CHAPITRE PREMIER
DE l'hygiène DE LA FEMME ENCEINTE,
Les femmes enceintes doivent, autant pour la conservation de leur santé que pour prévenir l'avortement et les accidents graves qui lui succèdent, prendre quelques précautions et se soumettre à un genre de vie tout particulier.
Il faut que les femmes soient dirigées dans cette circonstance par un médecin, qui règle leur alimentation d'une manière convenable, qui les instruise, à l'égard des vêtements, du danger qui résulte, pour Tenfant et pour le développement du mamelon, de la constriction du ventre et des mamelles par un corset trop serré. 11 devra leur conseiller l'exercice en plein air, par tous les temps, mais surtout au soleil, et les empêcher de marcher jusqu'à lassitude. De cette manière, les femmes ne sont pas esclaves ni tenues à un repos trop absolu, qui ne devient nécessaire que dans des cas excep-
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tionnels, lorsque des pertes et des douleurs utérines font craindre un avorteuient, et leur vie est en rapport avec leur position. C'est à elles de suivre ces préceptes, d'abord pour ne pas compromettre leur santé et ensuite pour amener, au terme de la grossesse, un enfant robuste et bien conformé.
I. Exercice. — Il faut que les femmes grosses cessent de courir et de danser, qu elles s'interdisent pendant quelques mois les voyages fatigants, qu'elles ne fassent pas de promenades dans une voiture mal suspendue; en un mot, elles (loi vent éviter l'extrême fatigue, les sçcousses flu corps et les mouvenaents violents , qui ébranlent les organes renfermés dans le ventre et qui peuvent être cause d'un accouchement préma-turé.
Ces règles sont indispensables à suivre pour les femmes riches des grandes villes, car, pour les femmes de la classe ouvrière et dé la campagne, les occupations grossières du ménage ou de leur profession habituelle, le travail de la terre principalement, peuvent être continués sans inconvénient. Chez ces femmes la vie active est au coiitraire favorable à la gestation. Le repos n'est indispensable que si la femme souffre du basventre et des reins, a déjà fait une fausse couche et paraît menacée d'un accident semblable. Dans
ce cas il faut que les femmes restent au lit ou sur une chaise longue.
IL De m air. — Les femmes grosses doivent, autant que possible, habiter des appartements bien aérés et vivre au dehors, sous le soleil, à l'air libre et pur, principalement à la campagne. — « Les plus beaux enfants naissent au sein des campagnes, dit M. le docteur Munaret, parla même raison que lés arbres en plein vent produisent des fruits moins hâtifs, mais plus gros, plus colorés que ceux qui languissent sous les vitres d*une serre énervante. » — Les hommes ne sont point faits pour être entassés en fourmilière, et Thaleine de Thomme est mortelle à Thomme, de sorte que la femme enceinte doit éviter l'habitation des lieux bas, humides, mal aérés, où règne une trop grande chaleur et encombrés par un grand nombre de personnes.
Ce qu'on appelle air confiné^ c'est-à-dire un air vicié par l'encombrement d'un grand nombre de personnes dans une salle de bal ou de théâtre, produit souvent l'immobilité du fœtus, des contractions utérines et quelquefois l'avortement. Cela se produit également dans des inhalations d'acide carbonique. Aussi Mauriceau raconte Thistoire d'une blanchisseuse qui, ayant allumé un réchaud de charbon dans sa chambre et étant restée quelque temps sous l'influence du gaz qui se dégageait, éprouva de l'oppression, des angoisses, et avorta.
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Plusieurs faits de ce genre ont été observés à Thôpîtal des Cliniques. Une femme enceinte qui retient sa respiration provoque les mouvements du fœtus appréciables à la main.
L'air vicié par les miasmes paludéens produit des effets analogues, soit qu'ils empêchent la conception d'avoir lieu, soit qu'ils nuisent au développement du fœtus et occasionnent prématurément sa mort.
III. Vêtements. — Les femmes grosses doivent porter des vêtements assez larges pour ne pas gêner Tampliation des parois de l'abdomen, ne pas mettre de corset ou seulement un corset à élastiques peu serré, indispensable à la toilette, et se couvrir les parties inférieures d'un caleçon de toile ou de laine, pour que le ventre, qui pousse les jupes en avant et qui se trouve dès lors exposé à l'air froid dans sa partie basse, ne soit pas fâcheusement impressionné par cet agent.
