‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 4 sur 27 · PROPOSITION II · texte numérisé non relu

PROPOSITION II

Deux sensations internes distinctes, plus ou moins impérieuses , selon le degré, rappellent à l’homme et aux animaux deux besoins de réparation distincts : la faim , rapportée à l’estomac, réclame les matériaux de réparation solides; la soif, rapportée à J arriére-boucbe, réclame les matériaux liquides.

Le besoin de réparation et le mouvement se rattachent l’un à l’autre; la fréquence et f intensité du besoin de réparation se lient à la fréquence et à

1 intensité du mouvement; nous l’avons vu. Un lien non moins étroit lie les deux sensations de la faim et de la soif au besoin de réparation; est- il faible et naissant, la sensation produite sur le cerveau ne provoque pas même encore un désir, elle réveille simplement le souvenir de l’aliment, mais c’est un souvenir agréable qui surgit plein de charmes, surtout vers la fin des maladies graves. Le mouvement continue et les pertes s’accroissent, le besoin se développe et grandit, en même temps naît l’appétence, l’individu désire les alimens; le désir non satisfait, devient plus vif, c’est l’appétit; — au-delà c’est la faim , ce sont scs impérieuses injonctions, et depuis le point où elle suggère la volonté formelle de réparer les pertes, par une nourriture succulente, jusqu’à ses limites extrêmes où elle inspire de sinistres résolutions, elle entraîne l’organisme dans une succession de souffrances, qui témoignent également, et de l’importance de ses appels et de son influence sur le moral. Les pertes en liquides amènent plus particulièrement le besoin des boissons, et la sensation de la soif se fait sentir comme celle de la faim à des degrés infiniment variés, depuis l’impression fugace et agréable qui rappelle le souvenir des alimens liquides jusqu’aux angoisses les plus douloureuses. La privation des boissons rend plus prompts les effets de l’abstinence : les animaux privés de nourriture et de boisson meurent long-temps avant ceux dont on continue de satisfaire la soif. Ce besoin dans le régime ordi-

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naire de la vie est subordonné à l’abondance des pertes en liquides 5 plus vif, plus impérieux pendant les chaleurs de l’été, il est moindre dans les autres saisons. La soif est encore relative à la qualité des alimens. Ces derniers sont-ils peu stimulans, abondamment pourvus de sucs aqueux, la soif ne se fait point sentir; elle est dans ce cas satisfaite en même temps que la faim : une dose suffisante d’élémens liquides se trouvant dans les alimens, les boissons deviennent à-peu-près inutiles. L’habitude de la sobriété limite singulièrement les exigences de la soif: j’ai vu des paysans passer des journées, et meme des semaines, sans éprouver ce besoin; quelques habitans des villes, de vie rangée , régulière , accoutumés à une diète plus végétale qu’animale l’éprouvent aussi rarement et le satisfont à peu de frais. Une nourriture trop stimulante, trop abondante, réveille une soif impérieuse et fait taire le sens admirable qui donne la mesure des besoins. La perversion de l’une des sensations entraîne la perversion de l’autre. La seconde réagit sur la première et ainsi de suite jusqu’au point où la capacité physique des organes est la seule limite des besoins factices.

L 'abstinence , suffisamment prolongée , amène l’impossibilité de la réparation; il est une limite audelà de laquelle, la vie persistant, la mort est pourtant inévitable. Des faits de la plus haute importance , surtout pour la médecine, montrent les conditions et les lois de la mort par la privation des alimens. Nous trouvons dans ces faits une nouvelle con-

