‹ Hygiène de la première enfance (volume 2)Chapitre 6 sur 143 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

LIVRE IT

DES LOIS ORGANIQUES DU MARIAGE DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA CONSTITUTION PHYSIQUE ET MORALE DE L*ENFANCE, OU DE l'hérédité normale ET MORBIFIQUE.

«Pour connaître Teau, disent les Persans, il faut remonter à la source. » C'est aussi une idée du même ordre qui a inspiré le proverbe : Tel arbre y tel fruit. En eflfet, dans un verger, il y a des fruits de même espèce qui sont constamment verreux ou pierreux, et tous, sous le rapport de leur volume, de leur saveur, de leurs noyaux ou de leurs pépins, sont sous la dépendance absolue de la tige qui les a portés.

Quelle que soit son ignorance, il n'y a pas d'éleveur qui ne sache que l'accouplement est le principe de la conservation et de l'amélioration des races animales; qui n'essaye ainsi à perpétuer, à augmenter la taille des animaux domestiques, à leur faire rendre laine, chair, graisse ou lait, à développer leur instinct ou leur finesse, à modifier leurs vices ou leurs penchants, à détruire leur cruauté, etc. ; mais là les calculs tout-puis-

LOIS OHOANIQUES DU MARIAGB. t

sants de Fintérêt et de l'ambition suppléent à rinstruction première, et c'eàt ainsi que ntMÊ avons le bonheur de voir à nos expositions agri* coles paraître de gros porcs bien gras, des béliers sans cornes, des moutons à longue laine, des chevaux à grandes jambes, des bœuft bien charnus, etc.

Seul, intelligent et perfectible au milieu de Cette belle nature si féconde d'enseignements, l'homme semble ignorer pour lui que la loi est la même pour tous les êtres vivants, et que sa race peut être corrompue, viciée ou perdue par le mariage avec un être immoral, ou difforme, ou malade. Ignorance, légèreté ou intérêt, ambition ou va* nité, peu importe ; mais il ne prend aucun souci de son alliance, ni de sa postérité* Pour satisfaire son amour-propre ou assouvir sa cupidiléf il né» glige de faire pour sa famille et pour lui ce qu'il réalise avec tant de soins dans l'accouplement de ses bestiaux. Oubliant toute moralité et imprudent à l'excès, il livre au hasard l'acte de sa vie qui devrait être tout particulièrement l'objet d'une attention spéciale, et il fait à l'aventure souche nouvelle de vices, de vertus, de maladies ou de difformités. «D'un phlegmatique nait un phlegma- > tique; d'un bilieux, un bilieux; d'un phthisique,

* un phlliisique » (1), a dit Hippocrale, et l'expérience de tous les bons observateurs a consacré la justesse de cet aphorisme du génie grec.

De rhéréditê dépend en grande partie la constitution physique et morale de l'enfance. C'est là qu'il faut chercher la cause des difformités et de la faiblesse native ; des altérations du sang et des humeurs ; du lymphatisme et des dartres ; des maladies nerveuses, de la tuberculose, de toutes les diathèses; enfin d'une mortalité exceptionnelle dans certaines familles qui ne peuvent élever aucun de leurs enfants.

Qu'est-ce donc que l'hérédité, et quelles en sont les lois?

L'hérédité est la force naturelle du maintien des espèces et de la variété des individus par l'acte générateur.

Née de l'impression communiquée au germe parla fécondation de la mère, c'est une impression générative (2); de sa nature dépend en partie le degré de force et de santé du nouvel êlce pour l'avenir. Dans l'œuf, avant d'arriver au jour et par le seul fait de la fécondation qui lui imprime la vie, l'homme est'prédesliné à une organisation

(1) OBuvrez complètes, trad. Liitré. Paris, 1819, l. VI, p. 3«.\

(2) Voyez E. Ooachul, Pathologie générale, Parts, 1 857, p. 60.

LOIS ORGAMQUËS DU BIARIAOE. 9

spéciale, à des formes extérieures et intérieures déterminées par la résultante des forces pater-^ nelles et maternelles un instant réunies. En recevant la vie, l'ovule, cet atome imperceptible de matière amorphe^ sans aucune apparence de tissu, et par conséquent sans propriétés organiques, commence à se transformer suivant les loia de la promorphose (I), et se bâtit, selon ses forces ^i d'après l'influence du régime et du climat, les organes qui doivent lui servir d'instrument dans sa courte existence. Heureux si la force d'impulsion est solide; car ce qu'elle engendre vient solide comme elle, avec tous ses défauts et toutes ses qualités. Les forces et les aptitudes des races, des constitutions, des tempéraments, des idiosyncrasies, etc., se croisent dans la génération, et forment des résultats variés qui entraînent la matière, l'asservissent à des lois déterminées susceptibles d'en faire l'enveloppe d'êtres vivaces ou débiles, nerveux, sanguins ou lymphatiques, d'hommes intelligents, moraux, ou d'êtres idiots et dégradés. Mais si Thérédité est la loi des espèces qui sont éternelles et immuables, elle n'est heureusement

(1) Force qai dirige et maintient la Torme des êtres vivants, malgré la rénovation continuelle de leur substance. (E. Douchut, De la vie el de ses altributs,)

»f*pcnvT. — nrc. prem. enf. \s

pas la loi de rindividu, qui, s'il peut êti'e semblable à ses parents, peut aussi en différer, sous Finfluence de conditions spéciales déterminées par la science. M. Lucas Ta démontré dans un liirre des plus remarquables (1). A Vhéréditéy principe du temblable dans les êtres vivants, la nature oppose Vinnéité, principe dtt divers^ et c'est ainsi qu'elle détruit d'elle-même la source des biens et des maux engendrés par la génération.

Comme la fortune qui tourne et change ses favoris, l'amour dissémine ses biens et varie la qualité de ses produits. Par la disparition du droit d'aînesse, l'hérédité de la fortune a disparu en France pour faire place à son innéi té qu'engendrent toujours le mérite, le travail et la conduite. Il en est ainsi de l'intelligence, du cœur, de la bonne et delà mauvaise santé, qui se divisent entre tous les enfants d'une même famille, mais où dans chacun rinnéité peut détruire ce qui est bon ou améliorer ce qui est mauvais.

• A part l'antagonisme si variable de Tirtnéité et de l'hérédité, les lois de la transmission héréditaire sont faciles à déterminer.

Il y a une hérédité directe^ qui se manifeste du

(1) Traité philosophique et physiologiçiue de VhérddUé ncUU" relie. Paris, 1847.

HtRÊDITE NORMALE. 11

père et de la mère à leurs enrants^ et une hérédité indirecte qui a pour origine : 1* led grands pa« rents, c'est-à-dire le grand-père et la grand'mère : c'est ce qu'on appelle V atavisme; 2"* les collati** rauxy oncles et tantes ; 8* un conjoint antérieur absent, qui, dans une première fécondation de la mère, a laissé l'empreinte de sa personne* Ainsi }

«értdUé directe j^rnïé.

iataviqae, par le grand-pire et par la grand'collatérale par ronde et la tante, par rinflnénce d*Hti conjoint antérieur.

Telles sont les formes sous lesquelles il y a lieu d'envisager l'hérédité normale et morbifique*

Page 1