‹ Hygiène de la digestion, avec quelques considérations nouvellesChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Règles de l’hygiène de la digestion appropriées aux tempérainens

et aux sexes.

§ 1 . — Règles de l’hygiène de la digestion appropriées

aux tempéramens.

Avant de rechercher quelle nature d’aliment convient le mieux à chacun des tempéramens qui donnent aux individus des cachets si différens, il faut que nous nous fassions une idée claire de ce qu’on entend par tempérament , de ce qu’on veut dire par ces manières de parler : telle personne est d’un tempérament sanguin; telle autre est d’un tempérament nerveux. Ces questions sont beaucoup plus importantes et difficiles à résoudre qu’on ne se l’imagine.

Qu’est-ce qu’un tempérament'? C’est la prédominance d’un système sur les autres , dit-on ; lorsque le sang prédomine, on dit tempérament sanguin et de même pour les autres. Pour qu’un système, ou certaines parties du corps humain prédominant, il en résulte un tempérament, il faut, bien entendu, que l’économie tout entière en reçoive Y influence. Mais que signifient ces mots : prédominance d’un système sur les autres , du système sanguin par exemple^ Veulent-ils dire que l’homme d’un tempérament sanguin a dan ses vaisseaux une plus grande quantité de sang en circulation que le bilieux ; que le calibre de ses vaisseaux est plus grand ; que le poids, le volume de son cœur sont plus considérables , que les contractions en sont plus énergiques 1 Vous le voyez, on paraît s’être expliqué clairement, onn’a rien dit. Allons au-delà : Quels sont les caractères extérieurs qui font reconnaître le sanguin 1 « Le tempérament sanguin,

« nous dit-on , se reconnaît à une figure rouge , animée, à “ des chairs qui ne sont ni trop fermes ni trop molles , à des « membres souples et agiles , à des veines larges , bleues et « remplies de sang qui circule aisément , à un pouls vif et « fort : le sanguin exerce toutes ses fonctions avec facilité ,

» mange moins que le bilieux ; digère bien , mais lentement ,

“ il a le ventre libre ; il urine peu, parce qu’il transpire beaucoup. Voilà un sanguin complet. Eh bien! puisqu’il en est ainsi — : de ce sujet robuste, agile, exerçant toutes ses fonctions avec facilité , et de cette femme pâle , chétive qui ne sue jamais , lequel des deux est le sanguin 1 on est porté à croire que c’est l’homme à la figure rouge et animée, on peut se tromper. Pour moi, je n’en sais rien. Suivons; nous allons voir : je prends ma lancette , je retire 500 grgmmes de sang du bras de chacun et je conserve chaque saignée dans un vase à part, puis je reviens au bout de vingt-quatre heures. Je trouve le sang de la femme chétive proportionellement plus riche que celui de l’homme coloré : je passe ensuite aux deux sujets de l’observation. La femme est plus alerte, plus forte, plus colorée; le prétendu sanguin a pâli, il a quelque sentiment de faiblesse. Attendez , ce n’est pas tout ; je le laisse en repos, et je continue à saigner ma prétendue cacochyme, deux fois encore dans la semaine, elle est ainsi en avance d’un kilogramme de sang. Croyez- vous qu’elle est exsangue? non; je pourrais continuer : ceci n’est pas une fiction , ce n’est même pas un fait rare. Eh bien ! des deux, lequel est le sanguin ? est-ce celui que la soustraction d’un demi-litre de sang a mis bas, ou bien l’autre que la sous, traction de trois fois plus de sang a laissé sur ses pieds? Je ne fais point acception de sexe ici. C’est une autre question, également importante ;• j’ai rapproché les deux personnes dont il s’agit, parce que de nombreux exemples m’y autorisent, parce que le contraste est plus frappant. Évidemment le sanguin des deux est celui chez lequel le sang se renouvelle

le plus facilement , chez lequel la fabrique est plus active et plus abondante ’ en produit ; en un mot , /<? sanguin réel ri est pas le sajiguin apparent .

Les signes extérieurs ne suffisent donc pas; seuls, ils prouvent peu.

En somme, et pour tout dire d’une seule fois , les tempéramens ne se connaissent d’une manière certaine qu’à ruser . Chaque personne connaît son tempérament mieux que le plus habile médecin qui la voit pour la première fois, et celui qui connaît le mieux le tempérament' de tel homme ou de telle femme est le médecin attentif et éclairé qui les a suivis long-temps qui les a vus malades, indisposés, bien portans : celui-là connaît le tempérament.

