‹ Hygiène de la première enfance (volume 2)Chapitre 55 sur 143 · MODIFICATIONS DU LAIT DES NOURRICES · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DU LAIT DES NOURRICES

Voici maintenant l'analyse de M. Doyère :

Nourrice très bien nourrie pendant trois jours. . . .

La même nourrice, nourrie |)endant trois jours avec du pain et des légumes en quantité insuffisante.

Ici le fait curieux est, comme précédemment, la diminution du beurre et de la caséine ; mais, chose extraordinaire, il y a une augmentation de l'albumine, telle que la somme des deux éléments azotés dépasse de 2,50 la somme des deux éléments dans le premier cas. C'est encore là un lait nutritif, mais de qualité inférieure à celui de la femme bien nourrie.

On sait d'ailleurs que, chez les vaches et chez les animaux, la différence des aUments modifie profondément les qualités du lait, et Young rapporte qu'ayant nourri une chienne avec des aliments végétaux pendant huit jours seulement, son lait se coagulait spontanément , et par l'addition des moyens coagulants ordinaires, qu'il a offert une proportion plus considérable de crème et de matière caséeuse que dans le lait de chèvre. Le lait de cette chienne paraissait donc avoir pris les

caractères du lait des ruminants. La même chienne ayant ensuite été nourrie de viande crue, le lait a diminué de quaqtité, ne s'est plus coagulé spontanément et a présenté des propriétés alcalescentes.

M. Péligot (1) reconnaît que la nourriture a de l'influence sur les proportions solides des principes du lait; il serait porté à conclure que, pour les ànesses du moins, les betteraves donnent le lait le plus riche, puis viendraient la luzerne et le froment mélangés, et en dernier lieu les carottes.

Voici comment se sont exprimés depuis MM. Boussingault et Lebel (2) :

« En définitive, ce travail nous permet d'établir » que la nature des aliments consommés n'exerce » pas une influence bien marquée sur la quantité et » la constitution chimique du lait (nous ne disons » pas sur la qualité) , si les vaches reçoivent les jD équivalents nutritifs de ces divers alimeâts. »

Disons cependant que certaines matières passent dans le lait, et que d'autres s'y développent sous^ l'influence d'une nourriture déterminée. Ces faits trouveront mieux leur place dans un autre chapitre.

(1) Mémoire sur la composition chimique du laU d'tfueste [Annales de chimie, 2« série, t. LXH, p. 432)*

(2) De i'tn/lupiice de la nourriture des vachet rar la { et la constitution chinùquQ du lait.

MOBinGATlONS Dt] LAIT DE$ NOURRICES. 167

5*' Modiflcations du lait par les foDctions génitales.

Après le retour des règles chez une mère qui nourrit son enfant et pendant sa menstruation, la sécrétion laiteuse est souvent moins abondante et le lait un peu altéré dans sa composition. Il en est de même chez les nourrices mercenaires. On avait cru jusqu'ici que ce liquide devenait plus séreux sous rinfluence de la menstruation; c'est une erreur. S'il faut en croire les recherches de MM. Vemois et Becquerel, faites sur trois nourrices seulement, le lait deviendrait au contraire un peu plus dense et un peu plus riche en principes soUdes, ce qui le rend nuisible aux enfants, ainsi que le prouve une observation minutieuse et attentive.

Au reste, si l'analyse du lait ne peut servir de guide au médecin pour la conduite à suivre en cas de retour prématuré des règles chez une nourrice, l'expérience de l'éducation des enfants y supplée fort bien. Quelques enfants ne sont point influencés par le lait qu'ils prennent à l'époque menstruelle ; d'autres en sont malades, ils ont des in* somnies, des coliques et de la diarrhée, un peu avant et durant la période menstruelle ; ils pâlissent, leurs chairs deviennent oioUes ; ils devien-

168 HYGIÈNE DE LA PREBIIÊRE ENFitNGC.

nent anémiques, et il faut les changer de nourrice ou les sevrer pour les conserver à la vie.

Présence Suspension Rëapparitios actadle État noraMl.

des règtet. des règles. <)e8 règles.

Densité 1032,2â 1081,94 1031,98 1032,67

Enu 889,51 886,44 881,42- 889,08

Parties solides... 110,49 113,56 118,58 110,92

Socre 43,88 41,68 40,49 43,64

Beurre 26,54 26,98 29,15 26,66

Caséurii 38,69 43,58 47,49 39,24

Sels 1,38 1,32 1,45 1,38

La grossesse, en général, fait cesser ou altère la sécrétion du lait, qui tend à repasser par l'état de colostrum et devient nuisible. Il y a cependant des exemples, mais ils sont bien rares, de femmes enceintes qui ont continué d'allaiter leur enfant jusqu'au terme d'une seconde grossesse, et je dirai même jusqu'à leur accouchement, comme je l'ai vu à THôtel-Dieu, et cela sans que le nourrisson ait paru souffrir de cette déplorable pratique. Ce sont là des exceptions qui ne peuvent détruire les résultats multipliés de l'observation sur les mauvais effets tic l'allaitement continué dans cette circonstance.

On ne sait rien de positif sur l'influence exercée par le coït ou rapprochement des sexes.

Les grossesses antérieures ont une influence marquée sur les qualités du lait : les femmes qui

MODiriCATtÔNS DU UlT DES NOfJftRtCËS. 169

ont déjà eu dès enfants (un ou deux, par exemple) sont meilleures nourrices que les primipares. Outre qu'elle^l ont rexpérienee des enfants, leur lait est h la fois plus abondant et plus riche ; il s'ap pauvrit, au contraire, à la suite de grossesses trop répétées, lorsque la femme est très affaiblie.

