à la guérison. 11 est inutile de dire que la perte des dents, en rendant la mastication incomplète, nuit de son côté aux opérations suivantes de la digestion. Tout le monde a été à même d’observer que les vieillards édentés et les personnes encore jeunes, dont la mâchoire a été prématurément dégarnie, voient naître, par ce fait seul, les mauvaises digestions habituelles et les irritations chroniques qui viennent à leur suite. Toute action ou mécanique ou physiologique qui s’oppose à ce que la bouche se ferme exactement pendant que les aiimens solides sont divisés, produit encore, et la mastication incomplète, et les troubles qui s’ensuivent : telles sont les pertes de substance des lèvres et des joues, les plaies qui les pénètrent, les paralysies partielles d’un des côtés de la bouche, etc.
2° Arrière -bouche et œsophage. — La bouche, l’arrière-bouche et l’œsophage se continuent sans in-
terruption et sont tapissés par la même membrane ; malgré celte continuité apparente, ils ont chacun des manières de sentir différentes, ainsi que des sympathies différentes avec les autres organes de la digestion. Sous ce rapport, le canal digestif est di- \ isé en zones très distinctes, que les maladies rendent plus distinctes encore. Ainsi la coloration et l’injection vives, accompagnées d’excès de chaleur, de sécrétions viciées, peuvent exister dans toute la bouche et cesser brusquement à l’arrière-bouche. L’arrière-bouche à son tour peut offrir le gonflement des amygdales, la rougeur et même l’injection piquetée et la perversion de sécrétion, toute la bouche restant à l’état normal ou même notablement décolorée. Toute cause qui rétrécit l’arrière-bouche et la rend douloureuse a pour effet d’entraver la digestion par les obstacles qu’elle met à la déglutition; de la rendre même impossible si l’obstacle ne peut être surmonté par Faction volontaire. Le sens assez obscur qui siège à cette région est suscité et grandi dans ces cas ; et les impressions qu’il transmet au cerveau prennent une infinité de nuances, depuis la simple difficulté perçue et vaincue sans efforts jusqu’à l’horreur de tout aliment et même des liquides, comme il arrive dans certaines angines. Les sympathies qui se rendent des parties inférieures à l’arrièrebouche et à la gorge, existent avec ou sans celles qui se transmettent à la bouche; ainsi, les sensations de spasme, d’âcreté, d’ardeur se propagent souvent de l’estomac, du duodénum, du petit intestin à la pre-
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mière région et s’y arrêtent, sans transmission sensible à la seconde. Les actions qui se passent dans toute Fétendue de l'oesophage et à sa surface ne sont point perçues par le cerveau , dans l’état de santé. Quelques étals nerveux et des irritations chroniques y développent des sens morbides qui font éprouver de violentes douleurs par le milieu de la poitrine, en gênent l’expansion, et font ainsi naître le sentiment d’oppression et la difficulté de respirer.
Sous l’influence de constitutions médicales dont les conditions nous échappent, on voit apparaître ces états et d’autres états particuliers du canal digestif, sur plusieurs personnes en même temps, dans la même saison : mes notes médicales, qui remontent à 1834, en contiennent cinq exemples pour 1837; aucun dans les années suivantes, puis sept nouveaux exemples en 1841 . La douleur et la difficulté de respirer produisent la tristesse et font redouter les heures des repas. Rien de si obscur d’ailleurs , rien de si incertain que les irradiations sympathiques de l’œsophage aux autresrégions du canal. Pourtantil prend
une part active à certaine nature de vomissemens.
3° Estomac. — L’exposé que nous avons fait des différentes phases de la digestion, a été pour nous déjà l'occasion de signaler de nombreuses sympathies entre l’estomac et les autres parties du canal digestif. Dans l’état de santé, les sensations de faim , de soif, de satiété, etc., passent par ce viscère pour se porter au cerveau et se réfléchir dans la partie supérieure, quel que soit d’ailleurs le siège pri-
milif du besoin; sa plénitude et sa vacuité produisent sur la bouche et l’arrière bouche des impressions différentes que nous avons appréciées ainsi que la plupart des autres relations physiologiques. Mais quels rapports nouveaux naissent de ses troubles? Le vomissement, qu’il soit produit par une indigestion ou par l’émétique, par un état nerveux de l’estomac ou par une irritation, par une action mécanique sur l’arrière-bouche, par l’état de syncope, par une influence morale vive, ou par un choc, le vomissement est précédé de la pâleur de la face, de la décoloration des lèvres et de la muqueuse de la bouche, d’un sentiment de malaise à la gorge. Avant son apparition, la bouche passe par des alternatives de sécheresse et d’humidité excessives, elle se remplit de salive et de mucosités. Les efforts qui l’accompagnent, changent la direction des contractions de l’œsophage, transforment cet organe en une sorte de pompe aspirante, et font monter avec rapidité les matières de l’estomac à la bouche pour être rejetées au-dehors; elles provoquent des sécrétions abondantes. A la pâleur de la face, à la décoloration des organes supérieurs, succède un état contraire de turgescence, un mouvement érectile des papilles muqueuses. Les sympathies que développe le vomissement ne se bornent pas aux organes supérieurs, elles se propagent aussi vers le duodénum, le foie, l’intestin grêle et le gros intestin. La bile qui se mêle aux matières vomies et laisse dans la bouche une sensation d’amertume, prouve (pie l’excitation a franchi le