En général , je ménage le sang de mon mieux , et pourtant la nécessité m’amène à le répandre : je fais saigner fréquemment les femmes chétives dont la vie est sédentaire; je fais saigner avec réserve des sujets débiles en apparence , et tous les jours je suis étonné de trouver des fabriques puissantes de sang et de vie, là où un examen superficiel ferait supposer le contraire.

Le tempérament sanguin n’est pas le seul dont les caractères extérieurs soient souvent trompeurs; il en faut dire autant de chacun des autres.

Les difïéren s tempéramens dont le cachet imprime à l’économie une physionomie particulière font varier les besoins de réparation et réclament une alimentation qui peut différer grandement de l’un à l’autre pour la quantité et les qualités.

Les caractères communs à tous sont l’énergie et l’activité persistante des foyers producteurs du fluide ou de l’humeur qui donne le nom au tempérament , la production abondante , le renouvellement facile de ce fluide ou de cette humeur, ainsi : 1° Le tempérament sanguin a ,pour caractère, l’énergie et l’activité persistante des organes qui servent à

la production du sang et à sa vivification ; la production facile et abondante du sang, et son prompt renouvellement après des pertes copieuses.

2° Le tempérament nerveux a pour caractère , l’énergie et l’activité persistante des centres nerveux, la production facile et abondante de l’innervation, du fluide nerveux, et son prompt renouvellement après des pertes considérables.

3° Le tempérament bilieux a pour caractère l’énergie et l’activité persistante de l’organe qui sécrète la bile , la production facile et abondante de cette humeur, et son prompt renouvellement après des pertes considérables ; presque toujours il s’associe à l’une des nuances du tempérament nerveux.

4° Le tempérament phlegmatique , lymphatique , a pour caractère, l’activité des organes, qui élaborent les fluides blancs et les sécrétions muqueuses, la production facile et abondante des fluides blancs et des humeurs intestinales, et leur prompt renouvellement après des pertes considérables.

On pourrait offrir encore les caractères d’autres tempe ramens, mais à la rigueur, ils rentreraient dans les formes précédentes. — La combinaison de ces quatre formes donne lieu, d’ailleurs, à des formes mixtes.

Les personnes qui, sous les apparences d’un tempérament, portent les caractères réels d’un tempérament opposé : celles, par exemple, qu’un trouble du système nerveux expose aux souffrances d’une irritation excessive de ce système; celles encore que l’injection des capillaires superficiels fait ranger à tort parmi les sanguins , appartiennent presque toujours à des formes complexes, ou bien rentrent dans les constitutions délicates , dans les constitutions maladives et ne doivent point nous occuper ici.

Fixons maintenant notre opinion sur la manière dont les tempéramens sont répartis entre les deux sexes. — Est-il

vrai, comme on l’a généralement admis, que le lymphatique soit le tempérament le plus commun chez les femmes? Nous ne le pensons pas, et sans vouloir poursuivre entre des natures différentes, d’une destination différente / 'une comparaison impossible, nous disons que, toutes choses égaies d’ailleurs, la production du sang et sa facilité à se renouveler, sont incomparablement plus considérables chez la femme, que chez l’homme; que, par conséquent, son tempérament offre plus souvent le caractère du sanguin.

S’il fallait ajouter d’autres preuves à celles si abondantes et si claires, que fournit la pratique médicale, nous les trouverions dans le régime alimentaire : les femmes font du sang,

elles en font meme beaucoup avec une diète presque entièrement végétale ; nous les voyons se nourrir parfois pendant des mois et des années, de fruits, de légumes herbacées, de laitage et d’une petite quantité de pain, et cela, non-seulement à la ville, non-seulement dans la vie sédentaire, mais à la campagne , au milieu du mouvement d'une vie active. Elles suffisent de la sorte à des pertes considérables pour leur propre compte, et souvent même, elles allaitent des enfans frais et pleins de santé.

Chez les femmes des villes, celles du monde surtout, qui trouvent dans les veilles prolongées , dans les émotions vives, la source de désordres sans nombre, il n’est pas rare de voir se perpétuer une espèce de suractivité générale du système nerveux , qui donne à toutes les fonctions une énergie fiévreuse.

