MOYENS DE SE PROCURER DES NOIRRICES
façon, les femmes sont assurées de ne rien perdre de ce qui leur revient pour les bons offices qu'elles rendent aux familles.
Le choix étant fixé, le nourrisson remis est présenté, dans les vingt-quatre heures, au médecin, pour savoir s'il est vacciné, s'il est de mauvaise santé, s'il n'a pas de maladies contagieuses, et si la nourrice peut le prendre sans inconvénient pour elle ou pour son propre enfant. De cette manière on protège la nourrice, comme par la visite médicale de sa personne on avait pris les intérêts de l'enfant à lui confier.
Quand tout est réglé, que l'inspection de la nourrice et de son enfant a eu lieu, que la visite du nourrisson est faite , que l'engagement est signé, le départ a lieu immédiatement, et dans le pays l'agent de l'administration et le médecin envoient tous les mois à Paris un bulletin de santé véritable et sincère que les parents peuvent venir lire dans les bureaux de l'établissement.
Tout cela est gratuit, et si dans la pratique il y a quelque chose qui laisse à désirer, sachons reconnaître qu'en principe cette organisation, au plus haut point charitable, mérite les plus grands éloges et l'approbation de tous ceux qui aiment véritablement l'enfance.
BOUCHOT. — HT6. fKEH. ENF» 12
206 HYGIÈNE DE LA PREMIÈRE EffFAMGE.
Bureaux particuliers de nourrices. — Ici rien tie ressemble à ce qu'on trouve daiis rétablissement municipal des nourrices, fondé par la ville de Paris. Créés par la spéculation, privés de toute surveillance médicale sérieuse, et par cela même sans sécurité pour ceux qui sont dans Tobligation de s'y adresser, les bureaux particuliers de nourrices sont très souvent l'exploitation des femmes qui veulent nourrir les enfants d'autrui. Tout s'y paye fort cher par les nourrices qu'on y loge et qui se nourrissent à leurs frais, en attendant la place qu'elles désirent, et, s'il en est quelques-uns, je dois le reconnaître, où l'installation est convenable, dans le plus grand nombre le logement, privé d'air, est malsain par suite de l'encombrement, et la nourriture est insuflSsante et mauvaise. Je ne comprends pas que, dans une grande ville comme Paris, où l'on s'occupe avec tant de soin de l'hygiène publique, où l'on inspecte les ruisseaux et les ordures de la rue, où l'on peut fermer les^ logements insalubres , où Ton fait la visite des boissons, du lait, des autres aliments, tels que le poisson et les viandes apportés dans les halles, ou débités dans les magasins, il n'^y ait pas une inspection officielle des nourrices qui font commerce de leur lait.
M0Yffil8 DE SB PROCURER DES NOURRICES. 207
C'est là une lacune dans l'administration, ordi^ nairement si vigilante et si sévère pour tout ce qui concerne la santé publique. Espérons que tôt ou tard on pourra la faire disparaître, et qu'on parviendra à régulariser, au point de vue des mœurs et de la santé, le service particulier aujourd'bui assez mal compris de la location des nourrices. La tolérance en pareille matière est une chose impossible, et il suffit de signaler le bien à faire pour songer qu'il sera fait.
Dans ces bureaux particuliers, les nourrices qui viennent y chercher des enfants sont ordinairement des fiUes-mères, et il y en a peu qui soient mariées, tandis que dans le grand établissement municipal de la rue Sainte-Apolline ce sont toutes des femmes mariées ayant les modestes ressources de la campagne. Elles arrivent avec leur enfant dans les bureaux de la spéculation, et là, entassées en grand nombre dans des chambres peu aérées, elles se nourrissent comme elles le peuvent, c'est-à-dire très mal, en attendant qu'une jeune mère vienne leur confier son enfant pour la campagne, ou peut-être les emmener chez elle comme nourrice sur lieu. On sait d'où elles viennent, car une ordonnance de police leur enjoint d'avoir des papiers qui indiquent leur pro-
venance et un certificat de bonne vie et mœurs, mais en ce qui touche la santé, personne ne s'en occupe sérieusement. Aucune enquête sur l'âge ni sur les antécédents de ces nourrices, nulle constatation de l'identité des enfants, nulle inspection officielle de l'état sanitaire, enfin liberté absolue dans le commerce du lait de femme. Celui qui les prend à son service peut introduire ainsi chez lui des femmes malsaines, ou n'ayant pas de lait, ayant présenté un enfant qui n'était pas à elles, et il est souvent obligé de les renvoyer au bout de quelques jours.
Les personnes riches qui vont prendre leurs nourrices dans les bureaux bien tenus, là où je prends moi-même celles dont j'ai besoin, les font examiner par leur médecin, et elles ont raison. Mais dans les classes moyennes, qui donnent leur enfant à emporter et qui cherchent à épargner la dépense, les parents choisissent eux-mêmes leur nourrice sans contrôle de médecin, et il en résulte quelquefois de très graves inconvénients.
Des nourrices sur lieu^ prises dam les bureaux particuliers, — Ici l'individu fait pour lui et pour son enfant ce que devrait faire l'administration supérieure. Il se protège lui-même, mais il n'a pas toujours les moyens de le faire. Il ne peut savoir,