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le recouvre d’un enduit blanc et suspend l’appétit; à telle autre époque , la bouche est amère et des flots de salive la remplissent ; d’autres fois , le trouble se porte sur la partie inférieure de l’intestin : la diarrhée, le gonflement du ventre apparaissent. Chacun de ces désordres de la digestion frappe en même temps toute la population d’une grande cité ; les maladies sont rares parfois , et personne ne jouit de la plénitude de la santé. Il est possible cependant d’échapper à ces grandes influences; je l’ai souvent constaté chez les personnes de bon sens qui ne croient point acheter la santé trop cher par le sacrifice de leurs fantaisies, de leurs goûts du moment.
Ce que j’ai à dire sur ce point, rentre dans les prescriptions que je vais exposer dans le paragraphe suivant , à l’occasion des entre-saisons.
§ 3. — - Règles de l’hygiène de la digestion appropriées
aux entre-saisons.
Dans un excellent ouvrage sur les maladies de la France, le docteur Fuster développe avec talent une idée neuve sur la nature intime des saisons , et sur les rapports qui les lient les unes aux autres.
« On ne saute jamais brusquement , dit-il, d’une saison “ à une saison contraire : par exemple, de l’hiver à l’été ; “ une espèce de passage ou de pont est jeté constamment « sur les bornes des deux saisons opposées , par des sai- « sons intermédiaires , chargées expressément d’amortir « leur choc. Ces dernières saisons, semblables à des chemins “ de traverse ou à des routes de communication , nous “ conduisent par une pente plus ou moins douce, de l’été « à l’hiver, en passant par l’automne, comme elles nous «« ramènent de l’hiver à l’été en passant par le printemps. ** Ainsi le printemps et l’automne , placés de chaque côté “ au confluent de l’hiver et de l’été , rassemblent-ils dans
« leur composition atmosphérique les élémens des deux “ saisons.
« On ne passe pas davantage sans transition, d’une saison « à la saison suivante, par exemple, de l’automne à l’hiver. “ Dans l’état naturel, les saisons de l’année ne se coupent « point avec précision : des dégradations insensibles les limi - “ tent et les fondent, pour ainsi dire, au commencement et à “ la fin de leur course, dans un état atmosphérique moyen. “ Par là , chaque saison , à ses deux points extrêmes , se « rattache d’une part à la saison qui précède , d’autre part « à la saison qui suit, ou, si l’on veut, les saisons se nouent « à leurs deux bouts avec les bouts des saisons voisines, par « des liens si serrés qu’il est impossible de dire, tant les « contacts sont intimes : ici l’une commence, et là l’autre “ finit. »
Toutes les fois que les oscillations de la température, les états hygrométriques de l’air, les vents, et chacun des autres élémens qui composent les saisons , vont en se dégradant insensiblement pour former la succession d’une saison à l’autre , les organes de la digestion, amenés successivement à un degré différent d’activité , ne perdent point leur action harmonique , et les soins les plus faciles suffisent pour l’affermir. Mais il n’en est point toujours ainsi, et, dans le passage de l’hiver au printemps, par exemple, il n’est point rare de voir des variations brusques des différentes conditions qui constituent les saisons, se produire et durer une ou plusieurs semaines. Nous observons, presque tous les ans, tantôt à la fin de février, tantôt en mars, tantôt dans les premiers jours d’avril , des chaleurs insolites pendant une ou plusieurs semaines, avec la fraîcheur et l’humidité du soir et du matin, inévitables à cette époque de l’année.
D'autres fois, après une dégradation insensible de la température de l’hiver à celle du printemps, nous revenons brusquement en arrière vers la température de l’hiver. Ces
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perturbations brusques et plus ou moins prolongées , qui s’observent dans le passage de l’hiver au printemps, existent avec des nuances différentes, du printemps à l’été, de l’été à l’automne, et de l’automne à l’hiver : elles constituent ce que nous appelons les irrégularités des entre- saisons . Eh bien ! le corps humain, qui passe par des nuances insensibles d’une habitude à une autre habitude diamétralement opposée, ne peut recevoir impunément l’influence d’une variation brusque de cette nature.
L’activité des différens appareils, en rapports fonctionnels et sympathiques constans avec le canal digestif, augmentée, diminuée ou pervertie par ces irrégularités des entre-saisons , réfléchit sur les organes de la digestion les troubles qui les frappent, et il arrive passagèrement alors ce que nous observons pendant plusieurs mois, lorsque la saison ne peut s’établir.