La digestion n’y échappe pas, et nous observons souvent chez ces personnes un appétit, un besoin de réparation qui ne s’apaise qu’à force de nourriture substantielle et se renouvelle fréquemment ; mais ce sont là des conditions exceptionnelles, n’en doutons pas, et le fait est si vrai que, dans ces circonstances, l’alimentation est peu réparatrice et laisse subsister une maigreur désolante. Ces femmes ren-

treront dans la loi commune, si Ton peut les astreindre au sommeil prolongé, au séjour de la campagne, en les ramenant par degrés à la vie morale, calme, et aux émotions douces.

Pas d’embonpoint pour elles, plus de formes gracieuses et arrondies, hors de ces conditions : dites-le-leur bien.répétez-le souvent. Ces paroles-là sont un talisman : il n’est point de fougue, point de fantaisie folle , point d’entraînement désordonné que ne prime le désir de plaire. — Médecins, saisissons ce gouvernail auquel la femme obéit toujours et partout.

Les prescriptions qui concernent ces constitutions délicates, trouveront place dans la suite de notre travail ; nous devons tracer ici les règles de l’hygiène de la digestion pour les tempéramens que nous avons précédemment déterminés.

Le nerveux et le lymphatique, dans leurs manifestations les plus prononcées, occupentpour le besoin de réparation les deux conditions extrêmes : au premier , la diète adoucissante végéto-animale, légèrement stimulante; au second, les viandes fortes, les boissons toniques et chaudes. Comme appareils de combustion, ces deux tempéramens offrent de notables différences: l’un produit de la chaleur à peu de frais; l’autre , malgré la qualité première bien supérieure des matériaux de la combustion, reste de beaucoup en arrière.

Les théories chimiques pourraient-elles donner la raison de cette différence'? Quoi qu’il en soit, le fait existe, et pour l’un comme pour l’autre de ces tempéramens, la règle du régime consiste à se nourrir d’ali mens qui ne les exagèrent pas. Ils suivront comme les autres, les conditions des climats et des saisons, mais dans leurs conditions respectives. Pour le tempérament nerveux, tant que la vie est active, tant qu’il dépense les matériaux de combustion et la chaleur produite, la digestion est facile et complète, il peut même impunément dépasser la limite des besoins, acquérir des matériaux sur-

abondans, s’il en cherche ensuite la dépense. Mais dans les habitudes sédentaires, dansla forme d’existence où l’horizon paraît de toutes parts limité, il se dévore, se consume et n’échappe qu’à grand’peine à la destruction des organes : un régime qui rafraîchisse, qui abaisse sans cesse le degré de la température, et ralentisse la combustion, est de toute nécessité. J’ai vu ces sujets, que d’heureuses espérances avaient accueillis à leur début dans la vie, s’v élancer avec toutesles ressources d’une riche organisation, marchant dans leurs vues ambitieuses à la conquête des honneurs et des richesses.

La stimulation d’une diète chaude et fortifiante'réparait sans peine les pertes énormes de chaque jour; leurs forces dépensées se reproduisaient plus puissantes et plus énergiques. Mais les circonstances devenaient-elles contraires, on les voyait retomber par degrés sur eux-mêmes; les habitudes du régime continuant, il s’allumait dans les organes de ht digestion, souvent même sur tous les points de la machine, des incendies que les bains répétés , la diète exclusivement végétale et douce ne calmaient qu’à grand’peine.

Le tempérament nerveux n’a besoin , comme nous l’avons dit , que d’une stimulation modérée pour produire la chaleur normale , et d’une quantité modérée d’élémens de réparation pour suffire à toutes les exigences des organes; nous pouvons même ajouter , sans crainte d’être démenti, qu’il fournit les plus notables exemples de longévité dans les conditions d’une sobriété exceptionnelle ; c’est le plus économe des tempéramens.

Pourtant les dépenses excessives de l’innervation , soit quelles arrivent par l’exercice du corps porté à l’excès, soit qu’elles résultent du travail de l’esprit trop longtemps prolongé ou bien des affections vives du cœur, font éprouver un besoin impérieux de stimulation et de réparation substantielle. Broussais, d’un tempérament nervoso-sanguin , mais avec prédominance du système nerveux, éprouvait à

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la suite de ses travaux, un besoin de réparation et de stimulation qui rendait son abord redoutable; j’ai été bien des fois témoin des violences inouïes de cet homme de génie. — Avait-il pris quelques cuillerées d’un potage succulent , nous le voyons revenir, sans transition, au calme, à la gaîté, à l’humeur de taquinerie puérile, sa principale récréation dans l’intimité.

