MODIFICATIONS DU UIT DES NOURRICES
dans sa thèse inaugurale, un fait du même genre :
H. et M"** Sev eurent onze enfants. La mère^
sujette à se laisser emporter parla colère, en nourrit dix qui périrent à divers âges de maladies de langueur; elle-même succomba à une affection aiguë. Le onzième enfant fut confié à une nourrice étrangère, et eut le bonheur d'en rapporter une brillante santé. — » Sont-ce bien là les effets des affections morales d'une mère nourrice sur la santé de son enfant? C'est ce qu'il est difficile de dire, mais la coïncidence n'en est pas moins curieuse à signaler.
Sur une femme qui venait de perdre un enfant unique et qui était prise de sanglots, de tremble<* ments nerveux et de fièvre, MM. Becquerel et Vemois ont pu recueillir du lait peu d'heures après les accidents, et ils en ont fait l'analyse sui-« vante :
Densité 1032,9d
Eau. 908,93
Parties solides 91,07
Sucre 34,92
Caséiae .• 50,00
Beurre. •..•..••. 5,14
Sels '. 1,01
La diminution des parties solides du lait, et notamment du beurre, qu'on remarque dans cette
180 HYGIËffË DE LA PREMIÈRE ENFANCE.
analyse, en même temps que raugmentalion considérable du chiffre de Teau, est une chose fort curieuse, et seraitdigne delà plus grande attention, si le temps écoulé entre Taccident et la tirée du lait, c'est-à-dire si le séjour du lait dans les mamelles n'était pour rien dans ce résultat.
On sait d'ailleurs, et Burdach (1) nous le rappelle, que les vaches donnent moins de lait quand elles sont traites par une main étrangère. Elles n'en fournissent pas, d'après Schubler, lorsque la servante les a maltraitées, ou lorsqu'elles sont entourées d'un grand nombre de personnes inconnues. Gomme il n'y a point d'appareil musculaire dans la mamelle, on ne peut lui attribuer cette diminution de l'écoulement lacté. C'est un effet entièrement involontaire, qui dépend d'abord de ce que, dans la répugnance de l'animal, le sang afflue en moindre quantité dans les glandes mammaires, qui deviennent moins actives, et ensuite d'une sorte d*occlusion des orifices excréteurs par le tissu érectile qui les entoure.
On sait aussi que la vue du nourrisson, l'idée de le voir au sein, la joie qui en résulte pour certaines mères, exercent sur la sécrétion du lait une
(I) Traité de physiologie, trad. de raUemaDd par A.-J.-L. JourdaD. Paris, 1839, I. IV, p. 379.
. MODIFICATIONS Dt LAIT B£S NOURRICES. 181
influence morale tout à fait indépendante de leur volonté. Elles sentent monter le lait dès qu'elles revoient leur enfant, ou si elles y pensent trop vivement; et chez une femme qui vit le sien tomber à terre, le lait s'arrêta et ne reparut que lorsque l'enfant, revenu à lui-même, parut essayer de prendre le sein.
On trouvera plus loin, dans le chapitre de l'influence des maladies des nourrices sur la santé des enfants, d'autres faits du même ordre et qui me serviront à établir la réalité du trouble occasionné dans la santé des nourrices par leurs différentes afl*ections morales.
3* Altérations du lait par les diathèses et par les maladies proprement dites.
La sécrétion lactée s'altère dans les maladies, cela est incontestable, mais on ignore quelle est la véritable nature de l'altération qu'elle subit. Peu de recherches ont été faites sur ce point. On connaît celles de M. Donné; elles sont relatives aux modifications que le microscope fait découvrir dans le lait des femmes atteintes d'engorgements et d'abcès du sein. Je dirai, dans un instant, quels sont les résultats publiés par ce médecin. Dans
BOOCBOT . — HV6 . PRCV. ENF. i 1
182 HtGIÊNE DE LÀ PREMIÈRE EAVAUCB.
les autres maladies de la nourrice, et elles sont Aotnbreusês, les modifications de composition du lait n'ont été que fort peu étudiées. Sauf les ana^ lyses de MM. Vemois et Becquerel relatÎTôs au lait de cinq nourrices affectées de différentes itla* làdies aiguës ou chroniques, et d'où ressortent des conclusions pleines d'intérêt, il n'y a rien i indiquer.