Le gouvernement de la digestion dans de telles circonstances , au milieu des écueils qui la menacent de toutes parts, est une affaire importante et difficile : celui qui tient à sa santé doit, pendant tout ce temps, ne point ralentir un instant sa vigilance, ne point se départir d’une ligne de conduite nettement tracée; car il est possible, dans ces mauvais jours, je le dis avec la conviction profonde que donne l’expérience, il est possible de traverser les constitutions médicales les plus franches, les épidémies les plus graves, sans que l’équilibre des fonctions soit un instant rompu , et cela, tout simplement par la direction éclairée de la digestion et de ses annexes. Surtout que l’on me comprenne bien, je ne veux pas renfermer la vie dans le cercle de précautions infinies, d’appréhensions et de soins méticuleux d’un malade imaginaire; ce que j’ai à conseiller est bien tranché et d’une exécution facile. S’il est question des irrégularités d' entre- sais on, qui se produisent au passage de l’hiver au printemps : tant que le thermomètre n arrive
pas dès le matin à 10 degrés, ne retranchez rien du vêtement de l’hiver, conservez avec persévérance la stimulation des alimens que vous avez pris dans la saison précédente. Diminuez- en la quantité d’un tiers ou d’un quart ; résistez aux invitations trompeuses d’une végétation prématurée; redoublez de régularité dans toutes les habitudes de la vie ; laissez les imprudens et les entraînés faire les premiers essais. Ce qu’ils éprouveront sera pour vous une lumière à l’aide de laquelle vous marcherez d’un pas sûr à travers les ténèbres de la constitution qui s’avance. Vous pourrez alors faire entrer dans votre régime, à une dose connue, les matériaux nouveaux de l’alimentation. Partez de ce fait inattaquable que les bonnes viandes, cuites à point, le poisson , les végétaux et les fruits modifiés par la cuisson , suffisent momentanément à toutes les exigences du régime; marchez d’un pas ferme et prudent, la santé et le bien-être sont dans cette direction. Êtes-vous frappé à l’improviste de la courbature, du mal de tête, de la diminution ou de la perte de l’appétit, ne courez pas à votre lit, mais supprimez un repas ou deux, continuez le travail, l’exercice du corps, en les modifiant l’un et l’autre. Surtout point de demi-mesure; ne mangez point, ne mangez rien, le grand air et le mouvement opéreront la cure.
Lorsque les irrégularités des entre - saisons s’étendent à une ou plusieurs saisons , que , par exemple , l’été se passe en alternatives de chaucf et de froid, de sec et d’humide extrêmes , redoublez de sobriété ; surtout, surtout! n’hésitez pas à vous priver de la fraîcheur des 'végétaux crus , des fruits acides aqueux , mucoso-sucrés , des melons ; pendant plusieurs mois, ils peuvent produire les accidens de la cholérine, du choléra sporadique ou de L’empoisonnement.
N’imaginez point cependant que je vous défende de les faire entrer dans le régime. Je veux et j’exige qu’ils soient auparavant modifiés par la cuisson. Ne craignez point, gour-
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mands, pour votre sensualité; les fruits que vous aimez tant, ne perdront rien de leur parfum, vous en mangerez un peu moins. Que vos cerises, vos pêches, vos abricots, etc., reçoivent quelques bouillons (deux ou trois) ; qu’ils soient servis couverts de sucre; que vos melons passent du commencement à la fin du dîner ; et, mélangés au sucre, devenus entremets sucré , ils tempéreront la chaleur des viandes.
Grâces à ces simples précautions, vous éviterez les graves perturbations de la digestion et ses mille petites incommodités. Pendant les étés orageux dont la température est extrême du matin au soir, j’ai vu l’usage des glaces, produire un véritable empoisonnement ; il convient de s’en abstenir alors.
Qu’on lise avec attention ce qui précède, la santé de toute une année dépend le plus souvent de la manière dont on a su traverser les irrégularités des entre-saisons. Il n’est point nécessaire pour s’affranchir de la souffrance, d’apporter une attention de tous les instans , il suffit d’avoir une notion nette de ce qui nuit et de ce qui sert , avec la ferme volonté d’éviter d’un côté et d’user modérément de l’autre : les instans où la surveillance doit redoubler sont presque toujours de courte durée. ...
La mauvaise disposition des organes , résultant des perturbations des saisons, suffit assurément pour porter à la tempérance; mais une autre raison y doit déterminer, elle est tirée des qualités malfaisantes que les alimens eux-mêmes puisent dans l’état de la température, dans la -sécheresse ou l’humidité plus ou moins prolongées, dans la direction des vents, dans la constitution électrique de l’atmosphère, etc.
Ainsi tout le monde sait que les fruits et les légumes des années humides et froides arrivent rarement à une entière maturité; que ceux des années humides et chaudes sont
aqueux et sans saveur , que les uns et les autres sont dépourvus de l’arôme et de la vertu stimulante qu’ils atteignent dans les années sèches et chaudes.
Les prescriptions peu nombreuses que nous avons données suffisent à toutes les circonstances; elles conviennent au plus grand nombre.
Quelques constitutions exceptionnelles échappent , je le sais, à la règle commune , et tandis que la population presque entière d’une grande ville est fatiguée, épuisée dans ses organes digestifs par une constitution médicale persistante , certaines personnes éprouvent un bien-être inaccoutumé. Ainsi, parfois il arrive que certains tempéramens nerveux , certaines poitrines délicates et irritables se trouvent bien d’un été humide et chaud qui fatigue et fait languir les autres ; que l’usage, même immodéré, de fruits fades et saturés d’eau ramène les organes digestifs à un état d’excitation convenable. Il faut que le médecin sache ces faits exceptionnels dont les gens du monde nous offrent les plus fréquens exemples.
Dans cette partie de la société , j’ai rencontré des sujets qui devaient pendant plusieurs semaines se nourrir presque exclusivement de pêches et de raisins. Les veilles , les émotions vives , la vie sédentaire avaient fait naître dans les foyers de la vie des productions de chaleur vicieuse , qui ne diminuaient que lentement sous la double influence de cette débilitation jointe à celle des bains prolongés.
Il n’y a point, nous devons le répéter, dans le régime alimentaire, de règle qui convienne atout le monde; chacun a sa mesure, et chacun doit la connaître.