Broussais, à l’approche du repas, se sentait épuisé, près de défaillir; mais de tels exemples ne peuvent servir de type pour trouver les habitudes qui conviennent le mieux à un tempérament donné.

Le tempérament lymphatique ou phlegmatique est dans les conditions opposées; et, toutes choses égales d’ailleurs, du côté de l’organisation cérébrale, il consomme plus et produit moins; c’est pour lui qu’est faite la nourriture tonique substantielle et réparatrice : un léger mélange de ce tempérament convient aux gastronomes qui veulent voir impunis leurs nombreux écarts de régime.

Dans ce tempérament, les tissus blancs qui servent de trame à nos organes , qui les pénètrent et les enveloppent , ont une notable disposition au développement. Rien de plus frais, de plus angélique, pour la forme, qu’un jeune enfant de ce tempérament ; mais il ne faut pas se laisser séduire par ce luxe apparent de santé. Pendant les deux ou trois premières années , vous aurez admiré la magnificence de la végétation chez une vive et gracieuse créature de cette fibre, qui plus tard vous inspirera de la pitié par une apparence chétive , par des engorgemens glanduleux et des ulcères scrofuleux.

Lorsque le médecin exige que le régime de ces jeunes enfans soit de bonne heure animalisé , qu’on n’y admette qu’en faible proportion le laitage et les farines, qu’on réprime la végétation par quelque sirop tonique, qu’on donne de temps en temps une saignée légère des fi aides blancs, par

un petit purgatif ; le plus souvent les parens se rient des prescriptions de la sagesse-, ils s’en tiennent à l’apparence et rejettent les conseils qui assurent l’avenir.

Plus tard, lorsque le mal sera venu, ils nous demanderont la guérison de leur enfant , alors que cette guérison dépassera toutes les ressources de l’art.

Les potages gras , composés d’un bouillon, d’une stimulation nette, l’eau rougie , quelques parcelles de viandes tendres associées aux œufs , aux potages maigres , de manière à former une masse légère et substantielle suffiront à

toutes les exigences du régime pour ces enfans; — surtout, qu’on mette de la mesure dans la quantité, et de la régularité dans la distribution des repas.

Dans les âgessuivans, le tempérament lymphatique peu accessible à la stimulation, la supporte dans de larges proportions, mais il doit se tenir fidèlement en garde contre la quantité des alimens; lorsqu’elle dépasse de justes proportions , des pluies de mucosités submergent l’intestin et lui retirent son aptitude ; si l’intempérance est habituelle , la personne tombe dans un état d’empâtement d’où elle 11e sort qu’à grand’peine et pour peu de temps. Assurément avec la sobriété et le choix éclairé de la nourriture , ce tempérament n’a pas plus besoin que les autres des évacuations artificielles ; mais en dehors de çes limites où se tiennent la plupart des hommes , quelques purgatifs chaque année redonnent à l’appareil digestif, et par suite , à toute la machine , une excitation salutaire.

Au nombre de mes amis, je compte quelques personnes dont les tissus sont de cette texture ; elles éprouvent périodiquement un empâtement général du physique et du moral, dont elles se débarrassent par une prise du purgatif qui leur convient le mieux.

A mesure que nous avançons dans la vie, le tempérament lymphatique nous présente des aspects différons; au

début, son exagération menace les glandes, d’engorgemens et les organes de la digestion, de ramollissement incurable; au-delà de la puberté , ses fluxions se résolvent le plus souvent en supersécrétions de fluides blancs : pourtant il n’est pas rare de trouver chez les femmes entre vingt et quarante ans des engorgemens de glandes comme dans le premier âge; les habitudes sédentaires, l’éducation et le régime perpétuent souvent ces fâcheuses dispositions.

Le tempérament sanguin est, par sa qualité et par ses exigences, entre les deux précédens; il dépense plus de matériaux que le premier et produit plus d’activité que le second. Ses besoins sont variés, et pour qu’il se développe sans rompre l’équilibre, il doit user d’une alimentation moyenne : les viandes fortes et chaudes doivent alterner avec les viandes légères , les légumes herbacés avec les farineux : c’est le tempérament omnivore. Mais sous le rapport de la stimulation, il a besoin des boissons fraîches, des vins peu alcoolisés. Ce tempérament réclame impérieusement l’exercice musculaire, il en a besoin comme de pain. Les petits appartemens , l’air peu stimulant des grandes villes, le compriment et l’étouffent. Placé dans son milieu qui est l’activité du corps , l’air vif et pur , les appartemens vastes et les alimens variés , d’une réparation moyenne , il exécute librement toutes les phases de la digestion, il n’est exposé ni aux constipations du tempérament nerveux , ni aux flux de ventre du phlegmatique.