D'une manière générale, dans les maladies aiguës, la quantité du lait est fort diminuée ; le poids des parties solides augmente et celui de l'eau dimititie ^. le beurre, le caséum et les sels s'accroisseai; le sucre diminue dans la même proportion. Souvent, si la fièvre est très vive, la sécrétion se tarit entièrement. Une expérience bien curieuse^ et qui aurait besoin d'être renouvelée, a été faite par Rechou (1). Après avoir soumis, à deux reprises, une tache nourricière à des purgàlîdns réitérées avec le jalap, le lait diminua, devint sêf eut, et le veau fut ptlfgé ; à la seconde série de purgations continuées tous les deux jours pendant un mois, le veau mourut, puis enfin la vache.
Dails l'engorgement du sein, le lait reprend les caràCtèfes du colostrum. On y trouve alors des
(1) De Vàbus des purgatifs (Jourm de méd., XXXVU)«
MODtFKltlOKS DU LAIT DES MOÙRBftES. 183
corps granuleux et des flots de globules soudés par du mucus.
Dans les abcès de la mamelle qui intéressent le tissu glanduleux lui-même, ainsi que dans les abcès sous-mammaires ouverts en avant, ou dans les abcès mammaires proprement dits, on trouve dans le lait des globules dé pus ^ ^,
reconnaissables à leur con- ^^^^^f^^ Q tour frangé, etc. (fiff. 3). ^>^* Ô^'P^Ô^
Dans rictère, le lait renferme ^v^nQ.o ^^at
souvent quelques-uns des élé- pig. s.— Lait mêu de pt», a,
..... . . et de colostrum, B.
ments de la bile, et principalement sa matière colorante jaune, ce qui donne à ce liquide une teinte safranée, qui se change en vert par l'addition d'une petite quantité d'acide nitrique. C'est une expérience que j'ai eu occasion de faire plusieurs fois, et qui a été faite également par M. Gorup-Besanez (1).
Dans cette maladie des vaches appelée cocotte^ M. Chevreid a trouvé dans le lait des globules muqueux et purulents en assez grande quantité.
Au moyen de l'analyse chimique, on voit que dans les maladies, quelle que soit leur nature, la proportion des matériaux solides augmente en
(1) Archives de médecine.
même temps que diminue la proportion d'eau.
D'après les analyses que je rapporte, le fait serait plus marqué dans les diathèses et dans les maladies chroniques que dans les maladies aiguës fébriles. Or cette augmentation du chiffre des principes constituanls solides du lait forme, indépendamment de son influence générale et de son action spécifique sur la nutrition, une altération fâcheuse, d'où résultent de fréquentes indigestions pour l'enfant et des entérites consécutives.
Dans vingt-sept cas de diathèses et de maladies chroniques chez des nourrices dont le lait a été analysé, voici ce que MM. Vernois et Becquerel ont trouvé :
Moyenne. Maximum. MinhnaiiL.
Densité 1031,51 1038,32 1027,07
Eau 879,89 923,58 832,96
Parties solidf 8. . . 120,11 167,04 89,51
Sucre 46,16 57,98 30,38
Caséuiïi 35,50 47,49 12,70
Beurre 36.71 73,05 6,90
Sels 1,74 3,35 0,61
Au contraire, dans dix-huit cas de maladieaiguë fébrile^ l'analyse a donné les résultats suivants:
MODinCATIONS DU LAIT DES NOURRICES. i8S
Moyenne. Ifaximun. Ifinimum.
Deniité 1031,20 1035,28 1025,57
Eta 844,91 911,35 869,12
PartL>f solides... 115,09 130,78 88,65
Sucre 33,10 48,71 19,50
Cuémn 50,40 66,26 34,62
Beam 29,86 56,37 5,14
Sels. 1,73 6,95 0,67
Voici enfin le tableau détaillé de chacune des maladies qui figurent dans cet ensemble, avec les moyennes pour chaque maladie en particulier.
C'est la première fois qu'on a fait ce travail, et Ton doit féliciter les auteurs qui l'ont entrepris. On pourrait peut-être désirer des analyses plus nom^ breuses et portant sur un plus grand nombre de nourrices, dans les différentes maladies qui les peuvent atteindre, car ce n'est pas d'après une seule analyse de lait, dans une maladie aiguë, chronique ou diathésique, qu'il est possible d'établir un rapport pathogénique quel qu'il soit. n faudrait des centaines d'analyses sur chaque cas particuUer de maladie pour arriver à un résultat aussi important que désiré. Malgré tout, ce travail sur le lait des nourrices est encore le plus important de tous ceux qui ont été publiés jusqu'à ce jour.
ITGTtNE DE LÀ PREMIÈRl BMFÀIfCE.
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