ürmation de la proposition première : la durée possible de l’abstinence est subordonnée à l’activité des mouvemens. Les animaux jeunes chez lesquels les mouvemens des deux derniers ordres, plus actifs , amènent des pertes plus promptes, éprouvent des besoins de réparation plus fréquens que les animaux adultes ou vieux de la même espèce, et supportent moins l’abstinence. Les hibernans chez lesquels le ralentissement des mouvemens diminue la somme des pertes , supportent, sans aucune souffrance apparente, l’abstinence prolongée plusieurs mois. Enfin quelques animaux à sang froid y sont soumis impunément pendant des années. Une loi commune à tous, en dehors de la durée de l’abstinence , c’est qu’au-delà d’un certain degré, de nouvelles pertes ne sont plus compatibles avec la vie. Des belles expériences de M. Chossat, nous pouvons conclure que la perte des quatre dixièmes de son poids est une limite au-delà de laquelle tout animal trouve une mort inévitable. Ni l’action du calorique ni celle des alimens , combinées ou isolées, ne peuvent la conjurer. Nous appelons toute l’attention des praticiens sur ces effets extrêmes de l’abstinence; ils montrent combien il est important à la fin des maladies aiguës qui ont amené de grandes pertes, soit à cause de leur durée, soit à cause de l’excessive activité imprimée aux mouvemens vitaux, de saisir le moment où le retour aux alimens peut avoir lieu. Une diète trop long-temps prolongée à cette époque a souvent jeté l’organisme dans un état où tout mouvement de réparation deve-

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naît impossible. La mort a saisi le malade véritablement guéri , selon l’expression d’un savant professeur. Nous observons souvent, à la suite des maladies aiguës, une certaine nature de chaleur et de fréquence du pouls que calme rapidement le retour aux alimens. Ces phénomènes résultent de l’abstinencc prolongée et conduisent rapidement à l’incapacité digestive. Dans l’état de santé , chez les personnes dont aucun excès n’a dépravé les impressions, la faim et la soif font entendre des appels qu’il faut toujours respecter. Ces deux voix intérieures acquièrent meme chez certains individus une telle perfection, un tel développement qu’elles les dirigent dans le choix des alimens et dans la mesure de leur quantité avec une sûreté tou t-à-fai t surprenante.— J’ai vu cette précision exceptionnelle départie par la providence toute bienfaisante et juste, à la grande simplicité des goûts, à la constante persévérance dans la sobriété 5 pauci quos œquus amavit. .....

Le grand nombre s’abrutit et se corrompt par une nourriture mal choisie et trop abondante. « La moitié des maladies qui affligent l’humanité, dit notre ami, M. le docteur Descuret, reconnaît pour cause l’intempérance ( Médecine des passions). » J’ai observé chez les mêmes personnesun instinct de retenue merveilleux par son exactitude; tandis que les autres arrivaient à la satiété dans la limite d’une à six livres d’alimens inutiles ou nuisibles, elles, au contraire, éprouvaient le dégoût à la première bouchée d’alimens solides, à la première cuillerée de boisson inu-

tile aux besoins du corps. A ce degré de clairvoyance organique, la gourmandise est une vertu, elle est un don du ciel.

La faim nous prend à l’estomac et la soif à la gorge, telle est l’impression commune, telle est aussi l’opinion de la plupart des physiologistes-, ils ont conservé à ces deux sensations le siège que leur avait assigné l’instinct.

Quelques philosophes , quelques physiologistes aussi ont émis dans ces derniers temps une opinion différente; les philosophes ont fait de l’instinct qui porte l’homme à rechercher les alimens, une faculté primitive du moi que les physiologistes localisateurs (les phrénologistes) placent dans le cerveau et nomment l’ alimentivilé.

Dans l’opinion vulgaire élucidée et développée par les savans, l’estomac est doué de l’instinct qui pousse à rechercher les alimens. « L’estomac, dit « M. Blondlot dans son beau Traite analytique de la « digestion , est aux organes de la digestion, ce que le « cerveau est à ceux de relation; c’est l’organe cen- « tral des sensations et des voûtions internes qui ap- « partiennentà l’instinct et dont nous n’avons pascon- « naissance d’une manière directe, comme le cerveau « est celui des sensations et des voûtions externes qui « appartiennent à l’intelligence. « C’est, on le voit, le système ancien des deux âmes, des deux puissances (pii tiennent sous leur direction l’homme tout entier.

Dans l’opinion plus nouvelle des philosophes, le

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moi , et dans celle des plirénologîstcs, le cerveau , se trouvent les centres uniques. Les premiers voient le moi impressionné diversement selon le milieu qui reçoit l’impression ; les seconds attribuent à des parties distinctes du même organe le cerveau , les différentes facultés. Dans toutes les hypothèses , des rapports étroits, des sympathies nombreuses sont établis entre les instincts et les facultés de l’intelligence.

