‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvelles (volume 2)Chapitre 5 sur 27 · PROPOSITION III · texte numérisé non relu

PROPOSITION III

Les matériaux de réparation solides et liquides ont reçu le nom alimens : leur caractère distinctif, tiré de leur destination, est de contenir une quantité plus ou moins grande d élémens propres à réparer les pertes du corps, et qu’ils cèdent, soit immédiatement , ce sont les boissons,

ÜYGlEiNE DE LA DI GESTION .

soit médiatement, par l’intervention des puissances digestives, ee sont les alimens solides.

Certains animaux ( les carnivores) se nourrissent exclusivement de chair, certains autres se nourrissent exclusivement de végétaux, une troisième classe (omnivore), puise ses élémens de réparation dans les végétaux et les animaux. L’homme appartient à cette dernière classe, il se nourrit donc de substances végétales et de substances animales : le règne minéral , si l’on en excepte l’eau , ne lui fournit que des condimens.

Les chairs et les végétaux entrent dans le régime alimentaire des différens peuples dans des proportions infiniment variées, que les climats déterminent; ces proportions varient encore chez un même peuple selon les saisons; dans la même saison , d’un individu à un autre, chez le même peuple , selon les dispositions particulières; enfin, chez le même individu , d’un jour à l’autre, selon mille circonstances de détail plus ou moins appréciables.

La faim et la soif , expressions d’un instinct admirable, ne se bornent pas à rappeler à l’homme le besoin de réparation, elles lui indiquent encore les alimens qui lui conviennent : c’est sous la direction de ces sensations que l’habitant du nord a faim de viandes fortes, de végétaux fermentés, qu’il a soif de liqueurs chaudes et fermentées; c’est sous les mêmes

FONCTION DIGESTIVE

influences que l’habitant du midi a faim de végétaux féculens, de fruits acidulés et frais, qu’il a soif d’eau limpide et fraîche.

L’Anglais consomme chaque jour plusieurs livres de bœuf ou de mouton, plusieurs litres de vin chaud d’Espagne ou d’eau-de-vie, sans gloutonnerie , simplement pour l’exercice régulier de la digestion.

Dans l’Inde, une poignée de riz bouilli et un verre d’eau suffisent à la nourriture d’un homme pendant vingt-quatre heures. L’Arabe, habitant du désert, parcourt du matin au soir l’immensité de cet espace aride, n’emportant quelquefois, pour toute provision du jour, qu’un petit sac de farine et une petite outre remplie d’eau. Le complément de son équipement, est une coupe en bois, dans laquelle il pétrit quatre ou cinq boulettes de pâte de la grosseur d’une noix, qui, cuites sur un peu de braise ou simplement desséchées au soleil, constituent très souvent toute la nourriture d’une longue journée d’été. Pendant les marches d’automne et d’hiver, les courriers ajoutent à leurs provisions de voyage un peu de viande rôtie, très desséchée qui se conserve long-temps. Dans les pays tempérés comme le nôtre , l’homme bien portant a faim de chair et de végétaux en parties à-peu-près égales, il a soif de boissons d’une chaleur moyenne: Les meilleurs vins de France, ceux de Bourgogne et de Bordeaux sont dans cette catégorie cl encore sont-ils le plus souvent étendus d’un tiers ou d’un quart d’eau, pour être ramenés au degré d’excitation compatible avec la santé.

L’influence des saisons modifie de même les sensations de faim et de soif; les températures passagères, les états hygrométriques de l’air leur communiquent encore en se succédant ? des nuances aussi nombreuses que variées. Les dispositions individuelles établissent entre les habitans d’un même pays, une différence parfois considérable dans la capacité digestive; et, bien qu’on ait évalué de 2 à -4 kilogrammes la quantité d’alimens , tant liquides que solides , nécessaires à la réparation des pertes de chaque jour, cette moyenne, on le sent bien, n’a rien de rigoureux.

Le Vénitien Cornaro passe les quarante-cinq premières années de sa vie, dans les excès de toute nature; il délabre sa santé par des doses d’alimens, supérieures assurément à la moyenne que nous avons posée ; puis, par une réforme soudaine et complète dans les habitudes de sa vie, il rétablit sa santé et vit einquantc-et-un ans en se nourissant d’une quantité d’alimens qui varie, du début de sa réforme à la lin de la vie, entre deux tiers de kilogramme (750 grammes) et un huitième de kilogramme (125 grammes).

Dans les mêmes conditions de climat, de saison et d’âge, certains hommes mangent et boivent en une journée une masse de nourriture égale en poids à la moitié de leur poids total. Le soldat Hébert, au 2° cuirassiers, fait aujourd’hui ce tour de force toutes les fois qu’il en trouve l’occasion ; voici l’un de ses menus : 1er service: seize gamelles de soupe suffisantes

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