Voici d'ailleurs le tableau des moyennes fournies par MM. Vernois et Becquerel, et, comme on peut le voir, les résultats de leurs analyses confirment mon assertion.

Moyenne de 31 nourrices Moyenne de 58 nourrices primipares. mulUparcs.

Deiiêitc 1031,8-^ 1032,30

Eau 889,35 885,&3

Parties solides 110,65 lU,d7

Sucre 44,14 46,82

Beurre 25,66 27,01

Cascum 39,46 39,27

Sels 1,39 1,37

6° ModificatioQS du lait par la cooslitutiou, le (empéramenl cl rage des Dourrices.

Le lait n'est pas toujours aussi profondément modifié dans la proportion de ses éléments qu'on pourrait le croire par la constitution des femmes, et bien qu'une nourrice vigoureuse soit préférable à une nourrice chétive , il faut savoir que les femmes d'un tempérament lymphatique ont souvent un lait plus abondant et plus riche que celui des femmes d'un tempérament sanguin ou bilioso-

nOUCHUT. — HYG PREM. ENF. 10

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sanguin. Quant aux âges, la meilleur lait appartient aux femmes formées, ni trop jeunes ni trop vieilles, dont l'âge est compris entre vingt et trente^inq ans. On verra d'ailleurs, par le tableau suivant, de MM. Becquerel et Vernois, quelle est l'influence de la constitution des nourrices sur la composition du lait. Chose curieuse, ce sont les femmes qui sont signalées comme ayant une faible constitution qui présentent le lait le plus riche et qui se rapproche le plus du lait à l'état normal. Mais si Ton se rappelle ce que j'ai dit des qualités spécifiques, vitales, du lait, indépendantes de ses qualités chimiques, de manière à subordonner les résultats de l'analyse moléculaire aux résultats de l'observation clinique, on verra qu'ici 'j'ai eu raison de donner la préférence aux nourrices de forte constitution plutôt que de prendre les nourrices lymphatiques sur la foi d^une simple analyse chimique ; car dans le premier cas, les enfants profiteront de leur nourriture, tandis que dans le second^ au contraire, ils ont toute chance de dépérir.

Gonetitotion forfe^ Gonttilution faible. État lonMl.

Densité 1032,97 lQ3i,Q0 1032,67

Eau 911,19 887«ô9 880^08

Parties solides. . 88,81 112,dl iU,92

Sucre 32,55 42,88 43,64

Beurre 25,96 28,78 ft6,66

Gaséum 28,98 39,21 39,24

Sels 1,32 1,54 1,88

MÔDinCÂTlOnS DO LAIT DES MOURHICES. 171

Voici maintenant, pour Tinfluence des âges, ce qui motive la préférence qu'on doit donner aux nourrices de vingt à trente-cinq ans :

De 15 à 20 ans. 20 à 25. 25 à 80. 30 à 35. 35 à 40.

Densité 1032,2d 1033,08 1032,20 1032,42 1032,74

Era i.. 869,85 886,91 892,96 888,06 894,94

ParUes lolidef . 130,15 113,09 107,04 111,94 105,06

Sucre 35,23 44,72 45,77 39,53 39,60

Beurre 37,38 28,21 23,48 28,64 22,33

Casénm 55,74 88,73 36,58 43,33 42,07

Sels.... 1,80 1,43 1,26 1,44 1,06

De toutes ces analyses qui représentent autant de moyennes tirées d'observations particulières, il résulte que, dans Télat physiologique de la nourrice, le lait est plus ou moins modifié dans la proportion de ses éléments , sans s'écarter beaucoup des limites fixées parles moyennes normales. Cependant, par la comparaison des différentes analyses et à l'aide d'un peu de réflexion, on peut arriver h déduire certaines propositions qui constituent autant de lois dans les changements relatifs des éléments du lait par rapport les uns aux autres. C'est ce qu'ont entrepris de faire MM. Vernois et Becquerel. Ainsi :

« Quand le chiffre des éléments du lait s'élève, l'augmentation porte principalement sur l'eau, le sucre et la caséine.

JD Quand, au contraire, le chiffre des éléments du lait s abaisse, la diminution porte particulièrement sur les sels et sur le beurre.

> Quand le sucre ou les sels augmentent ou diminuent, la densité ne varie pas.

» Quand le beurre et Teau augmentent, la densité sabaissCy et quand ces deux éléments diminuent, elle s élève sensibleineyit.

» L'augmentation du chiffre de la caséine augmente aussi le chiffre de la densité; sa diminution le fait très peu fléchir.

» Quand la totalité des parties solides du lail augmente comparativement au fait contraire, le chiffre de la densité est plus élevé.

» Toutes les fois que les quatre éléments constitulifs solides du lait ont augmenté de proportion, l'eau a diminué de quantité, et réciproquement ^

Les éléments du lait ne sont pas solidaires entre eux, et il n'existe pas de proportionnalité absolue, régulière et constante dans leur développement en j)lus ou en moins. On doit chercher à établir quel est l'élément sur lequel porte la plus grande augmentation, et ainsi de suite, pour fixer le degré d'importance relative de chaque élément.

Jusqu'ici donc, c'est surtout par l'étude de la densité, par l'étude du beurre, qu'on a cherché à

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