IV. Nourriture. — Le réghne de la femme enceinte doit être le même que dans l'état de santé, à moins que les fonctions de l'estomac ne soient ti'oublées par les dégoûts, les nausées et les vomissements. Dans ce cas il faut laisser les femmes prendi'e ce qu'il leur convient, quod sapity nutnt. Si l'estomac est en bon état, la femme grosse peut et doit manger en abondance, ne serait-ce que pom- remédier à l'état de faiblesse et d'anémie
qui existe chez elle. Cependant on doit bannir de Talimentation les aliments trop excitants ou fortement épicés, user avec modération des boissons alcooliques ou excitantes, telles que le vin, le café, le thé, qui accélèrent la circulation d'une manière dangereuse pour l'enfant. Toutefois dans certains cas, lorsqu'une femme a de trop gros enfants pour le diamètre de ses organes et que l'accouchement est difficile ou impossible sans opération, il faut, si Ton sait d'avance que le bassin est trop étroit, diminuer le volume de l'enfant par le régime de la mère. Cela n'a aucun inconvénient pour l'avenir de l'enfant, et cela peut sauver la mère d'un grand péril. Dans ce cas, il faut que les femmes ne mangent que 250 grammes de viande par jour, des légumes herbacés, du poisson, peu de féculents, du laitage, des fruits, et 750 grammes de pain tout au plus.
V. Bains. -- Les jeunes femmes qui ont l'habitude de prendre fréquemment des bains doivent s'en abstenir dans les premiers mois de la grossesse. Elles ne doivent se baigner que rarement et ne séjourner que peu de temps sous l'eau. Cette manière de faire est surtout importante pour les femmes qui sont à leur première grossesse ou qui sont un peu faibles, maladives ou chlorotiques, c'est alors que les fausses couches se font avec la plus grande faciUté.
Dans ce cas, il faut prendre des bains très-court», tièdes, et n'y pas séjourner plus de dix minutes. C'est une immersion plutôt qu'un bain, mais la propreté n'exige pas davantage. On peut mettre dans l'eau du bain une livre d'amidon, un sachet de son, ou mieux, 200 grammes de carbonate de soude, agent qui enlève rapidement toutes les sécrétions de la peau.
Après le quatrième mois, et quand la femme a senti remuer, elle peut prendre plus souvent des bains et y séjourner davantage sans crainte d'accident.
VI. Rapports sexuels. — On se préoccupe quelquefois de l'influence que peuvent avoir les rapports sexuels sur l'avortement, et l'on dit avec le poëte :
Ce que l'amour a fait, amour peut le détruire.
Cela est vrai, mais il faut pom* cela des conditions particulières qui ne s'écrivent pas, et que le médecin seul peut apprécier et dire confidentiellement aux intéressés. D'une manière générale, quand une femme a. fait une fausse couche, son mari doit, à une grossesse suivante, vivre dans un isolement presque absolu, au moins jusqu'au cinquième mois.
VIL Les femmes qui veulent nouirir leur enfant doivent préparer le bout de leitrs seins. —
Les jeunes femmes enceintes pour la première fois n'ont que très-rareaient les bouts de sein suffisamment développés. A peine apparent, ou rentré dans Torgane qui a été comprimé par le corset, le mamelon ne peut servir à l'allaitement du nouveau-né. C^est là souvent une cause qui empêche de nourrir soi-même son enfant. Dans ce cas , les jeunes femmes doivent abandonner le corset qui comprime le mamelon, et le remplacer par un corset très-large, élastique, avec de vastes goussets ou par une ceinture ; elles doivent encore, si le bout du sein est peu apparent ou rentré en luimême, se préparer d'avance à le faire sortir. Elles pourront y réussir en exerçant elles-mêmes sur le sein des succions répétées au moyen d'une pipe
Fio. 1. — Pipe Je verre ou tétine d'Amh. l»aré.
de verre (fig. \) telle que la recommandait déjà A. Paré (I) ou d'une ventouse disposée à cet
(1) A. Paré, ŒCuvres, édition Malgaigne. Paris, 1840, t. U, I». 710.
effet, telle que le tire-mamelon de Mathieu (fig. 2)
FiG. 2. — Tire mamelon de caoutchouc de Mathieu : A, entonnoir à appliquer sur le bout de «ein ; B, poire destinée à faire l'aspiratiou.
FiG. 3. — Tire-lait atmosphérique do Leplanquaifl.
OU le tire 'lait atmosphérique de Leplanquais (fig. 3).