Une multitude de faits prouvent d’une manière évidente les rapports sympathiques qui lient le cerveau et l’estomac, mais ils ne disent pas s’il existe deux centres matériels de délibération, ou bien un seul; ils ne disent pas si la puissance promotrice des instincts existe dans les organes destinés à les satisfaire, ou dans un centre commun de perceptions, tant internes qu’externes; si enfin l’instinct de rechercher et de prendre les ali mens est une faculté du cerveau ou de l’estomac. Les partisans de la centralisation, de l’unité souveraine présentent des raisons qui ne me paraissent pas sans valeur :

« Les muscles se contractent et opèrent le mouvement, mais ils n’ont point en eux le principe du mouvement : il suffit de supprimer les communications nerveuses pour voir cesser Faction musculaire. Le système nerveux est le promoteur de la sensibilité et de la contractilité dont les muscles sont les in-

strumens. De même l’œil reçoit l’impression de la lumière et l’image des corps vient se peindre à sa surface ; mais l’impression de la lumière sur l’œil et la représentation de l’image ne deviennent sensation

qu’aulanl quel’une et 1’autre sont perçues par le centre nerveux : l’œil est l’instrument de la vue, comme le muscle du mouvement, mais le principe de l’un et de l’autre se trouve dans le centre nerveux et dans ses dépendances. Il en est du nez et de la bouche tout comme de l’œil, ils sont instrumens de la perception des odeurs et des saveurs, ils reçoivent l’impression des unes et des autres, mais le cerveau seul les perçoit. Dans certaines maladies , dans les préoccupations profondes de l’esprit, l’œil, le nez et la bouche, reçoivent des impressions sans qu’il existe la moindre trace de sensations. « La loi physiologique en vertu de laquelle le cerveau est le centre commun des perceptions diverses, sert de point de départ aux auteurs qui ont placé dans cet organe le siège de l’instinct qui porte les animaux à chercher les alimens et à les choisir (1); il y a là idée et par conséquent action cérébrale. Ils attaquent d’ailleurs directement l’opinion qui rapporte la faim à l’estomac : « Souvent l’estomac étant sain, l’appétit est perdu; d’autres fois, les altérations les plus graves, la désorganisation cancéreuse de l’estomac, ont pu exister avec un appétit plus fort que dans l’état de santé. Si la faim avait son siège dans l’estomac et qu’elle tînt à la vacuité de cet organe, elle devrait toujours diminuer à mesure qu’il se remplit d’alimens; et qui n’a observé le contraire? L’appétit vient souvent en mangeant . Chez les enfans et chez les jeunes ani-

(1) Brochure intitulée : De l' Alimentivité, par MM. Ombros et Pentelithe.

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maux, le désir de manger se manifeste souvent encore après la réplétion complète de ce viscère. Le besoin de manger n’a rien d’absolu , il est relatif à l’activité des autres fonctions cérébrales; plus la vie intellectuelle s’étend, plus la vie animale se rétrécit : On mange peu à Paris; on mange plus à Lyon; on mange sans cesse dans les petites villes. Partout, cependant, l’instinct qui porte à rechercher les alimens est d’une haute influence sur toutes les autres facultés : La table, dit un ancien proverbe grec, est entremetteuse de l’amitié.

« Dans les cas d’abstinence prolongée, certains effets dépendent évidemment de l’appauvrissement du sang. Mais comment expliquer les troubles cérébraux, les désordres de Fintelligence qui dénotent une excitation profonde : quand tous les autres organes sont dans l’affaissement le plus absolu, il y a ordinairement insomnie complète, ou si le sommeil gagne enfin, la faculté qui a pour objet le besoin de réparation ne s’endort pas, elle tourmente encore le malheureux par des songes : Soumis par scs geôliers, au supplice delà faim, le baron de Trenck raconte qu’il ne rêvait dans son cachot que repas et banquets somptueux. »

Dans des cas de mort, à la suite d’hydrophobie, la portion du cerveau , siège de la faculté, a été vue enflammée et les membranes correspondantes très rouges. La rage et ses mouvemens convulsifs, se rapportent à l’affection de la moelle; mais l’hydrophobie ou horreur des boissons, lient à la lésion de

dO

X aliment ivilë ; l'instinct de mordre indique l’extension de la maladie aux organes de la destruction. La migraine qui attaque un côté de la tête, ou tous les deux, en serrant les tempes, n’est-elle pas une névralgie intermittente de l’organe de l’alimenlivité? Quels sont ses symptômes? L’altération du goût et de Fodorat, les renvois, les nausées, les vomissemens la signalent, que l’estomac soit plein ou vide.