Le tempérament sanguin n’est pas le plus riche , mais il est le plus heureux de tous : ses maladies, qui sont plus graves, offrent aussi des ressources plus grandes.

Le tempérament bilieux, associé le plus ordinairement à une innervation puissante, consomme beaucoup de matériaux et produit une grande activité. Sa diète 11e peut être exclusivement animale. Il a besoin de la fraîcheur des végétaux herbacés et des fruits de chaque saison ; car, par sa nature,

il produit une chaleur abondante et facile. Mais il a besoin de mesure ; car il porte avec lui une tendance incessante aux embarras de l’estomac, à la supersecrétion de la bile qui, le plus ordinairement, remonte vers cet organe, et porte à la bouche, le goût d’amertume. Pour les ressources comme appareil de combustion, il est supérieur au tempérament lymphatique.

Toutes choses étant égales d’ailleurs dans les matériaux du régime, le tempérament bilieux est le propre de l’âge adulte ; assez rare dans nos climats , il se développe de préférence, dans les pays chauds , comme le sanguin dans les pays tempérés , et le lymphatique dans les contrées froides et humides.

Les différens tempéramens ne sont point invariablement répartis entre les hommes, de telle sorte qu’un sujet d’un tempérament lymphatique doive vivre et mourir avec ce tempérament. L’influence du climat, du régime ou des maladies amènent souvent le changement du tempérament primitif. La nature des aptitudes cérébrales, ainsi que les professions, produisent encore les mêmes effets. Les progrès seuls de l’âge suffisent à développer dans les tempéramens d’inévitables révolutions. Ainsi, dans l’enfance et l’adolescence on voit, il est vrai, poindre les signes de tel tempérament plutôt que de tel autre, et pourtant ce n’est que plus tard que chacun prend une forme accusée.

Toutes les fois d’ailleurs que le tempérament est mixte, il reçoit des circonstances extérieures les plus ordinaires une direction décisive, c’est-à-dire que la demeure, l’alimentation, le genre de vie l’inclinent facilement dans un sens plutôt que dans un autre. Il en est de ces tempéramens comme des organisations cérébrales moyennes, sans tendance ni aptitude bien prononcées ; ils sont à la dévotion des circonstances du dehors.

§ 2. — - H.ègles de l’hygiène de la digestion appropriées aux sexes,

Nous avons dit plus haut que la femme fabrique du sang en abondance, qu’elle le renouvelle avec promptitude et facilité , et cette double proposition , démontrée par l’expérience médicale et par la nature du régime alimentaire que la femme suit le plus ordinairement, nous a conduit à porter une atteinte à la théorie des tempéramens.

La femme, dans un climat tempéré, à l’âge de vingt-cinq ans et mariée, adonnée à la vie sédentaire, en dehors de l’état de grossesse, respirant un air vif et de bonne qualité, doit donc suivre, si elle tient à sa santé, le régime qui convient aux tempéramens sanguins. Composez ses repas de viandes légères et substantielles, tempérées par les légumes aqueux et des fruits mucoso-sucrés , joignez -y même les substances où la fécule abonde, et cela surtout parce quelle n’est pas lymphatique ; sa boisson doit être l’eau pure, c’est elle qui lui convient le mieux.

Avec un régime alimentaire ainsi ordonné, si la quantité n’excède pas le besoin de réparation, la femme restera fraîche et jeune; elle conservera la souplesse et l’élasticité des tissus ; elle perdra même chaque mois une quantité de sang qui pourra varier de 60 à 500 grammes et au-delà, sans en être affaiblie.

Je cherche en vain dans l’expression de ses besoins de réparation quelque trait qui révèle le tempérament lymphatique : ses goûts, dans le milieu où nous l’avons placée, ne la portent que bien rarement au régime de ce tempérament. Elle incline volontiers à la diète lactée , à l’usage des fruits sucrés. Si, toutes les autres conditions restant les mêmes, vous l’observez dans le midi ; son système nerveux se développe , et ses besoins de réparation douce sont encore plus prononcés; au nord, elle participe pour le tempérament de la nature de sa race ; elle devient plus lymphatique, et en

même temps elle éprouve le besoin d’une réparation plus tonique et plus substantielle ; mais sur tous les points, elle fait le sang en abondance et le renouvelle avec facilité.