* Souvent, lorsque la migraine prend à jeun, le malade parvient à l’arrêter brusquement en mangeant. Quel est le mode de traitement de la migraine? On la guérit rarement, c’est un fait certain; cependant, plusieurs médecins citent des guérisons. Par quel moyen? par les frictions d’extrait de belladone au siège même de l’organe de l’alimentivité, aux tempes. La polydypsie (soif insatiable) qui se manifeste surtout chez les hommes adonnés à l’ivrognerie, est une sorte d’hallucination mentale, évidemment sous la dépendance du cerveau; c’est pour ainsi dire dans certains cas, une monomanie. La polyphagie (faim insatiable) est aussi une aberration partielle de la sensibilité cérébrale. On cite encore des faits de médecine nombreux, en faveur de l’opinion qui place dans le cerveau l’instinct qui porte à rechercher les alimcns : Une femme, à la suite d’une impression morale vive, est sujette à de violentes douleurs dans les tempes et à une faim insatiable. Une dame, à la suite de migraines vives et fréquentes, perd tout sentiment de faim , ainsi que le goût. Plusieurs individus adonnés à l’ivrognerie et morts d’affections

tUi ventre, ont présenté des érosions des circonvolutions cérébrales affectées à la faculté. L’instinct inné qui porte le petit des mammifères à saisir le mamelon et à exercer la succion, quelques instans après la naissance; le perdreau et le poussin, à chercher et choisir le grain qui doit le nourrir; les animaux adultes, à préférer telle nourriture à telle autre, n’est

qu’une manifestation, un mode de la même faculté cérébrale.

« La faim, la soif, les différens appétits sont les expressions de cette faculté; la gloutonnerie et l’ivrognerie en sont un mode exagéré. La faim canine, le pica (disposition qui porte à dévorer les substances non alimentaires) , l’anorexie (dégoût des alimens), l’adypsie (dégoût des boissons), la polydypsîe et l’ hydrophobie sont des perversions, des états maladifs de la faculté , ou mieux de ses organes » (Ombros et Pentelithe).

Un homme, dont les beaux travaux font autorité en physiologie, M. le professeur Magendie, a déjà réfuté depuis long-temps, l’opinion qui rapporte la faim à tel ou tel état particulier de l’estomac : « La faim résulte, a-t-il dit, comme toutes les autres sensations internes, de l’action du système nerveux; elle n’a d’autre siège que ce système lui-même, et d’autres causes que les lois générales de l’organisation. Ce qui prouve bien la vérité de cette assertion, c’est qu’elle continue quelquefois, quoique l’estomac soit rempli d’alimens; c’est qu’elle peut ne pas

se développer, quoique l’estomac soit vide depuis

long temps; enfin, c’est qu’elle est soumise à l’habitude , au point de cesser spontanément, quand l’heure habituelle du repas est passée. »

Nous ajouterons : toutes les raisons pour lesquelles on fait de l’estomac le centre des instincts , des voûtions internes existent également pour les organes qui servent à la satisfaction des autres grands instincts; sous ce rapport, il n’y a pas plus de motifs pour centraliser les instincts à l’estomac, qu’aux organes de la génération , chez la femme , par exemple : il eût convenu, ou d’admettre plusieurs centres instinctifs, ou de n’en admettre aucun en dehors du cerveau. îl n’est pas rare d’ailleurs de rencontrer chez certains individus atteints d’arrêt de développement du cerveau, chez des idiots, une intégrité parfaite de l’estomac, une capacité digestive considérable sans aucune trace de l’instinct qui porte à rechercher et à saisir les alimens : ces malheureux seront en vain auprès des objets les plus propres