L’évolution de la matrice, le rôle qu’elle joue dans la vie de la femme comme foyer de calorification et de sympathie, comme organe d’élimination, à partir de la puberté, est un obstacle absolu à l’établissement du tempérament lymphatique pur : cet organe , tant que la santé dure , en combat incessamment les tendances. Voyez les femmes chétives, perdues chaque mois, plusieurs jours de suite, dans des flots d’un sang vif; deviennent- elles enceintes, tous leurs tissus , tous leurs organes s’hypertrophient, les traits prennent de l’ampleur, et la machine en pléthore éprouve souvent le besoin des évacuations sanguines.

Il est bien certain que, si l’on joint à la vie sédentaire la privation d’un air vif, le séjour dans les grands centres de population , l’entraînement des passions, les habitudes capricieuses et sans régularité , il est bien certain que dans de telles conditions la plupart des femmes offriront un notable appauvrissement du sang et la perversion des besoins de réparation. Mais, de bonne foi, sont-ce là des conditions normales \ Nous est-il loisible de prendre nos types dans ces conditions excentriques ? Pour celles-là même, d’ailleurs, le régime débilitant n’est point celui qui convient; il est insuffisant. A ces femmes, il faut les préparations toniques de la pharmacie , la stimulation réparatrice des viandes fortes et chaudes , et d’une petite quantité de vin vieux, encore chargé de matière colorante.

Nous disons en résumé que, sous le double rapport de la facilité à prodùire du sang , de la promptitude à le renouveler, la femme l’emporte sur l’homme; que ses instincts naturels et son éducation la dirigent vers les alimens qui lui conviennent le mieux , tant qu’elle jouit d’une bonne santé; que cette double impulsion la conduit à la qualité

de nourriture des tempéramens sauguins , qu’ enfin elle doit la suivre.

Nous demandons qu’on donne à ces conseils une atten» tion sérieuse ; parce que les préoccupations de faiblesse de constitution , de tempérament lymphatique sont trop souvent , de la part des mères de famille , la source de préoccupations dangereuses. — ■ C’est une jeune fille qui, de treize à quinze ans, éprouve du dégoût , du malaise , de la courbature avec une certaine excitation du pouls ; elle est un peu plus pâle, et ressent des palpitations ; son état dure plusieurs jours , plusieurs semaines parfois ; elle n’a aucun penchant à prendre des alimens, ou si elle les désire , ce sont des fruits ou de la soupe 'en petite quantité ; elle se sent rassasiée à la première bouchée. On voit ce désordre passager, on s’en inquiète: c’est la faiblesse, un commencement de chlorose, il faut du vin, de la grosse viande , et même des ferrugineux ; on le croit ainsi du moins, et souvent on se trompe : c’est le grand air qu’il faut , le mouvement du corps , les bains et les alimens doux.

Je blâme absolument et sans réserve les fantaisies dans l’heure et la composition des repas : manger en détail et de plusieurs choses, revenir souvent aux provisions, est une mauvaise habitude et non un besoin. Nous n’avons pas de paroles assez sévères pour condamner, comme il le mérite, l’usage des acides que l’on prend afin de maigrir, de conserver sa taille mince, et de diminuer la durée des époques menstruelles.

Les différences si profondes entre le genre de vie de l’homme et celui de la femme, entre la nature des organes qui prédominent chez l’un et chez l’autre, nécessitent des différences non moins marquées dans leur régime alimentaire ; la stimulation qui convient à l’homme, entraîné au dehors dans une vie active, ne peut convenir à la femme séden-

taire; serait-elle active même, que ses instrumens de dépense resteraient encore moins puissans; mais le plus souvent elle est sédentaire. Que fera-t-elle de la stimulation des boissons? Ce n’est point un capital qui puisse s’amasser pour le bien de celui qui l’entasse. Il en est à-peu-près de même de la réparation tirée des alimens; comment pourraient-ils être impunément abondans, là où les pertes sont petites?

11 est absolument impossible d’absoudre ou de condamner le régime alimentaire d’un peuple, d’une profession, d’un individu sans prendre en sérieuse considération les dépenses faites. C’est un compte à balancer où les recettes 11e peuvent dépasser de beaucoup les dépenses sans une rupture à-peu-près certaine d’équilibre, dans la santé.

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