- a exciter la gourmandise, à satisfaire la faim , ils n’étendront pas la main pour les saisir , et si quelque pourvoyeur secourable ne vient en aide à leur insuffisance , en leur introduisant dans la bouche les élémens de réparation, ils mourront de besoin avant d’avoir saisi le rapport, entre le pain qu’ils ont sous la main et le besoin qui les torture. Eh bien! dans l’hypothèse des deux puissances distinctes, des deux centres d’action, des deux âmes, c’est là un fait de tout point inexplicable, en contradiction flagrante même avec le principe ; dans la supposition au con-

traire, où l’animal est une unité, une autocratie, où le cerveau est le centre multiple de toutes les puissances instinctives, sentimentales et intellectuelles, on conçoit que l’arrêt de développement puisse porter sur cette faculté comme sur toutes les autres; alors l’instinct de rechercher les alimens et de les saisir manquant, la faim ne peut être pour l’individu une perception distincte. Passons à de nouvelles preuves : Considérez cet aliéné, il n’a pas pris d’alimens depuis quatre ou cinq jours, il n’en demande pas, il n’en veut pas, il les repousse obstinément. Son estomac est-il malade? non, pas le moins du monde, car si vous le remplissez de force, il digérera sans aucun trouble. Mais alors, que fait donc le second cerveau, le centre des perceptions organiques, pendant ces longues phases d’horreur des alimens qui parfois ne cessent qu’à Yinanitiation. Direz-vous qu’il est sous une influence sympathique? Celle supposition porterait déjà une certaine atteinte à sa puissance autocratique ; mais elle n’est pas admissible, car il jouit de la faculté incontestée de se débarrasser par le vomissement, des substances qui le gênent ou le rendent malade. Ce second fait des aliénés s’explique facilement dans l’autre hypothèse, la surexcitation, la maladie ont envahi l’organe recteur, et soit qu’il possède dans son ensemble l’instinct qui nous porte à rechercher les alimens, soit que cet instinct se rattache à quelqu’une de ses parties, l’éloignement pour toute nourriture s’explique facilement par son état maladif, l’estomac

restant d’ailleurs dans les conditions favorables à la digestion.

Ce n’est pas tout : dans les maladies soporeuses dont nous avons parlé, le centre nerveux de relation ne reçoit de l’estomac aucun appel sensible; voyez comme son action diminue, comme sa voix s’affaiblit à mesure que le cerveau ralentit ses mouvemens et perd de son excitabilité. Que vous semble de celte subordination du phénomène organique au phénomène de relation? Attendez le réveil, elle vous apparaîtra plus saisissante encore. Dans votre hypothèse, l’estomac qui a conscience des pertes et des besoins devrait faire entendre des injonctions pressantes et répétées, car enfin il doit réparer des perles prolongées, considérables; eh bien! il n’en est rien. Ses appels sont faibles, il ne reçoit d’abord qu’une petite quantité d’alimens, et sa voix ainsi que son activité ne reviennent intenses que peu-à-peu, et à mesure que le centre nerveux de relation , le cerveau, reprend son intensité d’action. L’observation des états soporeux , léthargiques, montre cette relation constante; il en est de même chez les animaux hibernans ; au réveil, ils mangent à peine; ce n’est qu’au bout de sept, huit et dix jours même qu’ils dévorent avec avidité , une quantité considérable de nourriture. Si nous arrêtons notre attention sur les personnes qui nous entourent , et même sur nos animaux domestiques, nous verrons, quoi qu’on ait dit des merveilles de l’instinct chez ces derniers, nous verrons que tel individu esl poussé par

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un instinct énergique à rechercher les alimens, et mange toujours trop; il a faim jusqu’à ce qu’il soit étouffé; que tel autre, avec un appétit vif, s’arrête à temps; que tel ne prend que ce qui lui convient pour la qualité, que tel autre engloutit pêle-mêle et sans discernement organique; qu’ enfin, selon son développement, cet instinct possède toutes les nuances , tous les degrés jusqu’au plus aveugle entrainement qui caractérise les instincts animaux en général; ce qui n’aurait pas lieu si l’estomac était le siège d’une sorte d’instinct organique analogue à celui que présentent les chylifères, les organes sécréteurs , etc., dans l’état de santé. Nous ajouterons donc à notre seconde proposition : les faits précédens portent à croire que l'instinct qui pousse à rechercher les alimens estime faculté cérébrale dont la faim et la soif sont les manifestations extérieures .

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